Conséquences du sommet sur le budget de l’UE : « tout le monde gagnant ? »

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Les dirigeants nationaux ont rapidement qualifié le sommet de la semaine dernière sur l’accord budgétaire de victoire pour leur pays. Une semaine après le retour au calme, le tableau semble plus nuancé. Le réseau EURACTIV vous propose une vue d’ensemble de l’Allemagne, de la Bulgarie, de l'Espagne, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, de la Pologne, de la République tchèque, de la Roumanie, et de la Slovaquie.

 

Pour la première fois dans l'histoire de l'UE, le prochain budget (2014-2020) sera plus serré que le précédent (2007-2013).

 

Après 26 heures de négociations, des coupes supplémentaires de 18 milliards d'euros ont été opérées par rapport aux propositions précédentes présentées lors du dernier sommet en novembre.

 

>> Lire : Le budget de l’UE pour 2014-2020 en chiffres

 

En Grande-Bretagne, soutien pluripartite pour David Cameron

 

Le premier ministre britannique, David Cameron, a largement été décrit comme le principal vainqueur du sommet.

 

Son parti conservateur a qualifié le résultat de « victoire historique » pour M. Cameron, qui avait menacé d'utiliser son droit de veto si les coupes n'étaient pas beaucoup plus élevées que celles proposées en novembre par le président du Conseil, Herman Van Rompuy.

 

>> Lire : Les eurosceptiques félicitent David Cameron pour son succès à Bruxelles

 

Lors d'un discours à la Chambre des communes lundi, M. Cameron a déclaré que l'accord était bénéfique pour la Grande-Bretagne, l'Europe et « surtout […] pour tous nos contribuables ».

 

Son parti l'a félicité, tout comme les députés travaillistes et libéraux démocrates. Le chef de file adjoint des libéraux démocrates, Simon Hughes, a indiqué que les eurodéputés du parti soutiendraient l'accord au Parlement européen.

 

La Bulgarie, le « plus grand bénéficiaire net »

 

Le premier ministre Boyko Borissov a déclaré que son pays recevrait 15,2 milliards d'euros au total, conformément à l'accord. Le solde net (moins la contribution du pays au budget de l'UE) s'élève à 12 milliards d'euros.

 

M. Brissov a indiqué que la Bulgarie figurait parmi les quatre pays dont les fonds de cohésion ont augmenté. Ils passent de 6,85 milliards d'euros dans le budget précédent à 7 milliards d'euros dans le nouveau.

 

« C'est le premier budget [de l'UE] qui coupe des financements pour les États membres, et la réduction des budgets est très douloureuse », a-t-il précisé, ajoutant : « Mais pour la Bulgarie, le résultat est bon. » Il a expliqué que la Bulgarie était le plus grand bénéficiaire net en termes de financements européens mesurés par rapport au revenu national brut du pays, avec un solde net de 4 %.

 

La République tchèque : 900 millions d'euros en plus

 

Le premier ministre Petr Ne?as a présenté le résultat du sommet de l'UE comme une victoire pour son pays, car il est parvenu à remporter 900 millions d'euros de plus que dans la dernière proposition budgétaire de novembre.

 

M. Ne?as a attribué ces résultats à sa « menace de veto ».

 

Les montants alloués à la République tchèque, qui viennent principalement de la politique de cohésion, s'élèvent donc maintenant à 20,5 milliards d'euros, contre 19,6 milliards d'euros, a-t-il indiqué.

 

Cela n'a pas empêché l'opposition de critiquer l'accord, car pour la période 2007-2014, Prague avait reçu 26,7 milliards d'euros. Elle estime donc que le premier ministre a échoué dans les négociations.

 

La France divisée

 

Le président François Hollande était l'un des rares dirigeants nationaux à n’avoir pas caché sa déception.

 

« S'agit-il du budget dont vous rêviez ? Si j'étais seul, je dirais non, il aurait été différent », a déclaré M. Hollande lors d'une conférence de presse. Il a ajouté qu'il en allait de sa « responsabilité » de conclure le meilleur accord possible, étant donné la situation budgétaire difficile en Europe.

 

« Ce qu'il convenait de faire c'est que l'ensemble des pays puisse se retrouver gagnants », a-t-il déclaré aux journalistes. Il a cependant indiqué que « l'Europe n'a pas forcément gagné autant qu'elle aurait pu » et que des coupes sévères devaient être opérées dans la proposition initiale de la Commission européenne.

 

« Mais dans l'enveloppe, chaque pays a pu trouver à un moment ce qu'il cherchait », a-t-il affirmé, citant les fonds de cohésion pour les États d'Europe centrale les plus pauvres et le propre souhait de la France de maintenir les paiements directs pour ses agriculteurs.

 

Bien que divisés, les socialistes du parti de François Hollande ont officiellement soutenu le compromis.

 

L'UMP, dans l'opposition, et les Verts, membres de la coalition gouvernementale, ont tous les deux regretté que M. Hollande ne soit pas parvenu à convaincre ses partenaires de préserver le budget.

 

Plus important encore, les agriculteurs français ont exprimé leur satisfaction quant à l'accord conclu sur l'agriculture, où les réductions des paiements directs seront compensées par des fonds pour le développement rural. La France « est parvenue à protéger ses intérêts », a déclaré le syndicat principal des agriculteurs, la FNSEA.

 

L'Allemagne salue la discipline

 

Le ministre des affaires étrangères Guido Westerwelle, du parti libéral FDP, a déclaré qu'il « accueillait favorablement » l'accord. Il a indiqué qu'il démontrait que l'UE était capable de prendre des décisions en périodes difficiles.

 

« L'accord envoie un signal de consolidation à l'échelle européenne. Une discipline budgétaire, des réformes structurelles et une solidarité sont indispensables afin de surmonter définitivement la crise de la dette », a-t-il ajouté.

 

La ministre allemande de l'alimentation, de l'agriculture et de la protection des consommateurs, Ilse Aigner (CSU), a également accueilli favorablement l'accord, surtout le volet sur la politique agricole commune (PAC). Dans un contexte marqué par la nécessité de réduire l’ensemble des coûts, le danger d'une pression unique sur le budget de l'agriculture a été écarté, a-t-elle déclaré.

 

« L'argent public pour les services publics : c'est une bonne chose que tous les États membres de l'UE se soient clairement déclarés ouverts à ce principe important », a-t-elle indiqué.

 

L'opposition était cependant moins enthousiaste.

 

« Le programme de lutte contre le chômage des jeunes sera le bienvenu, mais ne devrait pas cacher le fait que l'accord global est mauvais », a déclaré Manuel Sarrazin, le porte-parole sur les questions de politique européenne pour les Verts.

 

« Pour la première fois, nous assistons à une réduction du budget de l'UE de 34 milliards d'euros par rapport au budget pour 2007-2013. La stratégie désastreuse d'Angela Merkel l'a emporté : couper autant que possible, donner le strict minimum. »

 

« L'écart entre les engagements et les versements indique que le résultat n'est pas une solution durable dans l'intérêt de l'Europe et menace de bloquer les finances de l'UE chaque année », a-t-il ajouté.

 

L'Italie reçoit des « fonds supplémentaires »

 

Le gouvernement a concentré sa communication sur les fonds supplémentaires que le pays a obtenus au cours des négociations finales.

 

L'Italie reste un pays contributeur net au budget de l'UE, malgré ses déboires budgétaires. Son « solde négatif » a cependant été réduit de 3,5 milliards d'euros, un chiffre qui a fait les gros titres de la presse nationale.

 

Les principales critiques viennent de Pier Luigi Bersani, le chef de file du Parti démocrate de centre gauche. Il a déclaré que le premier ministre Mario Monti avait remporté une « victoire à la Pyrrhus ».

 

« Si M. Cameron est satisfait du résultat du sommet, nous ne devrions avoir aucune raison de parler d'accord correct », a-t-il indiqué.

 

L'Italie se rend aux urnes les 24 et 25 février. Il s'agit de l’une des élections les plus importantes depuis des décennies. D'après des sondages, le centre gauche de M. Bersani pourrait remporter une majorité à la chambre basse, mais a besoin d'alliés pour occuper le Sénat.

 

La Pologne parle de « succès unique et important »

 

Le ministre des finances Jacek Rostowski a qualifié l'accord budgétaire de « succès unique et important ».

 

Bartlomiej Nowak du Centre for International Relations (CSM) a déclaré à EURACTIV Pologne que le sommet « était très bénéfique pour la Pologne, mais mauvais pour toute l'Union européenne ».

 

Selon lui, les négociations ont été trop soumises aux demandes de la Grande?Bretagne. Quant au budget, négocié par le premier ministre Donald Tusk et le ministre des affaires européens Piotr Serafin, le résultat devrait être qualifié de « miracle », a-t-il ajouté. La « chance » a également exercé une influence sur l’accord, a-t-il précisé.

 

Jacek Sasin du Parti de l'opposition loi et justice (PiS) a été plus critique et a conseillé aux gouvernements de se concentrer sur la bonne utilisation des sommes convenues. Il a indiqué qu'à la différence des fonds de cohésion, les résultats obtenus pour les agriculteurs n'étaient pas si satisfaisants.

 

Dans le même temps, l'eurodéputé Rafal Trzaskowski (PPE/ Plateforme civique) a déclaré que le parlement n'avait pas été consulté dans l'esprit du traité de Lisbonne.

 

Roumanie : opposition du premier ministre et du président

 

Le président Traian B?sescu, qui a participé au sommet, et le premier ministre Victor Ponta se sont opposés sur l'évaluation des résultats du sommet sur le budget.

 

M. B?sescu a déclaré que son pays avait remporté une augmentation de 18 % par rapport au dernier budget à long terme. Il a cité une allocation totale de 39,8 milliards d'euros, 6 milliards de plus que dans le budget précédent.

 

Le premier ministre a, pour sa part, déclaré que les résultats du sommet étaient décevants pour la Roumanie. Il a critiqué M. B?sescu, car il n'a pas été capable d'accroître les montants accordés à son pays par rapport à la proposition de novembre.

 

M. Ponta a comparé les résultats du sommet à la proposition initiale de la Commission et a déclaré que son pays avait « perdu 9 milliards d'euros » au cours des négociations auxquelles a participé son concurrent politique.

 

M. Ponta a ajouté que lorsque la Hongrie, le Portugal et la Slovaquie recevaient 2 euros par habitant, la Roumanie n'en obtenait qu'un.

 

La Slovaquie a remporté « la course à l'argent »

 

Le premier ministre Robert Fico a salué les résultats du sommet et a qualifié son pays de « deuxième plus grand vainqueur après l'Estonie » en termes de fonds de cohésion par habitant.

 

La Slovaquie est l'un de grands vainqueurs de cette « course à l'argent de l'UE », a-t-il ajouté. Il a indiqué que les ressources de l'UE constituaient 76 % des investissements publics prévus en Slovaquie en 2013.

 

Selon M. Fico, Bratislava recevra plus de 13 milliards d'euros du budget de l'UE, une hausse par rapport aux allocations précédentes. Le pays est également satisfait des 15 % de cofinancement des projets subventionnés par l'UE, contre la proposition précédente de 25 %, a-t-il indiqué.

 

L'Espagne reste un bénéficiaire net

 

Le premier ministre conservateur Mariano Rajoy a indiqué que l'accord budgétaire était positif pour l'Espagne, car son pays restera un bénéficiaire net des fonds de l'UE.

 

M. Rajoy a souligné que son pays obtiendrait plus de 30 % des financements d'un nouveau fond « Garantie pour la jeunesse » d'une valeur de 6 milliards d'euros. Ce fond vise à garantir que toute personne de moins de 25 ans trouve un emploi, un stage ou une offre de formation de qualité dans les quatre mois qui suivent l’obtention de son diplôme ou son inscription au chômage.

 

Près de 60 % des jeunes Espagnols sont au chômage, le pourcentage le plus élevé en Europe.

 

La Serbie, pays candidat à l’adhésion à l'UE qui reçoit des fonds de préadhésion, a suivi les négociations budgétaires.

 

Ognjen Miric, le directeur adjoint du Bureau des intégrations européennes et coordonnateur pour les fonds de l'UE, a déclaré que l'UE ne réduirait probablement pas les fonds de préadhésion de son pays (IAP) ou l'aide prévue dans le prochain budget. Il a ajouté que le montant proposé devrait être rapidement rendu public.

 

« Ces six derniers mois, nos ambassades ont collaboré étroitement avec les États membres sur les allocations de l'IAP. Les informations qui nous sont parvenues d'États membres clés laissent penser que le budget de l'IAP de sera pas réduit », a-t-il déclaré.

 

Il a indiqué que 11,4 milliards d'euros avaient été accordés aux Balkans de l'Ouest conformément au budget de l'UE pour 2007-2013, dont 400 millions pour la Serbie.

 

 

Après 26 heures de négociations, les dirigeants de l’UE sont parvenus la semaine dernière (8 février) à un accord sur le budget septennal. Ils se sont toutefois dirigés tout droit vers un conflit avec le Parlement, qui se prépare à résister à la décision de réduire les dépenses.

 

Le budget de l'UE pour 2014-2020 est plus serré que le dernier budget septennal. Il passe de 1,12 % à 1 % du revenu national brut (RNB) de l'UE. Il s'agit de la première réduction nette du budget de l'UE dans l'histoire de l'Union.

 

>> Lire : L'accord sur les coupes budgétaires prépare les eurodéputés à un conflit et Le budget de l’UE pour 2014-2020 en chiffres

Réseau EURACTIV

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