L’euro atteignant un pic historique, les ministres des Finances augmentent la pression sur la Chine pour ajuster la valeur du yuan par rapport à celle de l’euro, peu avant la rencontre du G7 des ministres des Finances la semaine prochaine.
Le 8 octobre, les ministres des Finances de la zone euro ont exhorté la Chine à ajuster le taux de change du yuan, alors que la pression augmente pour agir sur l’euro fort. En effet, l’euro a atteint un pic historique le 1er octobre, à 1,43 dollar.
Les ministres ont déclaré « souhaitable, dans les économies émergentes disposant d’excédents des comptes courants importants et grandissants, notamment la Chine, que leurs taux de change effectifs évoluent de manière à ce que les ajustements nécessaires aient lieu ».
Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, Joaquin Almunia, commissaire aux Affaires économiques et monétaires, et Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, préparent un déplacement en Chine cette année pour discuter des questions monétaires.
Par cette déclaration, l’UE rejoint les critiques des Etats-Unis sur la Chine, qui maintient sa monnaie, le yuan, à un niveau artificiellement bas afin de stimuler les exportations, provoquant ainsi l’appréciation de l’euro. En revanche, les ministres des Finances de l’UE ont également exprimé leurs inquiétudes quant à la sous-évaluation du dollar et du yen.
Réactions
Alors que la France ne cesse d’exprimer ses inquiétudes concernant les effets de la hausse continue de l’euro sur la compétitivité de la zone euro, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche semblent moins préoccupés par l’envolée récente de la monnaie.
Le 8 octobre, Peer Steinbrück, le ministre allemand des Finances, a insisté sur le fait qu’il préférait un euro fort.
Le ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos, a déclaré lors d’une réunion que l’idée générale de l’union monétaire était de créer un euro fort. Maintenant que c’est le cas, il estime que nous devrions être heureux que d’autres aient confiance en notre économie, et même en être fiers.
Le ministre autrichien des Finances, Wilhelm Molterer, a déclaré qu’il était « satisfait » de la solidité de l’économie européenne.
Parallèlement, les eurodéputés socialistes avertissent que l’euro fort, associé à la crise des marchés financiers, pourrait affecter la croissance et nécessiter une action coordonnée des gouvernements. Pour Ieke van den Burg, porte-parole du groupe socialiste pour les affaires économiques et monétaires, les ministres ne peuvent pas se permettre de penser que la crise des marchés ne pose problème qu’aux banques. D’après les mises en garde du FMI, la crise est sur le point d’affecter les budgets nationaux et de nuire à la croissance. Une action ferme des ministres est nécessaire pour empêcher la crise de s’aggraver.
La Confédération européenne des syndicats (CES) a également appelé les ministres des Finances de l’UE et la Commission à engager des actions pour éviter des oscillations brutales du taux de change de l’euro. Reiner Hoffman, secrétaire général adjoint de la CES, estime qu’il est trop facile pour les responsables politiques de déclarer qu’un euro trop fort n’est pas un problème si les salaires des travailleurs sont modérés. Cette approche sauve peut-être les exportations européennes mais tue certainement la demande intérieure et la reprise.
Ernest Antoine Seillière, président de BusinessEurope, l’association des employeurs européens, appelle les ministres des Finances à faire entendre leur voix et à défendre les intérêts de la zone euro lors de la rencontre à venir du G7 à Washington ( EURACTIV 04/10/07).
Contexte
La réunion de l’Eurogroupe rassemble régulièrement les 13 ministres des Finances de la zone euro la veille du Conseil Affaires économiques et financières.
La réunion du 8 octobre visait également à trouver une position commune européenne pour préparer la réunion du G7 le 19 octobre à Washington, qui rassemble les ministres des Finances des Etats-Unis, du Japon, du Canada, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de l’Italie.