Les eurodéputés s’en remettent à la BCE pour sauver l’euro

EuropeanParliamentInside.jpg

La Banque centrale européenne a été déclarée unique sauveur de l’Europe grâce à sa politique de rachat d’obligations, une mesure longtemps qualifiée d’autodestructrice par les analystes et les autres banques centrales.

Lors d'un débat au Parlement européen hier (29 août), les eurodéputés et la présidence polonaise de l'UE ont exprimé en masse leur soutien à la Banque centrale européenne (BCE) dans la gestion de la crise, qui a mis en exergue des lacunes dans la politique de l'UE.

« Personnellement, je n'ai aucun doute sur le fait que les actions entreprises par la BCE en août ont sauvé l'Europe », a déclaré devant les parlementaires Jacek Rostowski, le ministre polonais des finances.

Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a également justifié sa décision de ne pas suivre l'avis de certains de ses collègues en achetant des obligations espagnoles et italiennes au début du mois.

« Nous étions obligés de prendre des mesures sortant de l'ordinaire, mais nous avons fait ce choix après avoir analysé les risques », a déclaré le président sortant de la BCE.

Ce mois-ci, la BCE a réalisé son plus grand achat d'obligations depuis sa création. La Banque centrale a acheté des obligations espagnoles et italiennes afin de leur éviter d'être emportées dans l’effondrement du marché de la dette américaine.

« Je suis persuadé que les actions qui ont été entreprises étaient non seulement légales, mais absolument nécessaires », a ajouté le ministre polonais des finances.

Du leadership pour pallier la lenteur des prises de décision dans l'UE

Il a été rejoint par de nombreux eurodéputés qui se sont répandus en louanges sur la Banque centrale, alors que l'UE manque cruellement de leadership.

« Il nous faut trop de temps pour prendre une décision, donc l'achat d'obligations est nécessaire. Bien que cette décision soit critiquée, elle est totalement justifiable. Elle souligne l'indépendance de la BCE et enraye la spéculation sur les marchés financiers », a expliqué Werner Langen, un eurodéputé allemand de centre-droit.

Même si personne ne s'est dit d'un avis contraire, nombreux sont ceux qui craignent que la BCE n'ait fait que jouer un rôle qui aurait dû être assumé par les principaux organes de prise de décision de l'UE, la Commission européenne, le Conseil et le Fonds européen de stabilité financière.

« La BCE ne peut pas combler toutes les lacunes politiques sur le long terme », a déclaré Sylvie Goulard, une eurodéputée centriste française du groupe ALDE.

« C’est incroyable de voir comme la BCE a été critiquée. C'est la seule institution qui a été capable de prendre des décisions », a soutenu Sven Giegold des Verts allemands.

Certains affirment que le rachat d'obligations par la BCE envoie un mauvais message aux pays qui disposent d'une faible politique budgétaire, à savoir qu'il existe une source illimitée de liquidités pour les renflouer.

La décision qu'a prise M. Trichet au début du mois n'a pas reçu le soutien de quatre membres du Conseil des gouverneurs, dont Axel Weber, le banquier allemand, déjà évoqué comme le successeur de l'actuel président de la BCE.

M. Trichet a également tenté d'apaiser les craintes suscitées par les déclarations de la directrice du FMI, Christine Lagarde, qui avait affirmé que l'Europe aurait à nouveau besoin de renflouer ses banques.

« La liquidité est bonne, mais elle se destine davantage à la précaution qu’à la dépense », a affirmé M. Trichet, ajoutant que les récents tests de résistance avaient incité les gouvernements à injecter les liquidités nécessaires dans le système financier.

Il a déclaré que la BCE continuerait ses opérations de refinancement jusqu'à la mi-janvier 2012.

« Le rachat d'obligations d'Etat représente un risque significatif en termes de stabilité, et c'est la raison pour laquelle je suis contre cet aspect de la décision du Conseil de la BCE », a déclaré Axel Weber, ancien directeur de la Bundesbank et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE.

Le programme de rachat d'obligations de la BCE « prouve que nous avons réellement besoin d'une union économique », a affirmé Sven Giegold, un eurodéputé Vert allemand, lors des débats.

Le directeur de la BCE, Jean-Claude Trichet, a défendu sa décision de racheter des obligations aux économies surendettées et a déclaré : « On peut faire confiance à une institution qui fait ce pour quoi elle a été créée ».

Depuis que la crise de la dette a éclaté dans la zone euro l’année dernière, les gouvernements riches de la région ont tenté de la limiter à l’Irlande, à la Grèce et au Portugal, qui ont jusqu’ici signé des renflouements totalisant 273 millions d’euros, une somme modeste comparée aux ressources de la zone dans son ensemble.

L’Espagne, perçue comme le prochain maillon faible de la crise, est parvenue à conserver son accès aux marchés grâce à des réformes budgétaires. Mais compte tenu de la taille importante des économies italienne et espagnole, la pression exercée sur la zone euro augmenterait fortement si ces pays devaient finir par avoir besoin d’une aide financière.

Des experts privés ont estimé qu’un plan de sauvetage de l’Espagne en trois ans, fondé sur la projection d’émissions de certificats de dette à moyen et long termes en 2011, pourrait coûter quelque 300 milliards d’euros, sans tenir compte des fonds supplémentaires nécessaires pour assainir les banques espagnoles. Un sauvetage sur trois ans de l'Italie coûterait le double.

La BCE a lancé son programme de rachat d'obligations en mai 2010 pour contrer la crise de la dette souveraine. Même si ce programme devait tenir les spéculateurs à distance, il n'a pas empêché l'Irlande et le Portugal de suivre la voie de la Grèce et de demander une aide financière à l'UE et au Fonds monétaire international. La Grèce a en outre récemment obtenu un second renflouement.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.