Le plan Juncker, un projet a minima pour mettre tout le monde d’accord

[Images Money/Flickr]

La Commission espère faire pousser de grands projets avec peu [Images Money/Flickr]

Le Fonds européen d’investissements stratégiques dévoilé ce matin veut mobiliser 315 milliards d’euros grâce au coup de baguette magique de la BEI qui investira 5 milliards. Le budget de la Commission ne sera pas affecté.

Construit discrètement depuis le mois d’août dernier par l’équipe du vice-président de la Commission Jyrki Katainen, le Fonds européen pour les investissements stratégiques a pour principale qualité de satisfaire toutes les parties prenantes. Son calibrage est minimal, pour satisfaire l’Allemagne : avec seulement un soupçon d’argent public versé. La BEI versera 5 milliards d’euros, mais le budget européen pas un centime : il se contente d’assurer une garantie, ce qui équivaut à provisionner 8 milliards d’euros sur 3 ans). Pourtant, la Commission estime que le nouveau dispositif devrait favoriser un réveil de l’investissement à hauteur de 315 milliards précisément.

>> Lire : La Commission dévoile un plan d’investissement de 315 milliards d’euros

Le nouveau fonds vise à stimuler l’investissement privé par des montages financiers potentiellement complexes, qu’il s’agisse de prise de capital ou de dette subordonnée qui peuvent rappeler les « project bonds », des dispositifs propres à satisfaire le Royaume-Uni.

>> Lire : L’Espagne lance le premier projet financé par des « project bonds »

Il peut enfin être amené à se déployer : en fonction de la participation des États membres, le montant global du plan d’investissement pourra être modulé. De son côté, la France appelait de ses vœux un plan encore plus ambitieux

Des contributions exclues du calcul du déficit

Les États auront la possibilité de consacrer des fonds au FEIS, qui ne seront pas comptabilisés dans le calcul de leur déficit. Selon une source à la Commission, la Finlande, l’Espagne et la Slovaquie ont déjà manifesté leur intérêt pour injecter des fonds supplémentaires.

Le montage compliqué du nouveau fonds doit permettre de « démultiplier » l’impact de l’argent investi, avec un facteur démultiplicateur estimé à 15. Grâce au triple A de la BEI, les fonds levés coûteront très peu chers, ce qui devrait faciliter le montage voire la réussite des projets. C’est en tout cas l’équation sur laquelle la Commission a construit ses projections. « C’est un projet de long terme qui vient répondre au problème du manque d’investissement ; nous voulons redonner confiance aux investisseurs et lever les incertitudes », assure-t-on à la Commission.

Sus au risque

L’idée est de changer les pratiques de la BEI, qui n’a pas fait pendant la crise certains investissements jugés risqués. Le nouveau fonds devrait prendre plus de risques, dans certains secteurs et dans certains pays. « Les risques ne sont pas les mêmes en Allemagne et au Portugal par exemple. Ou en fonction des secteurs. Ce qui est certain c’est que le Fonds n’investira pas dans la fibre optique à Paris, plutôt dans l’Internet dans un petit village des Pyrénées » assure-t-on à la Commission.

Fédéralisme et solidarité avec les pays du Sud

Le design même du fond est placé sous le signe de la diplomatie, mais aussi du fédéralisme. Le fonds sera en effet dirigé par un conseil d’administration paritaire entre la Commission et la BEI, mais aucun quota par pays n’est prévu. Les investissements seront faits en fonction de leur potentiel de croissance, donc a priori plus dans les pays du Sud ; une façon pour l’UE d’exprimer sa solidarité avec les pays qui ont le plus souffert de la crise, et ont subi des plans de sauvetage drastiques aux conséquences dramatiques. « Pas question d’investir dans des panneaux solaires à Munich », prévient un fonctionnaire.

>> Lire aussi : Les patrons français mobilisés pour un plan d’investissement européen

Contexte

Le Parti socialiste européen a fait campagne contre l’austérité pour les élections européennes. Arrivé en tête, avec une courte majorité, le Parti populaire européen se voit contraint de construire une majorité avec les sociaux-démocrates. Ce qui  suppose, dans l’idée de la gauche européenne, d’assouplir la contrainte budgétaire du Pacte de stabilité en l’interprétant de façon plus souple. Et aussi de lancer un plan de relance au niveau européen, que la France aurait initialement souhaité d'un montant de 1200 milliards d'euros.

>>Lire : La France rêve d'un New Deal géant pour l'Europe

Subscribe to our newsletters

Subscribe