Le déficit français met la zone euro à l’épreuve selon Moody’s

L'orientation de l'économie française préoccupe l'agence de notation

L’absence probable de sanction de Bruxelles contre la France, qui va encore rater son objectif de déficit public en 2014, décrédibilise la zone euro selon l’agence de notation Moody’s.

Moody’s a abaissé le 18 août, ses perspectives de croissance pour la France et jugé que l’échec probable de Paris à atteindre ses objectifs budgétaires cette année illustrait les difficultés rencontrées par l’ensemble de la zone euro.

Dans une note, l’agence de notation a revu en baisse ses prévisions de croissance du PIB français, de 0,6% à 0,5% pour l’année en cours et de 1,3% à 0,9% pour l’an prochain. Moody’s avait déjà abaissé sa prévision il y a deux semaines, passant de 1% à 0,6% pour 2014 et de 1,5% à 1,3% pour 2015.

Jeudi dernier, le gouvernement français a réduit de moitié de sa prévision de croissance et reconnu qu’il manquerait son objectif de déficit public cette année.

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Michel Sapin a annoncé prévoir une croissance du PIB de l’ordre de 0,5% en 2014 contre 1% prévu auparavant et estimé que rien ne permettait de prévoir pour 2015 une croissance très supérieure à 1%.

Le déficit public sera supérieur à 4% de PIB cette année, davantage que les 3,8% prévus jusqu’alors, a-t-il ajouté, estimant qu’il s’agit d’un élément négatif pour la note souveraine du pays, qui reste inchangée.

Une épreuve pour la zone euro

« Ces difficultés à réaliser le programme budgétaire du gouvernement et la probabilité croissante qu’il n’y parviendra pas est un facteur négatif pour la note de crédit de la France » souligne l’agence dans sa note.

« L’échec à atteindre les objectifs et les révisions (des prévisions) illustrent les défis persistants auxquels est confrontée la zone euro et mettra encore à l’épreuve la volonté politique de l’union monétaire d’imposer la discipline budgétaire dans un environnement économique difficile. »

L’agence ajoute que cela mettra également en question la solidité des institutions économiques européennes mises en place pour assurer le respect des engagements budgétaires.

Elle estime que la contraction de 1,1% des dépenses d’investissement au premier trimestre, après une baisse de 1,0% au quatrième trimestre 2013, est un élément particulièrement pénalisant pour le potentiel de croissance de la France.

« Des rigidités de longue date sur les marchés (particulièrement les barrières à l’entrée dans de nombreux secteurs des services tels que les services juridiques), ainsi que des réglementations coûteuses pour les entreprises, pèsent également sur les prévisions de croissance du pays. »

Moody’s estime en outre qu’une nouvelle autorisation faite à la France de reporter ses objectifs budgétaires « serait un facteur négatif pour la note de crédit de la zone euro ».

Dans ce cas, « son mécanisme de gouvernance budgétaire aurait raté un test important », conclut l’agence de notation.

Un argument pour réorienter les politiques européennes selon le gouvernement français

Les difficultés que rencontrent la France ne lui sont pas spécifiques, puisque les pays du Sud de l’Europe partagent les mêmes difficultés économiques, à l’instar de l’Italie dont la croissance a plongé dans le rouge au second trimestre, avec une contraction de 0,2 % par rapport à 2013. Le Portugal et l’Espagne voient leur économie évoluer en sens inverse, mais très faiblement : la croissance a atteint +0,2 % au second trimestre en Espagne.

Pour le ministre des Finances français, cette situation doit conduire à s’interroger sur la conduites des politiques européennes actuelles, qui doivent faire l’objet d’une réorientation.

Michel Sapin a ainsi indiqué, dans sa tribune du 14 août, que « l’Europe devait  mettre en œuvre une politique monétaire adaptée à la situation exceptionnelle de faible croissance et de faible inflation que la zone euro toute entière connaît. La Banque centrale européenne (BCE) a pris de bonnes décisions. Elle doit aller jusqu’au bout de ses possibilités, conformément à son mandat, pour que le risque de déflation disparaisse et que l’euro retrouve un niveau plus favorable à la compétitivité de nos économies ».

Lire aussi : L’horizon s’éclaircit pour les politiques budgétaires européennes

Le Parti socialiste européen a fait campagne contre l’austérité pour les élections européennes. Arrivé en tête, avec une courte majorité, le Parti populaire européen se voit contraint de construire une majorité avec les sociaux-démocrates. Ce qui  suppose, dans l’idée de la gauche européenne, d’assouplir la contrainte budgétaire du Pacte de stabilité en l’interprétant de façon plus souple. Les négociations en cours pour la formation d'une nouvelle Commission se voient compliquées par ces objectifs divergents.

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