La présidence polonaise s’engage à sauvegarder le projet européen

Beauty queens 001.jpg

La présidence tournante polonaise relève le défi « enthousiasmant » de contrer une nouvelle vague d’euroscepticisme et de convaincre les autres membres de l’Union que l'Europe est un très beau projet, a affirmé Donald Tusk, le premier ministre du pays, à un petit groupe de journalistes accrédités à Bruxelles, le 1er juillet à Varsovie.

M. Tusk a exprimé son amertume concernant les discussions qui ont été tenues lors des récents sommets européens où, selon lui, certains dirigeants ont affirmé soutenir une plus grande intégration européenne alors qu'ils ont penché en réalité vers des « solutions qui ont affaibli la communauté ».

Le premier ministre polonais n'a pas nommé de pays en particulier. Par la suite, d'autres représentants de la Pologne ont déclaré à EURACTIV que le pays avait été « contrarié » par les discussions au sommet de l'UE des 23 et 24 juin sur une « clause de sauvegarde » qui permettrait à des Etats membres individuels de réinstaurer des contrôles aux frontières nationales dans l'espace Schengen de libre circulation.

La Commission européenne devrait présenter une proposition législative en septembre, mais certains Etats membres, comme la France ou les Pays-Bas, souhaitent avoir le dernier mot s'agissant de l'activation de cette clause de sauvegarde.

« Nos actions sont trop souvent freinées parce que nous sommes partagés entre différents intérêts, différentes émotions et différentes traditions. Trop souvent, on tire une sonnette d’alarme aux accents nationaux exagérés », a déclaré M. Tusk, dont les paroles ont été traduites par un interprète. Il a expliqué que les Polonais, qui ont longtemps été privés du droit de circulation, étaient particulièrement sensibles sur ce sujet.

Le premier ministre polonais a expliqué que l'euroscepticisme traditionnel au Royaume-Uni le dérangeait, même si chacun avait le droit d'exprimer son avis. Il s'est dit inquiet d'une nouvelle forme d'euroscepticisme qui ne soit « pas déclaratif », mais plutôt « contextuel ».

Les Pays-Bas dans la ligne de mire ?

Il a déclaré que son pays était prêt à « se battre » et à « en découdre » avec les détracteurs à chaque fois qu'une situation spécifique dans un pays, « à l'approche des élections par exemple », résultait en « une vision qui ne renforce pas la Communauté ».

Même si nombreux sont ceux qui ont eu l'impression que M. Tusk faisait référence aux élections françaises de mai 2012, un diplomate polonais a déclaré à EURACTIV qu'il parlait en fait des Pays-Bas, où un gouvernement minoritaire a été formé en septembre dernier avec le soutien du parti populiste d'extrême droite PVV de Geert Wilders.

Depuis lors, les Pays-Bas ont freiné le processus d'intégration de la Serbie à l'UE, ont insisté pour une surveillance de la Croatie après son adhésion prévue en 2013, et se sont ouvertement opposés à l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'espace Schengen.

Néanmoins, M. Tusk a déclaré que comme son pays exerçait la présidence de l'UE, il relèverait le défi et s'exprimerait ouvertement dans ce genre de situation.

« Sera-ce un problème pour la présidence ? En fait, c'est motivant de devoir persuader les autres que l'UE est un grand projet […] Cela conférera de l'importance à notre présidence, donc ce ne sera pas un fardeau, au contraire », a-t-il expliqué.

Euro-optimisme et attentes trop fortes

L'« euro-optimisme » polonais semble alimenté par un développement économique stable et un taux de croissance du PIB proche des 3,5 %, ce qui a donné lieu à une augmentation du pouvoir d'achat et à des salaires mensuels moyens de 1 000 euros, un montant bien plus élevé qu'avant l'adhésion du pays à l'UE en 2004.

Quatre-vingts pourcents des Polonais ont une opinion positive sur l'adhésion à l'UE de leur pays, ce qui est « un record absolu », a déclaré M. Tusk.

Selon certains économistes, le pays a été globalement peu affecté par la crise mondiale, et ce pour différentes raisons. La Pologne, souvent décrite comme « un site de construction géant » est la championne de l'absorption des fonds européens.

Il est clair que la Pologne est fière de prendre les rênes de l'Union européenne pour la première fois.

Ce rôle est considéré par beaucoup comme « un test de maturité pour les Polonais en Europe », a déclaré à EURACTIV Miko?aj Dowgielewicz, le ministre polonais en charge des affaires européennes et de la politique économique.

Toutefois, M. Dowgielewicz a également mis en garde contre de trop fortes attentes, notamment parce que certains Polonais pourraient surestimer le pouvoir du pays qui exerce la présidence de l'UE.

Selon certains analystes, le gouvernement polonais tire profit de sa présidence de l'UE en amont des prochaines élections législatives du mois d'octobre. Les ministres seront concentrés sur la présidence et le premier ministre ne fera quelques apparitions télévisées « ici et là », a expliqué une source de haut rang.

Hypocrisie budgétaire

Donald Tusk est resté prudent sur le budget à long terme de l'UE qui devra être débattu suite à la présentation de la proposition de la Commission européenne. Il a tenté de paraître détaché sur la question de la sauvegarde des fonds de cohésion pour son pays. Il a plutôt plaidé pour que le budget de l'UE reste la pierre angulaire de l'intégration européenne.

« Il est également important de sortir de l'hypocrisie. Parfois, je le constate personnellement lorsqu'on discute du budget de l'UE. Il est très important de dire ouvertement : voulons-nous que le budget européen soit l'un des principaux outils de l'intégration européenne et du développement de l'Europe comme projet à part entière, ou peut-être que la discussion devrait concerner la manière de donner le moins possible à l'Europe ? », s'est-il interrogé.

M. Tusk a ajouté qu'afin de répondre à ces questions difficiles, Varsovie organiserait une conférence à l'automne avec la participation des institutions européennes pour définir l'importance de l'approche communautaire et des litiges nationaux dans le budget de l'UE.

Une éminente source polonaise a déclaré à EURACTIV que malgré les pressions exercées par le Parlement européen, cette conférence, qui n'aura pas lieu avant novembre, ne prendrait pas la forme d'une convention comme celle qui avait rédigé la constitution non adoptée de l'UE, mais qu'il s'agirait plutôt d'un forum de discussion de deux ou trois jours.

La Pologne espère qu'un consensus émergera sur le budget à long terme de l'UE au cours de la présidence danoise de l'UE au premier semestre de 2012.

Georgi Gotev – traduit de l'anglais par Amandine Gillet

Zbigniew Niemczycki, le président de la Polish Business Roundtable, la principale association d'industries en Pologne, a déclaré à EURACTIV que le système commercial du pays était très transparent et imperméable à la corruption. Il a également souligné le « grand professionnalisme » des sociétés de conseil qui assistent les petites entreprises et la qualité du système éducatif polonais.

Des journalistes ont rencontré la ministre au développement régional, El?bieta Bie?kowska, et lui ont posé les questions suivantes :  la Pologne craignait-elle que la France ne fasse pression afin de conserver les subventions pour ses agriculteurs dans le cadre de la Politique agricole commune ? La Grande-Bretagne ne prévoyait-elle pas de faire des concessions sur le rabais britannique ? Quelle était la position de la Pologne au sujet de l’insistance de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne pour un gel du budget ?

Mme Bie?kowska a répondu : « Bien sûr que nous sommes inquiets. C'est pourquoi nous ne sommes pas très enthousiastes et que nous ne montrons pas optimistes sur ce projet de budget. Ce n'est que la première étape des négociations et des discussions. Bien sûr que nous sommes inquiets, mais c'est notre devoir de convaincre ces pays que ces politiques leur seront bénéfiques ».

Mme Bie?kowska a présenté une étude qui montre que les 15 membres de l'UE d'avant l'élargissement ont en fait grandement bénéficié des retours sur l'argent de l'UE dépensé pour les programmes de développement régional en Pologne.

Interrogée par EURACTIV pour savoir si le fait que la Pologne ne souffre pas de corruption avait eu un impact positif sur sa capacité à absorber les fonds européens, Mme Bie?kowska a déclaré qu'en effet, la corruption n'était pas un problème dans son pays.

Il y a des années, a-t-elle expliqué, les gens faisaient appel à elle pour accéder plus facilement à des financements européens ou publics. Mais avec le temps, ces demandes ont cessé, dans la mesure où les personnes intéressées ont compris qu'elles ne recevraient pas de traitement spécial. « Mon téléphone reste silencieux à présent », a-t-elle insisté.

L'actuel gouvernement de M. Tusk a été qualifié par Janusz Jankowiak, macroéconomiste en chef de la Pologne, du « meilleur de ces dix dernières années ». On s'attend à ce que M. Tusk dirige le prochain gouvernement, même si la construction d'un gouvernement de coalition pourrait prendre du temps et qu'il pourrait prendre par au sommet de l'UE de décembre en tant que ministre en affaires courantes.

La Pologne a pris les rênes de la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne le 1er juillet 2011. Il s'agit de la première présidence polonaise, le pays ayant rejoint l'UE en 2004 en tant que plus grand pays de cette vague d'élargissement. La Pologne fait à présent partie des « six grands » pays de l'UE.

La présidence polonaise arrive dans une Europe synonyme de grands défis et d’opportunités, comme l’avenir de l’énergie dans le cadre du changement climatique et de l’accident nucléaire de Fukushima, la prévision du budget de l’UE à long terme, la défense de la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’UE, et l’évolution de la politique de voisinage de l’Europe dans le cadre des révolutions arabes et des développements en Europe de l’Est.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.