L’Europe ne devrait en aucun cas changer sa politique et imiter les Etats-Unis en vue de contrer la crise financière internationale. C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker le 17 septembre, rejetant fermement les paquets de stimulation fiscale « à l’américaine » destinés à stimuler la croissance et à recouvrer la confiance des électeurs.
En dépit de la crise financière, M. Juncker, qui a récemment été réélu pour la troisième fois à la présidence de l’Eurogroupe, a démenti que l’Europe se trouve en récession. Cette déclaration est intervenue lors d’un événement organisé par le European Policy Centre (EPC) à propos de la relance de la croissance dans la zone euro.
Je ne crois pas que la zone euro soit au bord du trou noir de la récession, a-t-il affirmé, indiquant qu’il s’agit plutôt d’une récession technique, caractérisée par deux trimestres consécutifs de croissance négative. Toutefois, une croissance annuelle de 1,3 %, même si elle n’est pas solide, nous permettra d’échapper au danger de la récession, a-t-il déclaré en référence aux projections de l’Eurogroupe pour l’économie de la zone euro cette année.
Selon lui, l’économie allemande se porte toujours bien, avec un taux de croissance de 1,6 à 1,8 %. Quant aux marchés du travail d’autres pays, eux aussi réagissent bien face à la crise.
Notre plus grande inquiétude, c’est l’inflation, a expliqué le président de l’Eurogroupe. Même si la BCE constitue l’instrument principal pour juguler l’inflation, M. Juncker a signalé que les gouvernements et les partenaires sociaux ont également une responsabilité à cet égard. Il a spécifiquement pointé du doigt les gouvernements qui ont modifié leurs politiques fiscales dans le contexte de la hausse des coûts de l’énergie en dépit de leurs engagements précédents.
Les Etats-Unis ne sont pas un modèle
En effet, M. Juncker estime que les paquets de stimulation fiscale ainsi que les opérations de sauvetage similaires aux initiatives outre-Atlantique ne représentent pas une solution pour l’Europe.
M. Juncker a déclaré qu’on lui demandait souvent pourquoi l’Europe ne réagit pas de la même manière que les Etats-Unis face à la crise financière. Selon lui, l’UE a décidé de rejeter les plans de relance de la conjoncture tels que le paquet fiscal de l’administration américaine. Il a d’ailleurs expliqué que les expériences passées en Europe, notamment en Allemagne dans les années 1970, avaient simplement entraîné une aggravation du déficit et de la dette publique ainsi qu’une hausse des impôts pour les citoyens au cours des années suivantes. Nous ne répéterons pas la même erreur, a-t-il souligné, faisant part de son scepticisme quant au succès du paquet fiscal américain.
En revanche, M. Juncker a appelé les pays de l’UE à rester fidèles à la politique européenne traditionnelle de consolidation financière pour enrayer l’inflation et réduire leurs déficits budgétaires. Ne changez pas de politique, ne cédez pas à la panique, a-t-il insisté, mettant en avant le fait que les pays qui ont atteint leur objectif de consolidation financière à moyen terme disposeraient d’une marge de manœuvre suffisante pour faire face à la conjoncture.
Néanmoins, certains pays ont affiché des performances moins bonnes au cours de la dernière période de conjoncture favorable. M. Juncker a averti que ceux-ci devront sans doute augmenter leur dette publique.
Tout devrait être fait pour encourager le potentiel de croissance, a-t-il signalé, ajoutant que le programme de Lisbonne pour la croissance et l’emploi conservait toute sa pertinence. Il a notamment appelé les dirigeants à porter la question du déclin démographique en tête de l’ordre du jour. A son avis, l’Europe doit s’ouvrir davantage à l’immigration.
Un siège européen unique au FMI ?
M. Juncker estime par ailleurs qu’une véritable réponse coordonnée permettrait à l’UE de réagir plus efficacement face à de telles crises financières. D’humeur joviale, il a également souligné que le bloc avait besoin d’une représentation unique au Fonds monétaire international, qui régit le système financier mondial.
En tant que chef de l’Eurogroupe, M. Juncker y siège au troisième rang, derrière le ministre belge, qui représente une entité dont le Luxembourg fait partie. Il a dit garder un oeil sur Didier Reynders. Dès qu’il se lève l’espace d’un instant, je me précipite sur le siège vide pour dire ce que j’ai à dire, a-t-il ironisé, estimant que cette gymnastique ne fait pas très sérieux et qu’elle lui demande des efforts dont il n’est plus capable. C’est pourquoi il souhaite qu’un siège unique soit attribué à l’Eurogroupe, ce qui impliquerait donc la disparition des représentations belge, finlandaise, allemande et autres. Au milieu des rires et des applaudissements de l’audience, il a reconnu que cette décision anéantirait l’ego national de ceux qui, avec leur drapeau et leur poids, occupent actuellement les sièges. Il a ajouté que ce siège unique devait être le sien et celui de personne d’autre.
Mais M. Juncker a également fait allusion à sa déception à l’égard du président français Nicolas Sarkozy. Ce dernier n’a en effet pas tenu la promesse qu’il avait faite lors de sa campagne électorale, à savoir de faire pression pour une représentation européenne unique au FMI. Pour M. Juncker, cela signifie que d’autres dirigeants ont également pensé au maintien de leurs sièges nationaux.

