Quinze banques européennes pourraient échouer aux tests de résistance

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Selon des sources de la zone euro proches du dossier, une banque européenne sur six échouerait aux tests de résistance financiers réalisés à l'échelle de l'UE, alors que les fonctionnaires nationaux se démènent pour tenter de protéger leurs banques d'un éventuel échec.

La Banque centrale européenne (BCE), entre autres, espère que les résultats de ces tests convaincront les investisseurs que l'Union européenne dévoile enfin l’ampleur de ses problèmes bancaires. Ces résultats mettront également la pression aux Etats récalcitrants pour qu'ils aident les banques qui échoueront.

Des sources de la zone euro ont déclaré que l'Autorité bancaire européenne (ABE) annoncerait que 10 à 15 banques sur 91 avaient échoué, les mauvais élèves se trouvant sans doute en Allemagne, en Grèce, au Portugal et en Espagne.

Ces tests de résistance permettront d'avoir un premier aperçu de l'état de santé des banques dans l'UE, dans la mesure où la première série de contrôles exécutés l'année dernière aurait été trop laxiste.

Lors de ces premiers tests, les banques irlandaises avaient toutes été déclarées en bonne santé, quelques mois seulement avant que des difficultés n’amènent le pays à demander un renflouement international.

Les nouveaux tests évalueront dans quelle mesure les fonds propres, sur lesquels compte une banque pour absorber des pertes telles que des prêts non remboursés, pourraient résister à une récession économique ou à une chute des prix de l'immobilier.

Ils apprécieront également l'impact sur les banques d'une dépréciation des titres qu'elles détiennent, notamment ceux émis par la Grèce. Toutefois, ces tests n'évalueront pas l'impact d'un pays en défaut de paiement, et la situation qui en résulterait sûrement, à savoir un gel des prêts interbancaires.

Afin de s'assurer une plus grande crédibilité, l'ABE, qui effectue les tests, et la BCE, qui détermine les scénarios économiques, feront sans doute échouer plus de banques que les sept de l'année dernière.

« Combien échoueront selon nous ? Je dirais 10 à 15 », a déclaré une éminente source proche des banques centrales de la zone euro.

L'ABE souhaite que le nombre de banques qui ne passeront pas les tests soit de cet ordre afin de démontrer que ces examens sont sérieux, a expliqué une autre source, ajoutant que l'Autorité ne souhaitait pas que davantage de banques échouent pour ne pas déclencher la panique.

« Pour démontrer sa crédibilité, l'ABE devra communiquer un nombre d'échecs significatif, mais pas considérable », a affirmé cette source. « Un nombre de l’ordre de la dizaine, c'est un juste milieu ».

Une porte-parole de l'ABE a déclaré que les tests étaient toujours en cours et n'a pas souhaité faire de pronostics sur les résultats.

Tests techniques et politiques

Ces tests sont de nature technique, mais également politique. Si l'ABE et la BCE souhaitent révéler les échecs des banques, les régulateurs nationaux, quant à eux, ne veulent pas que leurs banques apparaissent sur la liste. Ils craignent en effet de sembler incompétents pour ne pas avoir pu mettre le doigt sur les problèmes par eux-mêmes.

La seconde source a déclaré que les autorités européennes souhaitaient révéler qui étaient les mauvais élèves de l’UE, tout en évitant de créer trop de problèmes dans les pays en difficulté, comme l'Espagne dans la mesure où cela pourrait amener les bailleurs de fonds internationaux à se détourner du pays et de ses banques.

« Ils trouveront le moyen d'éviter qu'un pays […] ne sorte du lot », a expliqué une source. « Si ce devait être l'Espagne, ce serait une très mauvaise nouvelle. Un échec des banques allemandes serait beaucoup moins risqué ».

L'ABE, qui devrait annoncer les résultats à la mi-juillet au même moment qu'une réunion des ministres européens des finances, subit également la pression des gouvernements, qui veulent éviter un fiasco qui pourrait les forcer à fournir un soutien financier aux banques.

Un fonctionnaire de l'UE a affirmé qu'un désaccord avec l'Allemagne sur la manière d'appliquer les critères des tests de résistance avait retardé leur achèvement de quelques semaines, jusqu'en juillet.

Les instances réglementaires allemandes, qui ont démenti avoir bouleversé le calendrier en refusant d'appliquer les critères convenus au préalable, rejettent la faute sur les modèles de l'ABE, selon elles imprécis, et affirment que les tests de résistance devraient être à nouveau reportés au-delà du 15 juillet.

« Les instances réglementaires nationales se battront pour qu'aucune de leurs banques ne se retrouve sur la liste », a affirmé la source. « C'est un signe d'incompétence. C'est une question de réputation et d'argent ».

Les hauts fonctionnaires des ministères européens des finances travaillent à présent à l'élaboration d'une solution pour aider ceux qui recevront une mauvaise note.

Andrea Enria, le président de l'ABE, a demandé aux gouvernements la semaine dernière de mettre des plans en place afin d'aider les banques qui échoueraient ou se révèleraient vulnérables.

Hier (28 juin), une porte-parole de l'ABE a déclaré que les gouvernements ne devraient pas tarder à combler les insuffisances en termes de capitaux qui seront révélées dans les résultats des tests.

« Il est important que des décisions concrètes et fermes soient prises par les banques et les autorités après la publication des résultats. Il faudra notamment s'assurer que des plans crédibles pour combler les insuffisances en termes de capitaux […] soient mis en place pour régler les problèmes ».

Même si l'ABE insiste sur la publication de la part de dette souveraine détenue par chaque banque ainsi que son échéance, c'est le nombre de banques qui échoueront qui déterminera la crédibilité des tests.

« Si c'est la même chose que la dernière fois quand sept banques ont échoué, c’est-à-dire presque rien, personne n'y croira », a expliqué une source. « Mais on ne peut pas en faire échouer 50, ou le système bancaire s'écroulera ».

EURACTIV avec Reuters – Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet

 

En 2009, Bruxelles a insisté pour que les banques qui nécessitaient une aide de l'Etat passent des tests de résistance afin d'évaluer la viabilité de leurs plans de restructuration (EURACTIV 24/07/09).

La dernière série de tests réalisée à l'été 2010 a été qualifiée d'imposture par de nombreux observateurs, dont les prévisions sur le secteur n'avaient pas été confirmées par les résultats des tests. En effet, les résultats ont révélé que seules sept banques sur 91 avaient échoué aux tests, ce qui signifie que leur ratio de solvabilité de base (qui mesure les fonds propres par rapport au nombre total d'actifs) était inférieur à 6 %.

Avant la tenue de ces tests, des sources avaient prédit que certaines banques tenteraient de dissimuler leur exposition à la dette souveraine, dans la mesure où la révélation d'une telle information aurait trop inquiété les marchés (EURACTIV 02/07/10).

En outre, six banques allemandes sur les 14 testées n'ont pas révélé leur exposition à la dette souveraine, alors qu'il s'agit là d'un élément essentiel pour tester la résilience des banques face à de futurs bouleversements économiques.

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