Le commissaire aux finances dévoile son projet de marché unique des capitaux

Jonathan Hill, commissaire à la stabilité financière, aux services financiers et à l'union des marchés de capitaux

Le commissaire Jonathan Hill entend créer un marché européen des capitaux afin de réduire la dépendance des entreprises vis-à-vis des banques et de contribuer à la relance de la fragile économie européenne.

Jonathan Hill, le nouveau commissaire chargé des services financiers a déclaré jeudi 6 novembre qu’il allait s’atteler à la création d’un marché  européen des capitaux plus intégré permettant de faciliter la levée de fonds dans les cinq années à venir. 

Le commissaire a indiqué qu’il établirait un programme d’action dès l’été prochain, après avoir consulté des banques, les législateurs et les ONG.

« Nous ne sommes toujours pas dotés d’un marché unique des capitaux qui fonctionne, a-t-il regretté lors d’une conférence rassemblant fonctionnaires européens et hommes d’affaires. J’avancerai une proposition visant à instaurer une union des marchés de capitaux, un projet qui rassemblera les 28 États membres. »

Les investissements dans les petites entreprises sont jugés essentiels dans le cadre de la lutte contre la stagnation économique, étant donné que les petites et moyennes entreprises (PME) représentent les deux tiers des emplois du secteur privé au sein de l’Union européenne.

Depuis la crise financière, les banques rechignent à accorder des prêts risqués afin de créer une marge de capital, un problème sur un continent ou 80 % des prêts aux entreprises proviennent des banques. 

À l’heure actuelle, les subsides et les prêts publics permettant de coordonner le financement de sociétés et des infrastructures se fait grâce à des obligations liées à des projets, des partenariats privé-public et des fonds d’infrastructures. Selon les fonctionnaires européens, l’instauration d’une union des marchés de capitaux permettrait également à l’Europe de s’affranchir de ce système pesant.

Jeroen Dijsselbloem, qui préside les réunions des ministres des finances de la zone euro, explique que la création d’une union des marchés nécessite une supervision unique au niveau européen et une loi paneuropéenne sur l’insolvabilité remplaçant les lois nationales existantes. « Il s’agit d’un élément crucial pour la mise en place de ce marché parallèle au système de prêts bancaires dont nous avons tellement besoin », ajoute-t-il.

>> Lire : La France souhaite l’introduction en bourse des PME croissantes de l’UE 

Obstacles culturels

Selon Juergen Fitschen, l’un des PDG de la Deutsche Bank, les Européens ne sont peut-être pas prêts pour le changement de mentalité qu’implique l’instauration d’un système proche de celui des États-Unis, où le financement via le marché de capitaux est très important.

La Commission a calculé qu’aux États-Unis, les entreprises de taille moyenne obtiennent environ cinq fois plus de financements des marchés que leurs homologues européens.

En Europe, c’est l’obligation de fournir des informations de manière continuelles aux investisseurs qui constituerait un problème aux entreprises plus petites, explique Juergen Fitschen. « Ce sont les habitudes de l’entrepreneur européen qui continuent le plus gros obstacle », a-t-il déclaré lors de la conférence. « Notre entrepreneur n’est pas prêt pour le marché de capitaux parce qu’il n’est pas habitué à avoir des comptes à rendre. »

L’UE s’efforcera probablement de mettre en place un système de soutien aux entreprises en fournissant ce genre de services aux investisseurs, mais les questions du fonctionnement et du financement d’un tel système doivent encore être éclaircies.

Une des solutions possibles serait la création d’un système de fournisseurs d’information paneuropéen spécialisé dans la collecte, le classement et l’analyse de données (y compris le volume des emprunts) concernant les PME à destination des investisseurs.

Jonathan Hill a expliqué que la première étape serait de soutenir la proposition visant la création d’un fonds européen pour l’infrastructure et les affaires, afin de développer un cadre pour les titrisations et l’analyse de placements privés, c’est-à-dire la vente de titres à un petit nombre d’investisseurs institutionnels triés sur le volet.

« Je me penche sur des idées pour la création de plus d’instruments pour les marchés financiers, et pas seulement en ce qui concerne des crédits inoffensives et à court-terme, mais aussi pour des crédits stables à long terme, qui encouragent l’investissement, et pour du capital-risque qui soutienne l’innovation », a-t-il ajouté.

La Banque centrale européenne est actuellement au cœur d’un effort global visant à la création d’une union des marchés de capitaux grâce à la réanimation des titrisations ou le regroupement de prêts en actions permettant aux entreprises de récolter assez d’argent que pour investir.

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