Les ministres de la zone euro peinent à trouver un accord sur la Grèce

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Les travailleurs se préparent à une grève générale en Grèce aujourd'hui (15 juin). De leur côté, les ministres européens des finances ne sont pas parvenus à s'accorder hier soir sur la participation des détenteurs d'obligations dans les coûts d'un nouveau programme d'aide pour la Grèce, ce que souhaiterait l'Allemagne. La BCE, quant à elle, craint qu'une solution coercitive n'ait pour conséquence une nouvelle vague de contagion.

« Il n'y a pas eu de résultats », a déclaré aux journalistes Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances, suite aux discussions qui se sont terminées tard hier soir. Les ministres des finances de la zone euro ont décidé de se rencontrer à nouveau le 19 juin.

Les ministres ont affirmé que les discussions avaient avancé, même si aucun accord n'a pu être trouvé. « Nous sommes proches d'un accord. Mais nous devons trouver un équilibre : un vrai effort de la part de la Grèce, avec l'aide du FMI, de la zone euro et de l'Union européenne, et la participation du secteur privé », a déclaré Didier Reynders, ministre belge des finances.

Jyrki Katainen, son homologue finlandais, a expliqué que la plupart des pays s'accordaient sur la nécessité de l'implication du secteur privé.

« Je tiens à souligner que nous devons à tout prix éviter une autre crise financière. L'équilibre est très difficile », a déclaré M. Katainen.

En amont du sommet des dirigeants de l'UE les 23 et 24 juin, lors duquel un nouveau programme d'aide pour la Grèce devrait être finalisé, l'Allemagne fait pression pour que les échéances des obligations grecques soient repoussées de sept ans, ce qui laisserait plus de temps au pays pour redresser son économie et vendre les biens de l'Etat.

Les agences de notation ont fait savoir qu'elles considéreraient une telle décision comme coercitive et équivalente à un défaut de paiement.

Angela Merkel, la chancelière allemande, et Nicolas Sarkozy, le président français, se rencontreront le 17 juin à Berlin, alors que la pression monte pour les dirigeants qui doivent passer outre leurs différends pour sauver la Grèce, dont la note a été abaissée de trois crans par Standard & Poor's, ce qui en fait le pays le moins bien noté au monde.

La Banque centrale européenne s'oppose également au projet de Berlin et demande à l'Union d'opter pour une solution plus douce qui impliquerait la contribution des banques, des fonds de pension et des compagnies d'assurance détenant une partie de la dette grecque sur une base « purement volontaire ».

« Certains devront faire des concessions dans les prochains jours, ou la région risque de vivre une véritable crise financière », a affirmé David Mackie, économiste chez J.P. Morgan.

Rendement de la dette en hausse

Les rendements des obligations grecques, portugaises et irlandaises à 10 ans ont tous enregistré des niveaux record hier et le coût de l'assurance de la dette grecque contre le défaut de paiement a atteint un nouveau pic, en raison des incertitudes liées au sauvetage du pays.

La banque centrale chinoise s’est appuyée sur son rapport annuel de stabilité financière pour émettre un avertissement des plus sévères quant aux problèmes de dettes de l'Europe, affirmant que les plans de sauvetage avaient contribué à la stabilisation de la situation sans toutefois s'attaquer aux causes du problème.

« La crise de la dette souveraine pourrait continuer à entraver la relance économique de l'Europe », ont expliqué les responsables de la banque. « Il est possible que la crise de la dette souveraine se propage et empire ».

L'Union européenne et le Fonds monétaire international ont renfloué Athènes à hauteur de 110 milliards d'euros il y a un an, avant de mettre sur pied des programmes similaires pour l'Irlande et le Portugal.

Un nouveau plan de sauvetage est en préparation pour la Grèce, alors que le pays continue de couler sous le poids d'une dette qui représente environ 150 % de son PIB.

Le nouvel accord en préparation financerait la Grèce jusqu'en 2014 et s'élèverait à 120 milliards d'euros. Soixante milliards d'euros proviendraient d'une aide de l'UE et du FMI, et la même somme serait générée grâce à la contribution du secteur privé et aux recettes des privatisations.

Mario Draghi, gouverneur de la banque d'Italie et futur président de la BCE, a réaffirmé devant le Parlement européen que la Banque centrale restait opposée à toute solution non volontaire impliquant le secteur privé.

Il a toutefois précisé que la BCE accepterait une « initiative de Vienne », à savoir un accord de reconduction via lequel les banques qui détiennent des créances grecques accepteraient d'acheter de nouvelles obligations lorsque celles qu'elles possèdent arriveront à échéance.

« Deux initiatives sont sur la table. L'une d'entre elles est l'initiative de Vienne qui me semble totalement volontaire », a ajouté M. Draghi.

Certaines sources affirment que la France serait également en faveur d'une implication moins forte du secteur privé que l'Allemagne. La France préfèrerait donc apparemment l'initiative de Vienne, dans le cadre de laquelle les prêteurs internationaux accepteraient d'augmenter les crédits accordés à la région et les principales banques commerciales de maintenir leur exposition et de reconduire les lignes de crédit.

Certains signes laissent penser que les banques européennes, qui détiennent des milliards d'euros de créances grecques, se dirigent vers ce genre d'accord, même si Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a affirmé qu'il existait de grandes différences entre l'initiative de 2009 et la situation actuelle.

Il faudra sans doute attendre la réunion de vendredi à Berlin entre la chancelière allemande et le président français avant qu'une décision finale soit prise. Indépendamment de l'accord qui sera trouvé, nombreux sont les économistes qui pensent qu'Athènes peinera à éviter une restructuration plus sévère dans les années à venir.

Bloquer le parlement

La Grèce est devenue le pays le moins bien noté au monde selon Standard & Poor's, qui a abaissé la note du pays lundi et a annoncé que toute tentative de restructuration de la dette serait considérée comme un défaut de paiement.

Le gouvernement grec tente de mettre en place de nouvelles mesures d'austérité qui devraient générer 6,5 milliards d'euros en 2011, ce qui revient à presque doubler les mesures déjà décidées pour cette année.

Les manifestants ont annoncé leur intention de bloquer les accès au parlement afin d'empêcher les députés de débattre de ces mesures. Les syndicats, quant à eux, ont prévu d'organiser une grève nationale ce mercredi.

EURACTIV avec Reuters

Article traduit de l'anglais par EURACTIV

 

Début 2010, une enquête a révélé que la Grèce avait travaillé en collaboration avec Goldman Sachs et d'autres banques pour dissimuler la somme d'argent qu'elle empruntait depuis 2001.

La dette publique totale s'élevait à plus de 215 milliards d'euros et son déficit budgétaire annuel était de 13,6 %.

Le 2 mai 2010, un accord de prêt a été conclu entre la Grèce, les autres pays de la zone euro et le Fonds monétaire international. Cent dix milliards d'euros ont alors été rendus disponibles pour la Grèce.

A peine un an plus tard, l'UE, le FMI et la BCE travaillent sur un nouveau plan de financement. Certains pays européens, tels que l'Allemagne, s'opposent à continuer à financer la Grèce sans la contribution des créanciers du secteur privé.

  • 15 juin : grève générale en Grèce.
  • 17 juin : Angela Merkel, la chancelière allemande, et Nicolas Sarkozy, le président français, se rencontreront à Berlin.
  • 19 juin : les ministres de la zone euro se rencontreront à nouveau pour discuter du plan d'aide pour la Grèce.
  • 23-24 juin : sommet des dirigeants de l'UE. Décision attendue sur la Grèce.

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