Bruxelles veut s’attaquer aux problèmes des « îles énergétiques » en Europe

Le bois utilisé comme combustible est monnaie courante en Bulgarie [Dnevnik]

En plein crise ukrainienne et après l’abandon du projet de gazoduc South Stream, un document révèle les projets de la Commission européenne pour aider la région d’Europe du sud-est à surmonter son problème d’isolation énergétique.

Un document interne de la Commission européenne suggère que l’exécutif européen devrait enfin se décider à s’attaquer au problème de l’isolation énergétique de toute la région du sud-est de l’Europe qui représente un défi particulier.

« Les îles énergétiques continuent d’exister et de nombreux marchés, comme ceux du sud-est de l’Europe, ne sont pas correctement connectés à leurs voisins », peut-on lire dans le document qui a servi de base pour un « débat d’orientation » mené par le vice-président de la Commission Maroš Šef?ovi? en vue de la future Union énergétique. Une version divulguée du document a été publiée sur le blog d’Alice Stollmeyer.

En effet, la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, ainsi que des pays candidats à l’UE comme la Serbie, la Macédoine, l’Albanie, le Kosovo, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine peuvent être perçus comme une vaste île énergétique, mal intégrée au reste de l’Europe. La région dans son sens large inclut également la Hongrie, la Croatie, la Slovénie, la Slovaquie et l’Autriche.

Électricité

Les pays de cette région partagent un héritage historique relatif. Dans la région, les entreprises de distribution d’électricité ont souvent le monopole et les régulateurs échouent parfois à jouer un rôle indépendant. En Grèce, la société publique d’électricité, détenue par l’État, distribue presque 100 % de l’électricité du pays. En Bulgarie, trois fournisseurs (CEZ, E.on et Energo Pro) se sont partagés le marché du pays et chacun a le monopole sur son propre territoire.

En Roumanie, la Commission a ouvert des enquêtes concernant les tarifs préférentiels accordés par Hydroelectrica, le producteur hydro-électrique contrôlé par l’État, à plusieurs producteurs et négociants d’électricité. 

L’électricité ne coûte pas cher dans la région, comparée aux autres pays membres de l’UE. Toutefois, les niveaux de vie peu élevés classent ces pays dans la catégorie des Etats de l’UE dont un important pourcentage de la population (entre 20 % et 30 %) ne peuvent pas chauffer leur foyer correctement.

Selon une récente étude réalisée par l’ONG E3G, il faudrait investir de manière considérable pour ôter les principales pierres d’achoppement. Le Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité (ENTSO-E) estime qu’au moins 10,8 milliards d’euros devraient être investis dans des projets de transmission d’électricité dans la région d’ici 2020. En outre, la région possède un parc de centrales électriques vieillissant. Plus de 35 % de la capacité électrique de Bulgarie et de Roumanie pourraient disparaître d’ici 2020.

Gaz

Dans le contexte de la crise ukrainienne et de l’annulation du projet South Stream, la Commission suggère aux pays d’Europe du Sud-Est de suivre l’exemple de l’Europe du Nord et de mettre en place des plateformes de gaz liquide et de multiplier les fournisseurs.

Selon les derniers communiqués des autorités russes, la Russie serait sur la même longueur d’onde : le gaz qui devait être destiné à l’UE grâce au projet South Stream sera finalement acheminé par Gazprom jusqu’à une plateforme gazière située à la frontière turco-grecque.

>> Lire : Moscou et Athènes discutent du gazoduc Turkish Stream

La Commission considère que désormais, les futurs accords intergouvernementaux (IGA) des États membres ainsi que « tout autre type de contrats » conclus avec des pays exportateurs de gaz seront soumis à un examen préalable afin de s’assurer que les règles du marché intérieur de l’UE et les critères de sécurité d’approvisionnement sont respectés. 

Plusieurs pays européens avaient conclu des accords bilatéraux avec la Russie dans le cadre de la construction du gazoduc South Stream. La Commission européenne a affirmé le 4 décembre dernier que ces accords, sous l’égide de Gazprom, enfreignaient la législation européenne et devaient être renégociés dans leur intégralité.

EURACTIV a également pu consulter une lettre envoyée par la Commission aux autorités bulgares, datée du 14 août 2013. La lettre pose une série d’interrogations pour savoir s’il faut accorder un régime fiscal préférentiel à Gazprom ou quelle société sous-traiter pour la construction du gazoduc.

« Le Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité et de gaz (ENTSO- E/G) va être amélioré et des centres opérationnels régionaux vont être créés afin que les flux de gaz et d’électricité transfrontaliers soient mieux gérés », peut-on lire dans le document.

La Commission préconise également un renforcement de la régulation

Étant donné la « vulnérabilité particulière » de l’Europe centrale et du Sud-Est, la Commission envisage de nouveaux formats de coopération, cités dans le document sous le nom de « forum énergétique d’Europe centrale et du Sud-Est (SECEF ou CESEC) ».

Les ministres de huit pays de l’UE (Bulgarie, Autriche, Croatie, Grèce, Hongrie, Roumanie, Slovénie, Slovaquie) se sont rencontrés le 9 février à Sofia pour une réunion présidée par Maroš Šef?ovi?. L’objectif de cette réunion, qui s’est déroulée à huis clos, était de demander le soutien de la Commission, mais également de transmettre la vision des services de Maroš Šef?ovi? en termes de réformes pour ces pays.

Une des grandes priorités de la Commission Juncker est la mise en place d'une Union énergétique grâce à une connexion des infrastructures, à l'application des lois et à l'augmentation de la compétitivité  afin de baisser les coûts pour les citoyens et les entreprises et relancer la croissance.

Pour ce faire, l'UE veut diversifier ses ressources énergétiques, mettre en commun ses infrastructures et unir son pouvoir de négociation vis-à-vis des pays tiers. L'UE veut également que l'Europe devienne le numéro 1 des énergies renouvelables.

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