Les secteurs protégés pénalisent la balance commerciale française

Le secteur du bâtiment est un des secteurs pouvant espérer profiter des 315 milliards du Plan Juncker [Shutterstock]

Les coûts salariaux des secteurs protégés de la concurrence internationale font grimper le taux de change interne. Ce qui pénaliserait la compétitivité de la France dans la zone euro, selon une étude de France Stratégie.

La faible performance des exportations françaises fait régulièrement plancher les économistes.  Depuis le début de l’Union économique et monétaire, en 1999, le profil de la France a bien changé. Le compte courant de la France, excédentaire jusqu’à 2004, est devenu déficitaire à partir de 2005, depuis 9 ans.

Selon une étude publiée par France Stratégie, baisser le prix des services dans les secteurs abrités de la concurrence internationale pourrait améliorer la compétitivité des entreprises françaises qui y sont exposées. Le recul des prix puis des salaires des secteurs protégés aurait pour effet de peser sur le taux de change interne du pays, souvent décrié de l’extérieur.

Les salaires constatés dans la part de l’économie française qui n’est pas soumise à la concurrence ont en effet un impact sur l’ensemble de l’activité économique.

Cette analyse va dans le sens du projet de loi sur le pouvoir d’achat, annoncé pour septembre par l’ex-ministre de l’Économie Arnaud Montebourg, qui visait notamment à réduire la protection de certaines professions réglementées, comme les notaires ou les pharmaciens, pour faire baisser leurs prix.

L’auteur de l’étude, Mouhamadou Sy, cite notamment les secteurs de l’immobilier, de l’hébergement et de la restauration, des services aux entreprises et des services juridiques et comptables. La finance et l’assurance en font également partie.

Il souligne plus largement que « dans les secteurs protégés, la forte progression des coûts unitaires salariaux et l’absence de concurrence se traduisent par une évolution dynamique des prix et donc des coûts des intrants des secteurs exposés » .

Ainsi, les prix des biens et services non échangeables ont augmenté de 25% entre 2000 et 2010 là où ceux des biens et services des secteurs exposés ont reculé de 10%.

Différentiel de compétitivité entre la zone euro et la France

« Dans le secteur ouvert à la concurrence internationale, la hausse des salaires a évolué de pair avec celle de la productivité. C’est dans le secteur abrité que les salaires ont dérapé, et plus particulièrement dans les services dont l’industrie a besoin », indique l’étude.

Des réformes et une modération salariale dans ces secteurs abrités aideraient la France à contenir son « taux de change interne », qui reflète le différentiel de compétitivité prix avec ses partenaires de la zone euro, et à résorber ses déficits extérieurs, poursuit Mouhamadou Sy.

Une autre étude publiée cette semaine par la direction du Trésor montre que les coûts salariaux ont été contenus ces dernières années dans le secteur manufacturier en France par rapport à certains de ses voisins, notamment grâce à des gains de productivité plus élevés.

« En revanche, la France se distingue par l’évolution des rémunérations salariales dans le secteur des services marchands, qui ont crû au même rythme que celles de l’industrie manufacturière (pour des gains de productivité inférieurs), ce qui n’est pas le cas dans les autres grands pays de la zone euro », poursuit l’étude du Trésor.

La compétitivité de la France fait l'objet d'intenses débats au niveau européen. La France reproche régulièrement à l'Allemagne le niveau relativement bas de ses salaires dans certaines activités, ainsi que l'excédent de sa balance commerciale qui crée un déséquilibre par rapport aux autres pays européens. A l'inverse, l'Allemagne souligne le niveau élevé des salaires en France et sa faible compétitivité internationale qui contribue à une situation budgétaire compliquée pour la France.

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