La Bulgarie abandonne son projet de construction de centrale nucléaire

Le premier ministre bulgare Boyko Borissov abordera la question du gaz à Bruxelles le 4 décembre. [Dnevnik]

 
La Bulgarie a abandonné son projet de construction d'une seconde centrale nucléaire fondée sur la technologie russe, a annoncé un fonctionnaire bulgare aujourd’hui (28 mars). Un reportage de Dnevnik, le partenaire d’EURACTIV en Bulgarie.

Le vice-ministre bulgare des finances, Vladislav Goranov, a annoncé à la radio nationale que le pays ne mènerait pas à terme son projet de construction de la centrale nucléaire de Belene proche du Danube.

La Bulgarie dépend de la Russie pour 89 % de son pétrole, 100 % de son gaz naturel et 100 % de l'énergie nucléaire nécessaire pour la centrale électrique de Kozloduy, dont deux réacteurs sont en activité.

Cette décision résulte sans doute d'une conversation téléphonique qui a eu lieu la veille entre le premier ministre bulgare, Boyko Borrisov, et son homologue russe, Vladimir Poutine. Le site Internet du gouvernement russe a seulement annoncé que les deux dirigeants avaient discuté de leurs projets énergétiques.

En plus de Belene, la Russie a des intérêts dans la construction du gazoduc South Stream et du pipeline Burgas-Alexandroupolis sur le territoire bulgare (voir « Contexte »). Le projet de pipeline serait apparemment en suspens.

M. Goranov n'a pas donné plus de détails, sauf pour affirmer qu'un réacteur nucléaire russe prévu pour Belene serait installé à Kozloduy. Il a ajouté que la Bulgarie devait verser la dernière tranche de 100 millions d'euros pour le réacteur et que le pays construirait une centrale électrique au gaz sur le site de Belene.

Le premier ministre a argué que dans la mesure où la Bulgarie avait déjà payé deux tiers du prix du réacteur, la meilleure solution serait de payer le montant restant et d'utiliser cette unité.

Cette décision peut paraître surprenante, car la banque britannique HSBC, consultante du gouvernement bulgare sur le projet de Belene, n'a pas encore publié ses conclusions sur la faisabilité du projet.

Roumen Ovcharov, un député de l'opposition et ancien ministre de l'énergie au sein de plusieurs gouvernements socialistes, a qualifié cette initiative de stupide, ajoutant qu'il faudrait lancer une nouvelle procédure d'octroi de licence pour Kozloduy et que le nouveau réacteur ne serait pas opérationnel avant 2030.

« Certains membres du gouvernement, et même le premier ministre selon moi, comprennent que le projet de Belene est dans l'intérêt de la Bulgarie, mais malheureusement, certaines personnes se laissent influencer par les ambassades, dont celle des Etats-Unis », a-t-il expliqué.

Le site Internet de Dnevnik a été submergé de commentaires saluant la décision qui a été prise, même si certains ont fait remarquer que M. Borissov avait déjà changé d'avis à plusieurs reprises.

La Bulgarie dépend fortement de l'énergie nucléaire depuis les années 1970, lorsque la centrale nucléaire Kozloduy, construite par l'Union soviétique, est devenue opérationnelle. Toutefois, sous la pression de l'UE lors des négociations d'adhésion, le pays a accepté de fermer quatre des six réacteurs de la centrale, avec l’aide de l’Union.

Avant que les unités quatre et cinq ne soient fermées, la centrale Kozloduy produisait 44 % de l'électricité du pays, 20 % desquels étaient exportés. Cette situation procurait à la Bulgarie une position stratégique dans la région, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

Dans ce contexte, le projet de Belene était devenu une priorité sous le précédent gouvernement du premier ministre socialiste Sergeï Stanishev. Après des années de déboires, M. Stanishev a donné le premier coup de bêche pour la construction de la centrale Belene de 2000 mégawatts en septembre 2008.

Le nouveau premier ministre bulgare, Boïko Borissov, a toutefois affirmé qu'il interromprait tous les grands projets énergétiques impliquant une participation des Russes négociée par les précédents gouvernements tant qu'il n'aurait pas reçu le feu vert de ses pays partenaires de l'Occident. En plus de Belene, les projets en question sont le gazoduc South Stream et le pipeline Burgas-Alexandroupolis.

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