Hongrie : des parlementaires danois craignent une « crise des valeurs fondamentales »

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Des parlementaires danois des partis libéraux et de centre-gauche ont affirmé craindre hier (10 janvier) une « crise des valeurs fondamentales de l'Europe » en raison de la tendance à l'autoritarisme en Hongrie. Ils ont également demandé au gouvernement de maintenir cette question en haut de l'agenda de la présidence du Conseil de l'UE.

Devant un groupe de 66 journalistes bruxellois invités à Copenhague par la future présidence, plusieurs députés de la commission affaires étrangères du parlement danois ont demandé à l'UE d'agir suite aux récents évènements qui ont secoué la Hongrie.

Le 1er janvier, une nouvelle constitution controversée est entrée en vigueur en Hongrie, assortie de lois fondamentales très critiquées, dans la mesure où elles limitent l'indépendance du système judiciaire, des médias et de la banque centrale. En outre, selon certains opposants, la nouvelle loi électorale adoptée récemment au parlement a redessiné les circonscriptions électorales en faveur du parti conservateur au pouvoir, le Fidesz.

Lykke Friis, ministre du climat et de l'énergie au sein du précédent gouvernement et membre du parti libéral de la coalition au pouvoir, le Venstre, a déclaré que son parti était en faveur d'un isolement de la Hongrie au sein de l'Union européenne via le recours à l'article 7 du traité de Lisbonne une fois que tous les évènements auraient été présentés.

Conformément à l'article 7 du traité, une violation grave par un Etat membre des valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'Etat de droit, ainsi que de respect des droits de l'Homme peut résulter en une suspension ou en la perte des droits de vote au Conseil des ministres de l'UE. Dans les faits, la Hongrie pourrait donc temporairement perdre ses droits d'Etat membre de l'UE. Mais avant qu'une telle décision ne soit prise, le Conseil se doit d'auditionner l'Etat membre en question et peut lui faire des recommandations.

« Nous attendons tous avec impatience le rapport ou la déclaration de la Commission, demain (11 janvier) ou cette semaine au plus tard », a affirmé Mme Friis.

La Commission se réunira aujourd'hui pour la première fois en 2012 et la situation de la Hongrie sera à coup sûr au cœur des débats. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, et ses commissaires se rendront ensuite à Copenhague pour le lancement officiel de la présidence danoise du Conseil de l'UE.

Sophie Carsten Nielsen de Gauche radicale, un parti social libéral, a déclaré qu'elle était tout à fait d'accord avec Mme Friis.  « Il s'agit d'une crise démocratique, d'une crise des valeurs fondamentales européennes; c'est tout aussi important que la crise de la dette, c'est certain. »

Eva Kjer Hansen (parti Venstre), qui a été ministre au sein de trois gouvernements et préside aujourd'hui la commission affaires étrangères du parlement danois, s'est dite très inquiète. Elle pense en effet que l'Europe est face à une « crise de valeurs ».

Les critères de Copenhague

En référence aux critères de Copenhague, qui précisent une série de conditions démocratiques pour l'adhésion à l'UE des pays d'Europe centrale et orientale, Mme Carsten Nielsen s'est demandé si la Hongrie serait autorisée à entrer dans l'Union aujourd'hui.

« Selon moi, il s'agit de savoir si nous disposons de suffisamment d'articles dans le traité. Je pense qu'il faut se demander si la situation actuelle en Hongrie lui permettrait de devenir un membre de l'UE aujourd'hui. En 1993, lorsque nous présidions le Conseil de l'UE, nous avons défini les critères de Copenhague qu'il faut respecter pour devenir un Etat membre. Nous pourrions être confrontés à un problème aujourd'hui, étant donné que nous ne pouvons pas nous assurer que les nouveaux Etats membres continuent de respecter ces critères.  Nous pourrions être amenés à réexaminer la question », a déclaré Mme Carsten Nielsen

Lisbeth Bech Poulsen, du Parti populaire socialiste, un parti vert et socialiste, s'est elle aussi exprimée en ce sens. Elle a argué que les pays de l'Union européenne se montraient très exigeants les uns envers les autres.

EURACTIV a demandé à Lykke Friis si le cadre juridique actuel de l'Union était suffisant pour gérer le problème de la Hongrie. Elle a affirmé que suite à la crise autrichienne en 2000 (voir « Contexte »), l'article 7 avait été modifié : la carte rouge, à savoir la suspension des droits de vote d'un Etat membre donné, a été remplacée par une carte jaune utilisée comme un avertissement avant d'en arriver à la suspension.

Elle a donc affirmé que le cadre juridique était suffisant, mais que l'UE devrait également faire pression sur le pays pour qu'il respecte les critères de Copenhague.

Plus important que la crise de la dette souveraine

« En tant que parti libéral, nous avons soulevé cette question la semaine dernière, estimant qu'il s'agissait d'un sujet important, voire plus important que la crise de la dette souveraine, car il touche aux valeurs fondamentales de l'Union européenne », a déclaré Mme Friis.

L'Union européenne n'est pas qu'une union économique, il s'agit également d'une union politique, a-t-elle ajouté. Elle a affirmé que son parti avait demandé au gouvernement d'agir sur le dossier hongrois dans le cadre de sa présidence du Conseil. Elle a également recommandé une collaboration étroite avec la Commission européenne.

Faisant référence à l'année 1989 qui a vu la chute du mur de Berlin et la fin du communisme en Europe centrale, elle a déclaré : « Comment pouvons-nous expliquer à la génération post-1989 ce qu'est l'Union européenne si nous ne disons rien à ce stade et comment pouvons-nous expliquer à l'Ukraine et à nos autres voisins qu'ils doivent respecter les critères de Copenhague pour entretenir d'étroites relations avec l'UE si nous ne respectons pas ces critères nous-mêmes ? »

« Il s'agit donc d'un sujet très important pour la présidence danoise du Conseil de l'UE », a martelé Mme Friis.

Contexte

 

L'UE n'a imposé des sanctions à l'un de ses Etats membres qu'une seule fois depuis sa création. En 2000, 14 pays de l'Union des Quinze à l'époque ont réagi à l'entrée du Parti autrichien de la liberté de Jörg Haider au sein du gouvernement en gelant les relations bilatérales avec le pays.

Aucune réunion des ambassadeurs au niveau intergouvernemental n'a eu lieu et tous les contacts ont été suspendus. Les candidats autrichiens n'ont en outre pas été soutenus lors des nominations de poste dans les institutions de l'UE ou à l'étranger.

Ces sanctions ont été imposées en février 2000 et ont été levées sept mois plus tard lorsque M. Haider a démissionné en tant que leader du parti. Il est décédé dans un accident de voiture en 2008.

L'Allemagne, la Belgique et la France ont mené la campagne d'ostracisme de Vienne. Cette campagne a été la conséquence d'une tendance politique à l'extrême droite dans le pays. Jacques Chirac, président français à l'époque, a quant à lui tenté de s'opposer au Front National dans son pays et la Belgique a dû affronter les pressions du parti séparatiste flamand Vlaams Blok.

L'Italie et le Danemark ont de leur côté réclamé la levée des sanctions.

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