Les pays européens au secours des banques qui échouent aux tests de résistance

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Les pays européens soutiendront les banques qui échoueront aux tests de résistance si elles ne parviennent pas à mobiliser des capitaux grâce à des investisseurs d’ici six mois, selon un document provisoire de l’UE.

Ce document, que préparent les ministres européens des finances pour une approbation prévue mardi (12 juillet), est un tournant à 180 degrés par rapport aux promesses faites par le G20 dans le sillage de la crise financière, à savoir que les contribuables n'auraient plus jamais à renflouer les banques.

L'Autorité bancaire européenne devrait annoncer la semaine prochaine les résultats de ses derniers tests de résistance réalisés sur les grands prêteurs de la zone, 91 banques au total, afin de tenter de rassurer les investisseurs sur le fait que les banques ont été renforcées contre de futurs chocs.

Cette dernière série de tests a été vantée comme étant plus rigoureuse que les précédentes, lors desquelles seules quelques banques avaient échoué. Les ministres des finances tentent de trouver des solutions pour gérer les retombées de ces tests.

Les banques qui auront réussi les tests sans toutefois avoir enregistré de bons résultats seront placées sur une liste de surveillance dans le cas où leur situation empirerait, peut-on lire dans le document. Ces banques auront jusqu'à fin septembre pour présenter un plan de rectification de leur situation financière et disposeront ensuite de trois mois supplémentaires pour le mettre en œuvre.

L'annonce selon laquelle les gouvernements de l'UE s'apprêteraient à soutenir les banques qui ne parviennent pas à maintenir un ratio de fonds propres dur  (« Core Tier 1 ») de 5 % dans le cas de plusieurs chocs théoriques sur les marchés a fait grimper les rendements des obligations à dix ans de l’État allemand (Bund) et des obligations britanniques.

« En substance, cela met encore plus de pression sur les pays de la périphérie (dans la zone euro) pour qu'ils proposent des mesures, non seulement pour consolider leur budget, mais aussi pour soutenir leur secteur bancaire, ce qu'ils ne peuvent pas vraiment se permettre », a déclaré Marc Ostwald, stratège chez Monument Securities.

« Il s'agit surtout de sécurité. C'est un marché qui vit dans la peur panique de tout ce qui touche à la zone euro et de ce qui pourrait mettre le secteur bancaire davantage sous pression », a expliqué M. Otswald.

L'écart de rendement entre les emprunts d'Etat italiens à 10 ans et les Bunds allemands de même maturité ont atteint de nouveaux records, alors que nombreux sont ceux qui craignent que des pays déjà en difficulté comme l'Italie ne doivent également mettre la main à la poche pour renflouer des banques qui échoueraient aux tests.

D'abord le secteur privé

Selon ce document toujours, les projets de levée de capitaux devraient d'abord se fonder sur « des mesures impliquant sur la participation du secteur privé, comme par exemple […] des bénéfices non distribués […], l'émission de nouvelles actions ordinaires ou la création d'instruments hybrides de qualité par les investisseurs privés, des ventes d'actifs ou des fusions ».

Mais si la quête de capitaux privés ne mène à rien, les gouvernements devront se tenir prêts à intervenir.

Les dirigeants prévoient toutefois « le pire », dans le cas où il ne serait pas possible de remettre une banque sur pied et qu'elle menacerait la stabilité du pays, en recommandant « un processus ordonné de restructuration et une résolution ».

Le nombre de banques qui auront échoué selon l'ABE convaincra les investisseurs que l'Europe commence à se sortir de ses problèmes bancaires, ou au contraire, si les tests sont à nouveau considérés comme trop laxistes, entachera la crédibilité déjà meurtrie de l'UE.

Les précédents tests avaient été largement considérés comme trop laxistes. En effet, toutes les banques irlandaises les avaient réussis l'année dernière, juste quelques mois avant que l'UE et le Fonds monétaire international n'aient à renflouer le pays et son secteur bancaire.

Date butoir de septembre

Dans ce document, daté du 7 juillet, il est écrit que les banques qui n'atteindront pas le ratio de fonds propres dur (« core tier 1 ») de 5 % auront jusqu'à fin septembre au plus tard pour soumettre un plan de recapitalisation et disposeront de trois mois supplémentaires pour mettre en place des « mesures fondées sur l'intervention du secteur privé ».

« Si les banques concernées ne parviennent pas à mettre en œuvre un projet de recapitalisation crédible dans les délais impartis, le [gouvernement] est prêt à prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder la stabilité financière », peut-on lire dans le document consulté par Reuters.

Ces nouveaux tests évalueront la capacité des fonds propres (sur lesquels comptent les banques pour absorber les pertes comme des prêts non remboursés) à résister à une récession économique ou à une chute des prix de l'immobilier.

Ils évalueront également l'impact sur les banques de la perte de valeur d'obligations d'Etat qu'elles détiendraient, comme en Grèce.

Les banques qui s'approcheraient dangereusement du seuil des 5 % feront l'objet d'une attention particulière.

« Les banques dont le ratio [core tier 1] est supérieur mais proche du seuil des 5 % dans les différents scénarios feront l'objet d'une surveillance renforcée par prudence, afin que nous puissions être sûrs que leur situation ne se détériore pas de manière inattendue ».

Fin juin, des sources de la zone euro ont affirmé que l'Autorité bancaire européenne (ABE) s'apprêtait à annoncer dans les semaines qui viennent que 10 à 15 banques sur 91 avaient échoué, les mauvais élèves se situant en Allemagne, en Espagne, en Grèce et au Portugal.

L'ABE souhaite que le nombre de banques qui ne passent pas les tests soit de 10 ou 15 pour montrer que ces contrôles sont sérieux, a affirmé une autre source, ajoutant que l'Autorité ne souhaitait pas qu'il y en ait davantage pour ne pas déclencher un vent de panique.

« Pour démontrer sa crédibilité, l'ABE devra présenter un nombre significatif d'échecs pour les banques, mais ce nombre ne doit pas être substantiel », a déclaré cette source. « Un nombre qui frôle la dizaine, ce ne serait pas mal ».

EURACTIV avec Reuters– Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet

 

En 2009, Bruxelles a insisté pour que les banques qui nécessitaient une aide de l'Etat passent des tests de résistance afin d'évaluer la viabilité de leurs plans de restructuration (EURACTIV, 24/07/09).

La dernière série de tests réalisée à l'été 2010 a été qualifiée d'imposture par de nombreux observateurs, dont les prévisions sur le secteur n'avaient pas été confirmées par les résultats des tests. En effet, les résultats ont révélé que seules sept banques sur 91 avaient échoué aux tests, ce qui signifie que leur ratio de solvabilité de base (qui mesure les fonds propres par rapport au nombre total d'actifs) était inférieur à 6 %.

Avant la tenue de ces tests, des sources avaient prédit que certaines banques tenteraient de dissimuler leur exposition à la dette souveraine, dans la mesure où la révélation d'une telle information aurait trop inquiété les marchés (EURACTIV, 02/07/10).

En outre, six banques allemandes sur les 14 testées n'ont pas révélé leur exposition à la dette souveraine, alors qu'il s'agit là d'un élément essentiel pour tester la résilience des banques face à de futurs bouleversements économiques.

  • Juil. 15 : les résultats des tests de résistance seront publiés par l'Autorité bancaire européenne.

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