Solvabilité II : l’UE souhaite trouver un accord face à la propagation de la crise au secteur de l’a

Alors que la crise financière menace de s’étendre aux compagnies d’assurance, le géant American International Group (AIG) étant confronté à des difficultés majeures, la Commission européenne appelle à conclure les longues négociations sur Solvabilité II, l’ensemble de règles destiné à changer le paysage européen de l’assurance.

Malgré la série de faillites qu’a connues Wall Street au cours des dernières semaines, un porte-parole du commissaire au Marchés intérieur Charlie McCreevy a confirmé que la Commission n’envisageait pas de modifier substantiellement les négociations en cours à Bruxelles sur l’avenir du secteur européen de l’assurance.

En effet, il a fait remarquer que la situation des assureurs européens était encore différente de celle de leurs homologues américains. L’augmentation du risque de défaillance de l’assureur américain AIG est en réalité le résultat d’une stratégie d’investissement similaire à celle des banques. Selon lui, cette stratégie n’est pas fréquente en Europe. Le comité européen des assurances (CEA) a tenu des propos similaires dans un communiqué de presse publié mardi 16 septembre.

Aller plus vite : une nécessité

Cependant, l’exposition des grandes compagnies d’assurance européennes aux acteurs américains de la finance actuellement en pleine crise ou en faillite comme Lehman Brothers ou Merrill Lynch est également une source d’inquiétudes. La tendance générale de baisse des prix des fonds de placement due à la crise a également des effets évidents sur les assurances.

C’est dans ce contexte que Bruxelles tente de parvenir rapidement à un accord sur les éléments déjà disponibles. En ce qui concerne Solvabilité II, le porte-parole de M. McCreevy a déclaré qu’ils ne disposaient pas de beaucoup de temps, et que dans l’éventualité d’un échec, ils n’auront que peu de temps pour retenter leur chance.

Le Parlement européen se prépare à voter de nouvelles règles sur les assurances européennes en novembre. Cependant, un certain nombre de questions restent en suspens. Les contrôleurs mettent en garde contre les risques suscités par la réforme prévue. Quant à l’industrie, elle fait pression pour que des changements plus importants soient instaurés.

Evaluer les risques 

Les autorités de surveillance, représentées par le comité européen des contrôleurs des assurances et des pensions professionnelles (CECAPP), insistent sur le fait qu’accroître la concurrence dans le secteur de l’assurance conformément aux propositions du nouveau projet de loi aurait des conséquences indésirables. En effet, les compagnies d’assurance pourraient adopter des approches plus risquées, ce qui pourrait éventuellement entraîner des faillites (EURACTIV 07/03/08).

D’autre part, les principaux groupes d’assurances au niveau européen estiment que Bruxelles se montre beaucoup trop prudente en leur demandant d’évaluer le risque des actifs sur une seule année. Ils considèrent qu’il est moins risqué de détenir des fonds de placement sur une longue période que ce qui ressortirait d’une analyse sur un an dans la mesure où les stocks sont plus volatils sur le court terme que sur le long terme. Ainsi, un délai court découragerait les assureurs d’investir dans les fonds de placement au profit d’obligations apparemment moins risquées. Par ailleurs, les autorités de surveillance ont souligné qu’une diminution du nombre de fonds de placement dans leur portefeuille augmenterait les risques liés à l’inflation puisqu’elles seraient alors forcées d’étoffer les obligations.

Un cadre règlementaire pour les pensions ?

Les acteurs les plus importants dans le secteur, comme AXA ou Generali, cherchent également à inclure les fonds de pension à la directive, ou du moins à les réglementer davantage. Ils craignent une distorsion de la concurrence au bénéfice des assureurs si Solvabilité II entre en vigueur sans une révision du cadre règlementaire relatif aux fonds de pension.

Les petits assureurs oubliés ?

Les petits assureurs, comme les mutuelles (où les détenteurs de polices d’assurance ont certains droits de propriété), craignent cependant que la réforme du secteur de l’assurance ne se concentre trop sur les intérêts des grandes compagnies. 

Les petits assureurs, qui acceptent d’appliquer les nouveaux principes de la surveillance de groupes et de la diversification géographique, souhaitent également être autorisés à maintenir un statut différent. Ils estiment qu’il faudrait autoriser les mutuelles à propager les risques aux succursales, même si elles n’ont pas de succursales mais uniquement des partenariats avec d’autres mutuelles.

La question de la surveillance transfrontalière

La surveillance transfrontalière reste un point essentiel des négociations. En effet, de nombreux Etats s’opposent au principe de la surveillance de groupes. Ils craignent que cela n’implique une perte de pouvoir pour les autorités nationales.

Le commissaire au Marché intérieur Charlie McCreevy a déclaré que les questions en suspens dans le cadre de Solvabilité II ont été réduites à un nombre maîtrisable. Confiant, il a estimé que des solutions appropriées vont être trouvées au cours des prochains mois, les discussions étant très avancées au Parlement européen. Selon lui, cette situation ouvre des perspectives prometteuses pour la présidence française, qui a la tâche stimulante de conclure les débats avec le Conseil et le Parlement. Le jeux en vaut la chandelle : si nous réussissons, nous aurons mis en place ce que j’espère être le meilleur système de contrôle des assurances fondées sur le risque, a-t-il indiqué, estimant que l’UE sera aux avant-postes et que les autres pays la prendront en modèle. 

L’eurodéputé socialiste Peter Skinner, rapporteur pour Solvabilité II devant le Parlement européen, a souligné l’importance cruciale d’un accord sur les groupes de contrôle ainsi que la nécessité d’adopter des normes internationales pour permettre aux entreprises européennes d’être compétitives à l’échelon mondial.

Vendredi 12 septembre, lors de la conférence Eurofi à Nice, Asmo Kalpala, président de l’Association Internationale des Sociétés d’Assurances Mutuelles (AMICE), a apporté son soutien aux petits groupes d’assurance. Il estime en effet que le travail accompli avec Solvabilité II ne tient pas vraiment compte des plus petits acteurs. Recommandant une approche plus pragmatique, il a appelé à augmenter le palier définissant les petits assureurs de 5 millions à 10 millions d’euros afin de permettre aux mutuelles de prospérer tout en maintenant des régimes régulateurs différents pour les grandes compagnies. 

Tommy Persson, président de la CEA, la fédération européenne des assurances et réassurances, a exprimé son soutien à Solvabilité II. Nous pouvons et nous devons parvenir à un accord, a-t-il affirmé. Réagissant face à aux craintes de plus en plus nombreuses d’un échec suscitées par l’assureur américain AIG, une déclaration de la CEA indique que dans le tumulte qui a affecté les marchés financiers mondiaux, les assureurs européens ont inévitablement été touchés par la chute généralisée du cours des actions et par l’exposition limitée à la dévaluation de certaines catégories de biens. Cependant, même si la CEA ne peut pas faire de commentaires sur la position de chaque compagnie spécifique ni en Europe ni aux Etats-Unis, la situation globale des assureurs européens n’est pas comparable à celle des assureurs américains. 

Henri de Castries, PDG d’AXA, défend l’extension de la période régulatrice d’un an proposée pour évaluer la volatilité des biens. Il estime que les suggestions actuelles empêcheraient les compagnies d’assurances d’investir dans des actions. En investissant dans des obligations, les exigences de fonds propres représentent un seizième des exigences pour les actions, a-t-il affirmé, estimant que cela poussera uniquement les acteurs tels que les hedge funds à investir sur le marché des actions. Selon lui, cette situation ne renforcera pas la stabilité du système.

En juillet 2007, la Commission européenne a proposé une révision complète des règles régissant la situation financière des assureurs européens depuis 30 ans. Cette initiative porte le nom de Solvabilité II, en référence au cadre réglementaire actuel Solvabilité.

Solvabilité II propose une nouvelle approche fondée sur le risque comme solution de rechange au système « forfaitaire » actuel. Selon une nouvelle méthode, plus le risque économique pris par un assureur est élevé, plus le capital de la société devra être élevé, pour agir comme garantie contre les défaillances.

La proposition vise également à reformer les procédures de contrôle, avec pour objectif d’améliorer la coopération entre les contrôleurs nationaux, essentiellement dans les sociétés multinationales. Elle demande également plus de transparence de la part des compagnies d’assurance et de réassurance. 

  • 7 oct. 2008 : la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen se prononce sur la proposition amendée de la directive Solvabilité II.

  • Nov. 2008 : vote en plénière sur Solvabilité II prévu au Parlement.

  • Fin 2008 : délai proposé pour un accord au Conseil sur Solvabilité II.

  • Oct. 2009 : adoption proposée de la directive par le Parlement et le Conseil.

  • 2010 : délai pour la présentation des mesures de mise en œuvre par le CECAPP.

  • 2012 : délai pour l’adoption des mesures de mise en œuvre et transposition de la directive dans les Etats membres. 

Inscrivez-vous à notre newsletter

S'inscrire