Un gouvernement économique de la zone euro plus uni, des règles strictes destinées à surmonter les défaillances actuelles du modèle capitaliste à l’américaine, une protection accrue contre les rachats étrangers et des règles plus rigides sur les paradis fiscaux, tous ces éléments font partie des plans du président français, dont le pays occupe la présidence de l’Union européenne. C’est ce que Nicolas Sarkozy a déclaré aux eurodéputés hier 21 octobre.
La rencontre extraordinaire de l’Eurogroupe, qui a eu lieu dimanche 12 octobre au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement afin de remédier à la débâcle boursière européenne, pourrait devenir un événement normal, a indiqué M. Sarkozy. En effet, le président français a fait comprendre que les ministres des Finances, qui sont actuellement en charge des réunions mensuelles de l’Eurogroupe, n’arrivent pas à être assez efficaces dans la gestion des questions les plus délicates et à faire passer le bon message.
Un Eurogroupe prétendument plus fort devrait représenter l’approche plus ferme des institutions européennes, qui devraient donner une impulsion réformatrice à l’économie mondiale en mettant en oeuvre un nouveau « Bretton Woods », suiteà l’appel d’un certain nombre de dirigeants européens ces dernières semaines. Le sommet du G8 élargi, qui devrait avoir lieu en novembre selon la demande de M. Sarkozy et qui est soutenu par le président américain sortant George Bush, est considéré comme un forum qui lancera le processus de révision (EURACTIV 20/10/08).
M. Sarkozy a souligné le fait qu’une meilleure composition du forum impliquerait la participation des nations du G8 en plus du G5. Les pays tels que la Chine, l’Inde, très certainement le Brésil, l’Afrique du Sud et le Mexique devraient également être aux côtés des huit superpuissances (les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, le Japon, le Royaume-Uni, l’Italie, la Canada et la Russie). L’Espagne pourrait rester exclue du nouveau cycle de rencontres qui vise à élaborer de nouvelles règles pour l’économie mondiale. Lors du Conseil européen qui a eu lieu à Bruxelles la semaine dernière, il était déjà évident que Madrid n’était pas particulièrement satisfaite de la situation.
La fin du modèle américain ?
Quelle que soit la composition du sommet, il est clair que l’Europe remettra en question le système financier actuel qui est inspiré du modèle américain. Pour M. Sarkozy, l’échec du système américain est une « trahison des valeursdu capitalisme ». Nous ne pouvons pas continuer à accepter les déficits croissants de la puissance mondiale. Les Américains vivent depuis 30 ans au-dessus de leurs limites, a déclaré le président français.
Comme il l’a déjà annoncé en diverses occasions, le dirigeant français propose une réforme impliquant plus de règles. Aucune institution financière ne devrait échapper à la réglementation, a-t-il affirmé, en faisant clairement référence aux capitaux à risque et aux hedge funds. Le pouvoir des trois agences internationales de notation (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch) devrait être réduit suite à leurs actions « scandaleuses » lors de la crise. Les banques européennes soutenues par les autorités publiques ne devraient plus dépendre des paradis fiscaux. Le président de la Commission José Manuel Barroso a ajouté que Bruxelles cherche actuellement des dérivés régulateurs. Les règles de gestion en matière de paiement et de comptabilité sont également concernées.
Ecarter les offres étrangères
Lors de son discours passionné, M. Sarkozy n’a pas épargné les fonds souverains, des fonds d’investissements spéciaux appartenant à l’Etat principalement détenus par des pays exportateurs de pétrole tels que la Russie, les Émirats arabes unis et le Qatar. Ces fonds suscitent l’inquiétude d’un grand nombre de gouvernements qui craignent l’influence politique d’autres Etats sur les secteurs stratégiques, comme ceux de l’énergie et de la défense.
M. Sarkozy a déclaré que les Etats européen devraient augmenter le niveau de protection des entreprises nationales contre les « prédateurs » des fonds souverains, notamment en développant leurs propres fonds. Ces derniers pourraient ensuite coopérer entre eux pour éviter que les banques et les entreprises européennes ne tombent entre des mains étrangères, en particulier dans le contexte actuel de crise financière, qui a fait chuter au plus bas les actions de la plupart des entreprises. L’Italie a émis une proposition qui semble faire écho aux positions de M. Sarkozy : faire de la Banque européenne d’investissement un fonds souverain européen (EURACTIV 15/09/08).
La fin des paradis fiscaux ?
Aux côtés de l’Allemagne et du Royaume-Uni, la France appelle en outre à une attitude plus ferme à l’égard des paradis fiscaux. Dans son discours devant les eurodéputés, M. Sarkozy a d’ailleurs proposé « qu’aucune banque qui travaille avec l’argent des Etats ne puisse travailler avec des paradis fiscaux » tels que les Iles Caïmans, Monaco ou le Liechtenstein.
Lors d’une autre réunion de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris, le ministre français du Budget Eric Woerth a affirmé qu’à l’heure où les gouvernements s’engagent massivement à renflouer le système financier avec l’argent des contribuables, on ne peut plus accepter que ce système continue à offrir des paradis fiscaux.
La Suisse a suscité des critiques particulièrement virulentes, notamment de la part du ministre allemand des Finances Peer Steinbrück, qui a estimé que « la Suisse offre des conditions qui permettent aux contribuables allemands de frauder le fisc » et qu’elle mérite dès lors d’être inscrite sur la « liste noire » de l’OCDE en matière de paradis fiscaux.
Reste à savoir si une quelconque action concrète pourra être décidée au niveau européen seulement. En effet, l’Union elle-même accueille un grand nombre de paradis fiscaux.

