La Hongrie se lance dans les nationalisations

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La Hongrie se lance dans un plan de nationalisation des secteurs de son économie, ce qui suscite des interrogations dans le monde des affaires. La Commission européenne semble observer ces évolutions avec une certaine inquiétude, mais elle n’est pas encore prête à intervenir.

Le gouvernement du premier ministre, Viktor Orbán, a annoncé la semaine dernière son intention de prendre le contrôle des opérations de recyclage du métal dans une tentative de lutte contre le vol et le commerce illégal.

La semaine précédente, le dirigeant de centre-droit avait déclaré qu'il projetait de transformer la distribution d'énergie dans les ménages en une « activité sans but lucratif ». Il a ensuite affirmé que le gouvernement « rachèterait E.ON aux Allemands momentanément », sans préciser s'il parlait des unités de stockage et d'échange de gaz de l'entreprise publique allemande ou de ses activités plus larges en Hongrie.

Le gouvernement de M. Orbán a nationalisé d'autres actifs, notamment les fonds de pension préfinancés, afin de tenter de réduire artificiellement la dette et le déficit public selon les critères de Maastricht. Le gouvernement hongrois a également nationalisé l'entreprise responsable d'un important déversement de boue toxique en octobre 2010.

Depuis son arrivée au pouvoir en avril 2010 (voir « Contexte »), le gouvernement de M. Orbán a souvent été en contradiction avec Bruxelles sur certaines politiques comme la plus haute taxe bancaire et les lourdes taxes imposées à certaines entreprises.

Selon une analyse de Reuters, le projet de la Hongrie de nationaliser les unités locales d' E.ON pourrait aider M. Orbán à remporter une élection en 2014.

Son adjoint, Tibor Navracsics, aurait déclaré que cette initiative s'inscrit dans le projet du gouvernement de retirer aux entreprises publiques tout but lucratif.

Interrogé par EURACTIV sur l'annonce des plans de nationalisation de la Hongrie, le porte-parole de la Commission Olivier Bailly a déclaré que l'exécutif européen n'avait pas réagi car il n'avait reçu aucune notification officielle de la part du pays.

Il a toutefois confirmé les déclarations de la presse hongroise de l'opposition, qui affirme qu'une procédure d'effraction a été lancée le 21 juin contre la Hongrie et son projet de nationaliser la gestion des déchets.

Selon Joe Hennon, porte-parole du commissaire à l'environnement, Jan Poto?nik, la Commission estime que la Hongrie n'a sans doute pas réussi à mener à bien ses politiques de gestion des déchets électriques et électroniques. 

Gaz naturel

Les experts affirment que le gouvernement vise probablement les unités de stockage ou le marché du gaz de E.ON, sans doute les deux, dans le cadre de sa stratégie visant à renforcer le rôle de l'État dans le secteur de l'énergie.

« Le gouvernement veut avoir le marché du gaz entre ses mains. Quand ce sera le cas, il pourra entamer des négociations pour du gaz moins cher dans le cadre du nouvel accord gazier à long terme avec la Russie, à partir de 2015. Tout cela en vue des élections », a déclaré Jozsef Miro, un expert de Erste à Budapest.

Plus de 80 % du gaz hongrois provient de la Russie et son contrat d'approvisionnement avec Gazprom expire en 2015. Le prix du gaz naturel a toujours été une question politique clé en Hongrie.

L'entreprise énergétique hongroise MOL a vendu ses activités gazières à E.ON en 2005 dans le cadre d'un accord alors évalué à 2,2 milliards d'euros dette comprise.

Selon certains, E.ON réclamait 1,2 milliard d'euros pour ses unités de gaz et la Hongrie avait offert une somme inférieure lors de négociations qui se sont éternisées.

Le gouvernement de M. Orbán mène la vie dure à E.ON depuis 2010, lorsqu'il a gelé les prix du gaz pour la majorité des ménages et plafonné le retour sur investissement.

E.ON Földgáz Trade Zrt a enregistré une perte nette de 606 millions de forints (2 millions d'euros) en 2011, selon l'entreprise.

Recyclage

En outre, la presse hongroise a rapporté que le gouvernement prévoyait de nationaliser l'achat des métaux recyclés dans le but de couper court au vol et au commerce illégal.

Le député du Fidesz János Pócs a déclaré que les points de vente du métal devraient être liés au réseau d'information des autorités fiscales et douanières et de la police.

Comme d'autres pays d'Europe centrale et orientale, la Hongrie a souffert du vol de câbles électriques et de composants métalliques utilisés dans des infrastructures. Ces pièces étaient ensuite vendues comme « déchets métalliques » à des entreprises privées.

La Hongrie peut-elle payer le prix ?

Le rachat d'entreprises privées devrait être une opération pour le moins coûteuse alors que la Hongrie éprouve des difficultés à contenir son déficit budgétaire et souhaite obtenir un filet de sécurité financier de la part du Fonds monétaire international et de l'Union européenne.

Selon Stratfor, société internationale de renseignements basée au Texas, cette opération devrait coûter environ 2 milliards d'euros. Certains experts ont souligné que la Hongrie devra peut-être puiser dans les dernières réserves du renflouement de 2009.

La réglementation européenne sur la libéralisation de l'énergie impose aux États membres de maintenir une concurrence saine sur les marchés énergétiques afin d'empêcher la formation de monopoles. La Roumanie, par exemple, est en train de privatiser une part importante de son entreprise nationale de gaz, Transgaz, afin de se conformer aux exigences liées à son adhésion à l'UE.

La Hongrie suit en revanche le raisonnement inverse, ce qui pourrait mettre à rude épreuve les relations déjà tendues entre Budapest et Bruxelles, note Stratfor.

En avril 2010, les Hongrois ont voté en masse pour un changement radical, renvoyant les socialistes dans l'opposition et donnant la majorité qualifiée au centre-droit au parlement.

Ces élections ont été caractérisées par la plus grande victoire jamais remportée par un parti politique lors d'élections législatives depuis la chute du communisme 21 ans plus tôt. Plusieurs mesures mises en place par le nouveau gouvernement ont toutefois fait l'objet de controverses.

La nouvelle constitution controversée, entrée en vigueur le 1er janvier, a fait descendre dans les rues des dizaines de milliers de manifestants à Budapest. Ils estiment qu'elle entrave l'indépendance de la banque centrale, du système judiciaire et des médias. Les détracteurs de ces nouvelles mesures affirment également qu'elles représentent une attaque contre la liberté de religion étant donnée la diminution du nombre de groupes religieux reconnus de 300 à 14.

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