Le vote grec ouvre la voie à une aide de l’UE, mais le danger persiste

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Hier (30 juin), le vote du parlement grec en faveur des plans d’austérité a ouvert la voie à l’approbation du versement de la prochaine tranche de son renflouement et à des avancées vers une nouvelle vague d’aides financières, ont affirmé deux hauts fonctionnaires de l’UE. Mais de nombreux analystes pensent que la Grèce finira par être en défaut de paiement.

« Il s'agit du deuxième pas décisif que la Grèce devait faire pour revenir sur la voie de la soutenabilité », ont affirmé José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, et Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, dans une déclaration conjointe.

« Dans ces circonstances très difficiles, ce fut encore un acte de responsabilité nationale. Les conditions sont à présent remplies pour qu'une décision soit prise sur le versement de la prochaine tranche d'aide financière à la Grèce et pour des progrès rapides vers un second renflouement », ont-ils ajouté.

Le parlement grec a approuvé le détail des lois sur les mesures d'austérité et les privatisations lors d'un vote crucial ce jeudi, afin de s'assurer l'octroi de fonds d'urgence et d'éviter une faillite imminente.

Les députés ont voté en faveur de la mise en place de ces lois à 155 voix contre 136, après avoir soutenu mercredi un très impopulaire plan d'austérité sur cinq ans de 28 milliards d'euros. Ils ont ainsi levé le dernier obstacle au versement de la prochaine tranche d'aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

M. Van Rompuy et M. Barroso ont déclaré que les conditions étaient à présent réunies pour le versement rapide de la prochaine tranche de prêt à la Grèce.

Les ministres de la zone euro prendront cette décision lors d'une réunion dimanche. Le FMI devrait lui emboîter le pas le 5 juillet.

Ce prêt de 12 milliards d'euros évitera à la Grèce d'être en défaut de paiement à la mi-juillet ou en août, et permettra d'envisager un second renflouement qui devrait être de la même ampleur que celui de 110 milliards d'euros l'année dernière.

L'Allemagne conclut un accord avec les banques sur le refinancement de la dette

A Berlin, le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré qu'il avait conclu un accord avec les banques allemandes sur la participation du secteur privé dans le nouveau programme d'aide inspiré du plan français de refinancement volontaire de la dette.

Les pays créanciers du nord de l'Europe, menés par le principal contributeur, l'Allemagne, insistent pour que les détenteurs d'obligations du secteur privé partagent les coûts de toute aide supplémentaire. Des discussions sont donc en cours sur un refinancement « volontaire » de la dette grecque qui arrive à échéance.

Le secteur financier allemand participerait au programme à hauteur 3,2 milliards d'euros  et à peine un dixième de cette somme proviendrait des détenteurs d'obligations privés. Les banques et les compagnies d'assurance françaises sont les plus exposées à la dette grecque parmi les détenteurs étrangers. Les banques grecques n’ont pas d’autre choix que de refinancer leurs titres.

Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, qui a de nombreuses fois mis l'UE en garde contre le déclenchement d'un évènement de crédit ou une dégradation de la dette grecque vers le défaut de paiement, est resté prudent quant à la proposition française au Parlement.

« A ce stade, nous n'avons pas encore pris position […] nous restons très vigilants, mais je ne peux pas vous fournir un jugement précis sur la situation. Plusieurs idées sont examinées », a-t-il déclaré.

Trois sources du milieu bancaire ont confié à Reuters mercredi que les dirigeants politiques et les banquiers pensaient que le plan français ne déclencherait pas un paiement des assurances sur les crédits ou un défaut de paiement, qui infligerait des pertes aux établissements bancaires.

Les banques ont reçu des signaux positifs de la part des agences de notation, qui ont laissé entendre qu'elles ne considéreraient pas le plan de refinancement comme un défaut de paiement, ont affirmé ces sources.

Toutefois, certains rappellent que de nombreux détails de ce plan, notamment la présence de garanties officielles, devaient encore être négociés.

Le soulagement des marchés pourrait être de courte durée

L'euro et les bourses de part et d’autre du monde sont à nouveau au plus haut depuis trois semaines suite au vote du parlement grec, dans la mesure où les investisseurs se sont sentis soulagés qu'un défaut de paiement puisse être évité cet été, malgré l'opposition de la population à des augmentations d’impôts et des réductions budgétaires.

Les rendements obligataires grecs n'ont que légèrement diminué, mais nombreux sont ceux qui sentent que le répit ne sera que de courte durée. « La situation en Grèce a été incertaine pendant plusieurs semaines, mais la perspective d'un défaut de paiement immédiat est écartée pour le moment », a déclaré Michael Hewson de CMC Markets.

« Ce vote est une chose, mais il ne fait que repousser l'inévitable […] Etant donné ce qui se passe dans les rues d'Athènes, il faut se demander si Athènes pourra mettre en place ces mesures ».

Défaut de paiement de la Grèce à moyen terme

De nombreux investisseurs et économistes s'attendent toujours à ce que la Grèce soit déclarée en défaut de paiement à moyen terme. Les marchés de l'assurance-crédit estiment toujours à 80 % les risques de la Grèce de passer en défaut de paiement sur son énorme dette de 340 milliards d'euros (150 % de son PIB) dans les cinq années à venir.

D'ailleurs, une personnalité influente de la scène internationale a laissé entendre jeudi qu'un défaut de paiement pourrait être préférable pour Athènes.

« Actuellement, tout l'argent des contribuables grecs va aux créanciers, et ça ne peut plus continuer », a déclaré Angel Gurria, le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques.

« La Grèce doit disposer d'une politique qui permet de travailler sur la relance économique. Ce serait également mieux pour les créditeurs », a déclaré M. Gurria au quotidien néerlandais Het Financieele Dagblad. Il n'a pas exclu une « décote » pour les détenteurs de titres grecs.

A Athènes, les hommes et femmes politiques semblent éprouver de plus en plus de ressentiment envers l'UE et son principal contributeur, l'Allemagne.

Vasso Papandreou, ancienne commissaire européenne et membre du parti du premier ministre grec, le PASOK, a déclaré au parlement qu'elle voterait en faveur des lois pour faire son devoir patriotique, même si elle craignait que l'économie en pâtisse.

« L'Allemagne prépare le terrain pour notre faillite officielle, dès qu'elle pourra avoir lieu sans coûter de l'argent aux banques allemandes », a-t-elle dit, faisant écho à un sentiment largement répandu chez les Grecs, qui affirment endurer beaucoup pour sauver les banques européennes.

EURACTIV avec Reuters– Article traduit par Amandine Gillet

En mai 2010, l'UE et le Fonds monétaire international (FMI) ont décidé d'accorder un prêt de 110 milliards d'euros à la Grèce, pour empêcher le pays de sombrer dans la faillite.

Début 2010, il a été découvert que la Grèce détenait une dette de plus de 215 milliards d'euros et que son déficit budgétaire annuel s'élevait à 13,6 %. Ce chiffre a depuis été réévalué à 340 milliards d'euros, ou 150% du PIB.

Un second prêt est actuellement envisagé par l'UE et le FMI, dans la mesure où la Grèce ne pourra pas rembourser sa dette.

Ce nouveau programme s'élèverait à 120 milliards d'euros, la moitié provenant d'une nouvelle aide de l'UE et du FMI, et l'autre moitié de la privatisation d'entreprises publiques, comme la poste, les fournisseurs d'énergie et les télécommunications.

Toutefois, l'UE reste divisée sur la participation d'investisseurs privés. L'Allemagne souhaite qu'ils participent à cette aide, mais la Banque centrale européenne n'est pas du même avis et pense que cela pourrait déclencher une nouvelle vague de contagion dans d'autres pays, par l’intermédiaire des banques commerciales qui verraient certains de leurs actifs dépréciés à un statut de « junk bond ».

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