« Le système de quotas n’est qu’une stratégie de relations publiques »

tomas_prouza.jpg [EURACTIV Czech Republic]

Les réfugiés devraient pouvoir choisir le pays dans lequel ils veulent demander l’asile, a déclaré Tomáš Prouza, secrétaire d’État tchèque aux affaires européennes, à EURACTIV République tchèque

Tomáš Prouza est un économiste tchèque, ancien ministre adjoint des Finances et secrétaire d’État aux affaires européennes depuis janvier 2014, au bureau du Premier ministre tchèque.

Ses propos ont été recueillis par Lucie Bednárová, rédactrice en chef d’EURACTIV République tchèque.

En septembre, Prague a accueilli un sommet des chefs de gouvernement du groupe de Visegrad (V4). Les Premiers ministres ont souligné la nécessité de protéger l’espace Schengen et ont proposé plusieurs mesures concrètes pour s’attaquer à l’actuelle crise des réfugiés. La réunion avait aussi pour but de démontrer l’unité des pays d’Europe centrale, en discussion avec leurs homologues européens. Le signal était-il assez fort ?

Pour la première fois, les pays du V4 ont présenté une liste d’actions qu’ils peuvent et sont prêts à mener. Nous ne voulions pas que notre position soit réduire à notre opposition aux systèmes de quotas, donc le but de ce sommet était aussi de changer cette perception.

Je voudrais souligner le fait que les Premiers ministres ne sont pas censés présenter des plans d’action détaillés. Ces propositions sont comme des conclusions du Conseil européen. Les grandes lignes et les orientations que sont prêts à prendre les pays ont également été décrites. Leur mise en place dépend ensuite de la responsabilité des ministres. En effet, une partie des conclusions du sommet des V4 était une série de missions que les ministres des Affaires étrangères et intérieures devraient accomplir. C’est à eux de mettre en place ces projets.

Certains de nos partenaires occidentaux nous reprochent de ne pas être assez solidaires avec les réfugiés. Craignez-vous que la position tchèque à ce sujet ne se retourne contre nous à l’avenir, et n’ait des conséquences néfastes sur d’autres dossiers, comme les fonds de cohésion par exemple ?

Bien sûr, la tension monte, mais elle est alimentée par certaines personnalités politiques de l’Ouest qui nous pointent du doigt et, de ce fait, génèrent des tensions entre l’Ouest et l’Est. Selon moi, ces déclarations sont faites pour plaire à leurs populations. Dans la plupart des cas, elles sont prononcées par des responsables politiques qui sont en lice pour des élections ou qui ont des enjeux locaux.

Malheureusement, nous savons que le débat des réfugiés sera utilisé pour limiter le fonds de cohésion. Cela est déjà arrivé. Certains pays demandent cela depuis longtemps. Dès qu’il y a un débat sur le prochain cadre financier pluriannuel, le plus gros problème est toujours la quantité à redistribuer. Pourtant, ceux qui sont contre la cohésion ont aujourd’hui des arguments solides à présenter.

La semaine dernière, dans son discours sur l’état de l’Union, Jean-Claude Juncker a proposé un nouveau mécanisme de relocalisation permanente. Les pays du V4 avaient toutefois déjà affirmé qu’ils s’opposaient à un tel système de quotas. Quelle forme devrait prendre ce mécanisme pour que vous l’acceptiez ? Les quotas sont-ils vraiment la ligne rouge que le gouvernement tchèque ne veut pas franchir ?

Que voulons-nous accomplir grâce à ce mécanisme ? Si les quotas sont conçus pour envoyer les gens dans des pays où ils ne veulent pas aller, est-ce la solution ? Bien entendu, vous pouvez mettre un réfugié qui est entré dans l’UE par l’Italie dans un train et l’envoyer en République tchèque ou en Estonie. Mais, à la seconde où il arrivera, il partira en Allemagne. Le seul rêve de ces gens est de se rendre en Allemagne. Ils se fichent du reste de l’Europe. Voilà pourquoi nous disons que le système de quotas n’a pas de sens. Il est inutile, couteux, et ressemble à une stratégie de relations publiques. La seule conséquence est que le voyage sera plus long et plus cher pour les réfugiés.

Que proposez-vous à la place ?

Les réfugiés devraient pouvoir choisir le pays où ils veulent demander l’asile. En effet, il faut un système de « hot spots » qui fonctionnent et qui permettront aux migrants d’être enregistrés. Leurs demandes d’asile seront gérées à ces endroits, selon les procédures des pays d’arrivée et en présence des autorités concernées. Si les autorités acceptent la demande, les migrants pourront se rendre dans ce pays. Les procédures d’asile se termineraient à l’arrivée dans le pays d’accueil. Si la demande est rejetée, ils devront être renvoyés chez eux.

En ce moment, les réfugiés ne se dirigent pas vers la République tchèque. Comment pouvez-vous savoir que cela ne va pas changer ?

C’est exactement ce dont je parle. Si nous avons des hot spots qui fonctionnent, les migrants pourront choisir où ils veulent demander l’asile. Ils seront donc libres de demander la République tchèque. Si leur demande est acceptée, ils pourront venir, et lorsque toutes les procédures seront terminées, ils pourront rester.

Il est raisonnable de penser que l’afflux de réfugiés va augmenter et que la capacité de ces pays qui attirent les réfugiés (à cause de diasporas locales par exemple) n’est pas illimitée. Que ferez-vous à ce moment-là ?

La situation ne peut pas attendre. Nous devons résoudre le problème maintenant. Pour contrôler l’afflux de réfugiés, il est essentiel de faire fonctionner la politique de retour. Bien sûr, nous devons nous occuper de ceux qui ont droit à l’asile, ceux qui fuient la guerre et qui luttent pour leur vie et la vie de leur famille. En même temps, l’Europe doit se débarrasser de son image de terre promise. Nous devons être capables de renvoyer rapidement les « migrants économiques » chez eux, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas en danger dans leur pays et qui pensent juste qu’une vie meilleure les attend peut-être en Europe.

Comment la République tchèque peut-elle contribuer à une solution commune pour la crise des réfugiés ?

Notre priorité est de trouver un consensus européen sur la liste des pays d’origine sûrs, où les réfugiés peuvent être renvoyés. Il est indispensable d’avoir tous les pays candidats sur cette liste. Nous ne pouvons pas nous retrouver dans une situation où un pays qui cherche à adhérer à l’UE ne soit pas considéré comme « sûr ». Cela s’applique aux Balkans occidentaux et à la Turquie. Dans une certaine mesure, la diplomatie tchèque peut aussi exercer une pression pour que les accords de réadmission fonctionnent. Nous avons des liens historiques avec de nombreux pays d’Afrique que nous pouvons utiliser. Notre troisième priorité sont les hot spots, donc j’ai déjà parlé. Nous pouvons fournir des équipements et du personnel.

Dernier point, mais pas des moindres, nous allons augmenter nos dépenses publiques à l’aide au développement. Si nous n’aidons pas les régions d’origine des réfugiés, nous ne règlerons pas le problème.

En République tchèque, certains disent que les pays qui sont contre les quotas devraient renoncer à une partie du fonds de cohésion. Pour eux, cet argent pourrait être utilisé pour renforcer Frontex par exemple. Serait-ce utile ?

Tout d’abord, l’UE a encore beaucoup de ressources dans le Fonds asile, migration et intégration (AMIF). Jusqu’à présent, elles n’ont pas encore été utilisées. Plus important que des gestes politiques, chaque pays devrait préciser quelle part de son budget national il est prêt à dédier à cela. Il est facile d’abandonner quelque chose que nous n’avons pas encore reçu. Les mots ne suffisent pas, notre contribution doit être concrète.

Quid de la politique commune d’asile ? Devons-nous changer les règles dans le contexte de la crise actuelle ?

Nous avons clairement besoin de changement. Certains pays de l’UE ont des procédures d’asile très rapides, comme l’Allemagne, où les demandes sont traitées en deux mois. Les gens sont donc très vite intégrés à la société et peuvent commencer à travailler. C’est très important. Il faudrait que nous réussissions à harmoniser ces règles à travers l’Europe.

C’est inacceptable qu’un pays traite 99 % des demandes en deux mois, alors que d’autres n’en traitent que 5 %.

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