Les socialistes dénoncent des débats creux sur la croissance et l’emploi

Sergei Stanishev [Georgi Gotev]

Les dirigeants socialistes ont mis en garde les décideurs politiques conservateurs lors du sommet européen organisé aujourd'hui (30 janvier) à Bruxelles, leur demandant de ne pas se prêter à des « débats creux » lorsqu'ils se disent en faveur de politiques pour l'emploi et de la croissance.

Les dirigeants affiliés au Parti des Socialistes européens se sont rencontrés en amont du sommet de l'UE dans les locaux austères du groupe à Bruxelles.

Quatre premiers ministres de centre-gauche étaient présents : la Danoise Helle Thorning-Schmidt, dont le pays exerce la présidence tournante du Conseil de l'UE, le Belge Elio Di Rupo, l'Autrichien Werner Faymann et le Croate Zoran Milanovi?. Seuls MM. Di Rupo et Faymann représentaient des pays de la zone euro.

Le Parti populaire européen (PPE), qui compte 19 chefs d’Etat affiliés, n'a quant à lui pas organisé de réunion pour préparer le sommet. Ce sommet a officiellement été dédié à la croissance et à l'emploi, mais les derniers détails du traité intergouvernemental sur des règles budgétaires plus strictes devraient également être peaufinés.

Après la réunion, le président du PSE, Sergueï Stanishev, s'est exprimé devant la presse, affirmant qu'il était très probable que l'UE adopte un pacte budgétaire [voir l'ébauche] orienté sur des sanctions lors du sommet, mais qu'elle se contenterait d'une déclaration politique en faveur de la croissance et de l'emploi.

« C'est insuffisant selon nous. Les citoyens européens n'ont pas besoin de déclaration sur la croissance aujourd'hui », a déclaré M. Stanishev, ajoutant que le PSE tâcherait de promouvoir un débat public en la matière ainsi qu'un programme visant à stimuler la croissance via des instruments concrets et des financements, et ce malgré un environnement conservateur hostile.

L'ébauche de conclusions du Conseil, intitulée « Sur la voie d'un assainissement axé sur la croissance et d'une croissance favorable à l'emploi » manque quelque peu de substance.

« Seule la croissance économique, via l'investissement, la cohésion sociale et une attention particulière accordée aux jeunes peut nous permettre de sortir de cette crise économique », a déclaré M. Stanishev.

Dans le cas contraire, même si tous les pays consolident leur budget, ce ne sera pas suffisant, a-t-il affirmé.

Une grande part des ressources nécessaires à la croissance et l'emploi sont disponibles, a insisté le leader socialiste. Au moins 70 % des fonds sociaux du budget 2007-2013 de l'UE n'ont pas été utilisés et devraient être alloués à la croissance et à l'emploi, a-t-il expliqué. « Quelque 30 milliards d'euros du Fonds social européen n'ont pas été dépensés et nous proposons que 10 milliards d'euros soient alloués à des programmes clairs pour lutter contre le chômage des jeunes. »

Une taxe sur les transactions financières, idée pour laquelle le PSE milite depuis deux ans, pourrait permettre de lever 200 milliards d'euros qui pourraient être directement utilisés pour investir et créer de l'emploi, a ajouté M. Stanishev.

Le dirigeant du PSE a salué la Commission pour avoir adopté un document d'orientation proposé par le commissaire à l'emploi et aux affaires sociales, László Andor, sur la lutte contre le chômage des jeunes.

La France ne pourra pas ratifier le pacte budgétaire

M. Stanishev s'est montré plutôt ironique sur le pacte budgétaire, faisant référence à l'article 14 de l'ébauche de traité qui requiert une ratification dans 12 pays au minimum pour que le traité entre en vigueur.

Le président français, Nicolas Sarkozy, ne pourra pas faire passer le pacte au Sénat dominé par le centre-gauche et il n'a de toute façon pas l'intention de s'y risquer avant les élections du mois d'avril prochain, a-t-il déclaré.

M. Stanishev a également qualifié d'« humiliante » la proposition qu'aurait présentée l'Allemagne sur la nomination d'un commissaire en charge de surveiller le budget grec.

Le dirigeant du PSE s'est montré solidaire avec le leader socialiste hongrois Attila Mesterházy, étant donné que la situation politique en Hongrie est au centre débat à gauche. M. Mesterházy a dénoncé le « double discours » des hommes politiques du parti Fidesz du premier ministre Viktor Orbán, les accusant d'adopter un ton conciliant à Bruxelles tout en tenant des propos nationalistes dans leur pays.

Le gouvernement de M. Orbán est vivement critiqué depuis l'adoption de lois controversées qui porteraient atteinte à l'indépendance de la banque centrale, du système judiciaire et des médias d'information.

Interrogé par EURACTIV sur l'approche qu'il souhaitait que la Commission adopte au sujet de la Hongrie, M. Mesterházy a répondu que même si l'exécutif européen était dominé par le centre-droit, il espérait que l'équipe de M. Barroso décide que les valeurs européennes sont plus importantes que l'affiliation de M. Orbán auprès du Parti populaire européen.

La nouvelle stratégie de l'UE pour la croissance durable et l'emploi, intitulée « Europe 2020 », survient en plein coeur de la pire crise économique depuis des décennies.

Cette nouvelle stratégie remplace la Stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000, qui n'est pas parvenue à faire de l'UE « l'économie basée sur la connaissance la plus dynamique du monde d'ici 2010 » (voir le LinksDossier d'EURACTIV).

Elle place l'innovation et la croissance verte au coeur de ses propositions en faveur de la compétitivité et propose un contrôle plus strict des programmes de réforme nationaux, l'une des grandes faiblesses de la Stratégie de Lisbonne (pour plus d'informations, voir le LinksDossier d'EURACTIV).

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