Une récession mondiale est-elle probable ?

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.com PLC.

Elga Bartsch [DR/LT]

La croissance américaine s’affaiblit sensiblement, la Chine souffre, va-t-on vers une récession généralisée? La probabilité d’une telle évolution reste en fait assez faible. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Elga Bartsch est chef économiste pour l’Europe pour la banque et multinationale américaine Morgan Stanley.

Les marchés financiers ont accusé de lourdes pertes au cours des premières semaines de 2016. Un certain nombre de facteurs ont concouru à ce recul. À ce stade, il semble qu’au dernier trimestre, la croissance économique ait marqué le pas aux États-Unis. La nouvelle chute des prix du pétrole brut a déjà invalidé une grande partie des prévisions d’inflation pour 2016. Plutôt que de s’orienter à la hausse cette année, l’inflation pourrait même redescendre en territoire négatif.

Des prévisions trop optimistes pour les États-Unis

Dans ce contexte, de nombreux investisseurs se demandent si la Réserve fédérale parviendra à procéder, comme prévu, à quatre hausses de ses taux d’intérêt en 2016. Nous continuons de penser que celle-ci laissera ses principaux taux d’intérêt inchangés en mars, et attendra au moins le mois de juin pour effectuer un nouveau relèvement. Néanmoins, nous jugeons également que de nombreuses prévisions – y compris celles de la Fed – sont bien trop optimistes en ce qui concerne les perspectives de croissance aux États-Unis. Selon nos estimations, la croissance américaine ne devrait pas être tellement supérieure à la croissance européenne (soit un peu moins de 2 %). Et même cette évaluation prudente n’est pas exempte de risques.

La Chine, comme le Japon?

La Chine également occupe le devant de la scène pour de mauvaises raisons en ce moment. Les investisseurs s’inquiètent de possibles pressions à la baisse sur le renminbi alors que les sorties de capitaux augmentent. Nous pensons toutefois que la Banque populaire de Chine parviendra à résister à ces pressions, tout au moins au premier semestre. Au-delà des inquiétudes relatives à l’évolution à venir des taux de change, la décélération plus forte que prévu de la croissance chinoise fin 2015 alarme les investisseurs. Les statistiques publiées récemment soulignent l’augmentation des pressions déflationnistes en Chine. La situation du pays ressemble donc de plus en plus à celle du Japon dans les années 1990.

Une récession?

Toutefois, aucun de ces facteurs ne signifie nécessairement que l’économie mondiale est au bord de la récession. À ce stade, nous évaluons à environ 20 % seulement les risques d’une récession mondiale. Aux États-Unis, aucun des signaux d’alerte traditionnels ne laisse actuellement attendre une récession. Ces signaux d’alerte peuvent toutefois se déclencher très rapidement. C’est pourquoi nous tenons compte d’un certain nombre d’autres indicateurs d’activité. Mais ceux-ci – aux États-Unis comme dans le monde entier – sont encore loin d’afficher les niveaux habituellement synonymes de récession. Autres arguments s’opposant à l’hypothèse d’une récession mondiale : l’offre excédentaire de matières premières et les politiques monétaires encore très expansionnistes.

>> Lire aussi : Davos voit dans l’instabilité la nouvelle norme mondiale