La Lituanie prévient qu’il lui faudra plus d’argent pour le démantèlement de sa centrale nucléaire

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La Lituanie, qui a fermé la centrale nucléaire d'Ignalina dans le cadre de son adhésion à l'UE en 2004, a annoncé qu'elle aurait besoin de plus de financements de l'UE pour le démantèlement du site, et ce pendant de nombreuses années. Un reportage d'EURACTIV en direct d'Ignalina.

 

Le gouvernement lituanien souhaiterait que le pays renvoie une image de modernité, huit ans après son adhésion à l'Union européenne.

 

Ce mois-ci, les autorités lituaniennes ont invité des journalistes européens à Ignalina près de Visaginas, où la construction d'une nouvelle centrale est envisagée. Trois journalistes s'y sont rendus, il leur a été demandé de se déshabiller et d'enfiler des uniformes de protection de style soviétique, avant de pouvoir pénétrer dans la chambre des secrets d'Ignalina.

 

La Lituanie est déjà à un stade avancé de démantèlement. Il s'agit de se débarrasser des énormes quantités de matériel radioactif que contient cette ancienne centrale soviétique avec pour objectif d'aboutir à la décontamination des terres.

 

Ina Dauksiene, chargée de communication à Ignalina, a servi de guide aux journalistes. Elle n'a pas caché son ressentiment quant au lourd tribut que son pays a dû payer pour rejoindre l'UE en 2004. A l'époque, les autorités européennes avaient demandé à Vilnius de fermer ce qu'elle a décrit comme une centrale nucléaire parfaitement sûre.

 

Mme Dauksiene a passé 16 ans à Ignalina, où 2000 employés continuent de travailler au démantèlement de la centrale, contre 5000 lorsque le générateur produisait toujours de l'électricité. 

 

Du carburant hautement radioactif issu des réacteurs d'Ignalina est resté sous eau pendant cinq ans à des fins de refroidissement, avant d'être enfermé dans des fûts, un moyen de stockage temporaire en attendant qu'une solution plus durable soit trouvée. Une barre de combustible permet généralement de produire de l'énergie pendant cinq ans. Six mille des 22 000 barres de combustibles de la centrale ont été refroidies, mais 16 000 autres doivent encore être traitées.

 

Repousser le démantèlement

 

Aucune centrale nucléaire soviétique n'a jamais été démantelée auparavant. Ne disposant pas du savoir-faire nécessaire, la Lituanie a vu le prix de ce démantèlement atteindre des sommets.

 

Dans le meilleur des cas, les principales activités de démantèlement se poursuivront jusqu'en 2029. D'ici là, un site vierge remplacera l'enceinte de la centrale et la matière radioactive sera stockée pour des siècles.

 

Mais dans le pire des cas, le générateur central sera fermé, conservant un haut niveau de contamination jusqu'à ce que de nouveaux financements soient disponibles. Selon les autorités lituaniennes, c'est ce qui risque d'arriver si l'Union européenne n'apporte pas une aide financière supplémentaire au pays.

 

En novembre dernier, le premier ministre lituanien, Andrius Kubilius, a fustigé la Commission européenne pour avoir proposé de n'allouer que 210 millions d'euros supplémentaires à la Lituanie dans le cadre du budget 2014-2020 de l'UE pour ses activités de démantèlement jusqu'en 2017.

 

Selon M. Kubilius, cette somme est inacceptable pour la Lituanie et ne correspond pas aux clauses du traité d'adhésion du pays. La Lituanie estime qu'elle aura besoin de 770 millions d'euros d'aides européennes jusqu'en 2029, en plus de ses propres financements. Au total, 2,3 milliards d'euros seraient nécessaires pour le démantèlement de la centrale d'Ignalina.

 

Selon le directeur général de la centrale, Zilvinas Jurskus, la Lituanie serait dans l'incapacité de lever une telle somme à partir de son budget national.

 

L'UE a contribué au démantèlement de trois générateurs centraux d'origine soviétique dans les nouveaux Etats membres (voir « Contexte »), mais il est difficile de déterminer quel type d'assistance financière sera disponible dans le nouveau budget à long terme de l'UE.

 

Le cadre de négociation mis en place par l'ancienne présidence danoise du Conseil de l'UE fait allusion à l'augmentation des aides pour le démantèlement des générateurs nucléaires soviétiques en Lituanie, en Slovaquie et en Bulgarie. Ce cadre précise (les crochets indiquent que les négociations sont toujours en cours) :

 

« Afin de soutenir la sûreté nucléaire en Europe [un soutien continuera d'être] OU [un soutien final sera] accordé au déclassement des centrales nucléaires suivantes :

 

[x] millions d'euros à Ignalina en Lituanie pour la période [2014 – x] ;

[x] millions d'euros à Bohunice en Slovaquie pour la période [2014 – x] ;

[x] millions d'euros à Kozloduy en Bulgarie pour la période [2014 – x].

 

M. Jurskus a expliqué que si le démantèlement était repoussé, son coût augmenterait de 30 millions d'euros chaque année, rien que pour maintenir la centrale fermée. Il sera en outre plus difficile de trouver des spécialistes au bout de dix ans ou plus, dans la mesure où le personnel de la centrale a aujourd'hui plus de 50 ans et devrait donc bientôt prendre sa retraite.

 

« Plus nous repousserons l'échéance, plus cela coûtera de l'argent », a expliqué M. Jurskus.

 

Quant à savoir sur le démantèlement d'Ignalina ne pourrait pas être considérée par l'UE comme un investissement pour des activités similaires en Russie, qui dispose de réacteurs similaires mais n'en a déclassé aucun jusqu'à présent, il a répondu que Bruxelles n'avait que faire de ces aspects.

 

Des centrales nucléaires similaires à celles d'Ignalina fonctionnent en Russie grâce à des rénovations, notamment près de Saint-Pétersbourg. La Russie ne prévoit aucun démantèlement pour l'instant, a-t-il précisé.

 

M. Jurskus a ajouté que malgré les côtés négatifs du déclassement, Ignalina avait été un bon projet pour son pays, dans la mesure où il a permis la production d'électricité très bon marché (1 à 2 centimes d'euros par kilowatt).

 

La Lituanie prévoit de construire une nouvelle centrale nucléaire proche de celle d'Ignalina à Visaginas. L'entreprise japonaise Hitachi et le géant américain General Electric y seront des investisseurs stratégiques. Bon nombre de questions restent toutefois sans réponse. 

 

En 1992, lors d'un sommet du G7, il a été décidé que quatre unités de la centrale nucléaire de Kozloduy en Bulgarie, ainsi que celle de Bohunice en Slovaquie et celle d'Ignalina en Lituanie, devraient être fermées en raison de leur faible niveau de sûreté.  Toutes ces unités nucléaires sont aujourd'hui fermées. La première unité d'Ignalina a été fermée en décembre 2004 et la seconde en décembre 2009.

 

La seconde unité d'Ignalina répondait à elle seule à environ 70 % de la demande énergétique du pays. La Lituanie fait partie du réseau d'électricité russe, et après la fermeture d'Ignalina, elle devra importer plus de 80 % de son énergie de la Russie.

 

La fermeture de ces centrales nucléaires a été négociée dans le cadre des traités d'adhésion de ces trois pays. Etant donné que cette fermeture prématurée représente un fardeau important, l'Union européenne leur apporte une aide financière.

 

Le démantèlement nucléaire est l'étape finale du cycle de vie d'une installation et couvre toutes les activités, de la fermeture et du transport des matières fissiles à la réhabilitation de l'environnement.

 

  • Déc. 2012 : les dirigeants européens devraient aboutir à un accord sur le budget de l'UE pour 2014-2020.
  • Jusqu'en 2029 : le démantèlement de la centrale nucléaire d'Ignalina devrait se poursuivre, en fonction des fonds disponibles.

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