Le « dialogue de sourds » franco-allemand pénaliserait le futur de l’Europe

Arnaud Montebourg, May 2012. [Reuters]

Arnaud Montebourg et d’autres experts ont dénoncé les dérives du couple franco-allemand lors d’un forum sur le futur de l’Europe. Un motif d’inquiétude, au même titre que la montée des nationalismes.

Lors du sixième forum Nouveau Monde organisé le 7 octobre par l’OCDE à Paris, des experts se sont interrogés sur le futur de l’Europe. Les plus europhiles ont dénoncé les lacunes de la gouvernance européenne, mais Arnaud Montebourg, ex-ministre de l’Economie, a au contraire tapé à bras raccourcis sur la relation franco-allemande, un « dialogue de sourds » qui bloquerait l’UE.

Arnaud Montebourg dénonce les « faucons de l’orthodoxie budgétaire »

L’axe franco-allemand reste pour de nombreux Européens le moteur de l’Union européenne. Or depuis plus de deux ans, celui-ci est également en crise. Selon, Jean-David Levitte, ambassadeur dignitaire de France,  ce qui manque à la relation franco-allemande est la confiance. « La chancelière pense que la France ne veut pas mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires. La France doit assurer ses responsabilités », a-t-il expliqué.

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Plus violent, Arnaud Montebourg, considère qu’un dialogue de sourds prévaut entre les deux partenaires. « D’un côté on nous renvoie à l’orthodoxie budgétaire, aux réformes structurelles, de l’autre on a accepté sous Jacques Chirac que Gehrard Schröder n’applique pas l’orthodoxie budgétaire. Là, la France demande la même chose mais elle en est interdite par les faucons de l’orthodoxie budgétaire qui sont autant à la Bundesbank qu’au gouvernement allemand ». La divergence n’est pas que politique.

L’ancien ministre français estime cependant qu’il faut parler au niveau européen pour trouver des solutions européennes. De même Jean Dominique Giuliani considère que c’est sur une base européenne qu’on arrivera à trouver des solutions. « Il faut arrêter la langue de bois politique qui consiste à faire les choses à moitié. Ca fait  le jeu des extrémistes », avance le président de la Fondation Robert Schuman.

Le nationalisme, bête noire des Européens

Les partis nationalistes en Europe représentent la principale menace pour l’Europe, de l’avis général des participants. S’ils ne sont pas déjà au pouvoir, les partis eurosceptiques gagnent du terrain à chaque nouvelle élection.

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De son côté, Arnaud Montebourg s’inquiète des orientations européennes actuelles. Pour lui, l’Europe est en train de reculer, et 2015 continuera sur cette pente. Et cela a une implication dans les États avec la montée des partis nationalistes.

Il estime ainsi les politiques sont responsables d’entretenir la défiance des Européens. « Il faut se dépêcher car les partis nationalistes menacent », prévient-il. « Les Allemands ont vu le parti AfD  progresser aux élections législatives et en France, on va finir aux présidentielles avec 25 % des suffrages pour le FN ».

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Problèmes de gouvernance

Selon Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne, l’absence de croissance et de réforme structurelle représente une des raisons des difficultés des Européens à sortir de la crise. Il estime ainsi qu’une gouvernance européenne est nécessaire.

À cela doit s’ajouter un renforcement de la légitimité démocratique des décisions qui seront prises au centre de l’Europe. « On ne peut pas tolérer que la gouvernance européenne soit aussi médiocre qu’elle l’a été dans le passé. Beaucoup a été fait pour cela avec le renforcement de la gouvernance budgétaire », estime le gouverneur honoraire de la Banque de France.

De son côté, Jean-Dominique Giuliani, pense que l’échéance démocratique permettra de trouver la force et de surmonter la situation actuelle. Celle-ci est aggravée par une construction européenne inachevée, alors que le Continent a besoin d’unité. La piste économique est une solution mais selon lui, la prochaine étape serait l’union fiscale fondée sur le modèle français.

Manque d’intelligence collective

Selon Arnaud Montebourg, l’Europe appliquerait de façon aveugle des traités et des règles alors que selon lui, elle a besoin de faire des choix politiques originaux, ce qu’ont fait tous les pays du reste du monde. « Ils sont souples, flexibles, ils s’adaptent. On n’arrive pas à obtenir la même flexibilité, la même intelligence collective sur le terrain du budget européen », explique-t-il.  

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Pour Hannes Swoboda, ancien président du groupe S&D au Parlement européen, l’Europe a besoin de flexibilité pour susciter de l’investissement sur le continent afin de sortir les pays des situations. « La conséquence d’une plus grande flexibilité budgétaire est qu’elle apportera moins de déficit sur le long terme et davantage d’emplois »

Le déficit de la France est en train de devenir le problème numéro un de la zone euro. Alors que plusieurs pays se sont serré la ceinture en supprimant des postes de fonctionnaires à la pelle et en réduisant les salaires, la France n'a rien fait de tout ça. Elle continue d'afficher un déficit public très élevé, d'autant que l'absence de croissance pénalise les recettes fiscales.

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