La Russie prend le contrôle de la Crimée malgré les menaces de sanction

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Malgré une agitation diplomatique intense, la Russie renforce ses positions en Crimée alors que l'Ukraine mobilise ses réservistes. L'Ouest s'en tient pour l'heure à des menaces d'ordre économique.

Alors que les troupes russes semblent renforcer leur position en Crimée, la France n'envisage pas pour l'instant de suspendre ses contrats militaires avec la Russie mais agit pour "stopper par la diplomatie" ce qu'elle considère comme une intervention de Moscou en Ukraine, a déclaré lundi matin Laurent Fabius sur RTL.

Interrogé sur une éventuelle suspension de la livraison de navires militaires à la Russie, le ministre français des Affaires étrangères a répondu: "Pour le moment, nous en sommes à essayer de stopper le mouvement russe en Ukraine et d'autre part de maintenir le dialogue, ou plutôt l'établir", a indiqué Laurent Fabius.
Il a indiqué qu'une médiation avec la Russie pourrait provenir de l'Organisation pour la sécurité et la coopération économique en Europe (OSCE), voire du groupe de contact proposé par l'Allemagne ou encore des Nations unies.

 

Soutien de la Chine

Durant le week-end, les dirigeants de sept pays membres du G8 (G7 + Russie) ont ainsi condamné la "claire violation" de la souveraineté de l'Ukraine par Moscou et annoncé la suspension de leurs préparatifs en vue du sommet du groupe à Sotchi (Russie) en juin.

Les menaces économiques n'ont pas l'air de faire peur à la Russie, qui s'est assuré lundi le soutien de la Chine dans sa stratégie en Ukraine.

Les chefs de la diplomatie russe et chinoise ont constaté lundi leur concordance de vues sur la situation en Ukraine lors d'une conversation téléphonique, a annoncé le ministère russe des Affaires étrangères.

Sergueï Lavrov et Wang Yi ont souligné "la large concordance de vues de la Russie et la Chine sur la situation dans ce pays et autour", selon un communiqué du ministère.

De son côté, l'Ukraine a mobilisé dimanche l'ensemble de ses réservistes. Le nouveau gouvernement du pays a clairement le coeur à l'ouest, et craint une partition alors que la Russie a déjà pris le contrôle de la Crimée, au sud-est du pays.

>>Lire L'Ukraine prête à signer l'accord d'association avec l'UE

Washington menace d'isoler économiquement la Russie, au lendemain d'un vote du parlement russe donnant au président Vladimir Poutine le feu vert pour envoyer des forces armées sur le territoire de l'ancienne république soviétique.

"Ce n'est pas une menace: c'est en fait une déclaration de guerre à mon pays", a déclaré en anglais le chef du nouveau gouvernement de Kiev, Arseni Iatseniouk.

Record historique de l'euro face au rouble

Engageant un bras de fer avec l'Occident sans précédent depuis la Guerre froide, Vladimir Poutine a obtenu samedi du parlement l'autorisation d'employer la force pour protéger les ressortissants russes en Ukraine.

Les investisseurs ont réagi à la montée des tensions à l'ouverture des marchés en Asie, en vendant leurs actions et en achetant les contrats à terme sur le pétrole et le blé. Le yen et le franc suisse ont été recherchés pour leur statut de valeurs refuge. La Bourse de Moscou a dégringolé lundi, avec une chute de 7,81 % de l'indice de référence (Micex). L'euro a de son côté touché un plus-haut historique face au rouble, à 51,20 roubles pour un euro. Le pétrole a en revanche fortement grimpé à 111 dollars pour un baril de brent de la Mer du Nord, contre 104,65 dollars pour le brut américain.

Une réaction épidermique liée au fait que l'essentiel du gaz livré par la Russie à l'Europe passe par l'Ukraine, ce qui fait craindre des tensions sur l'approvisionnement. Depuis la crise de 2009, les européens ont néanmoins organisé le stockage de gaz naturel.

Prise de contrôle de la Crimée

Les forces russes ont en pratique déjà pris – sans effusion de sang – le contrôle de la République autonome de Crimée, où elles disposent d'une flotte dans le port de Sébastopol, et où les tensions déclenchées en Ukraine par la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch il y a huit jours sont vives.

Les maigres forces ukrainiennes basées en Crimée n'ont pu empêcher des militaires russes, qui ne portent pas d'insigne mais conduisent des véhicules clairement identifiés, de prendre le contrôle des bâtiments publics, des aéroports et d'autres sites au cours des trois derniers jours.

Dimanche, les militaires russes ont investi de petits avant-postes et exigé le désarmement des soldats ukrainiens de faction, le tout sans coup de feu, même si certains ont refusé.

Alors que les pays occidentaux n'ont pas encore annoncé de mesures de représailles drastiques, les Etats-Unis ont dit se concentrer sur des mesures économiques et diplomatiques et ont laissé clairement entendre qu'ils n'envisageaient pas l'option militaire.

Le chef de la diplomatie américaine John Kerry est attendu mardi à Kiev afin d'afficher le soutien de Washington aux nouvelles autorités ukrainiennes, a déclaré le département d'Etat dans un communiqué.

Les sept pays les plus industrialisés (G7) ont condamné l'intrusion de la Russie en Ukraine et ont annulé les préparatifs du sommet du G8, qui inclut la Russie, et qui devait avoir lieu en juin à Sotchi, la station touristique russe où se sont tenus les Jeux olympiques d'hiver.

Les ministres des Finances du G7 se sont dits prêts à offrir "un solide soutien financier" à l'Ukraine, pour peu que les nouvelles autorités à Kiev acceptent de poursuivre les réformes voulues par le Fonds monétaire international.

Selon les analystes, des sanctions américaines auront peu d'impact sur la Russie sauf si elles sont doublées de mesures vigoureuses de la part des pays européens qui ont davantage de relations avec Moscou et le gaz russe.

Or, des responsables européens ont dit avoir peu d'espoir en ce sens alors que les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne se réunissent lundi à Bruxelles. Les observateurs s'attendent plutôt à ce qu'ils poussent à une médiation entre Moscou et Kiev.

François Hollande devrait avoir un entretien avec son ministre des Affaires étrangères lundi matin sur l'Ukraine avant que Laurent Fabius ne se rende à Bruxelles, a-t-on appris de source diplomatique française.

Alerte maximale

Selon le porte-parole adjoint de la chancelière allemande, Vladimir Poutine aurait accepté une proposition d'Angela Merkel visant à mettre en place une mission sur l'Ukraine pour engager un dialogue politique. Cette mission de conciliation pourrait être dirigée par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a déclaré Georg Streiter.

Les forces russes contrôlant désormais la Crimée à majorité russe, l'attention se reporte désormais sur la partie orientale de l'Ukraine, où de nombreux Ukrainiens ont le russe pour langue maternelle.

Ces régions ont été le théâtre dimanche de nouvelles manifestations. Des manifestants pro-Moscou ont hissé des drapeaux russes sur les bâtiments publics de plusieurs villes.

La Russie a ordonné mercredi des manoeuvres impliquant 150.000 hommes le long de sa frontière terrestre avec l'Ukraine mais aucun mouvement d'ampleur des troupes russes vers l'ouest n'a été pour l'heure signalé.

A Kiev, le Conseil ukrainien de sécurité a ordonné à l'état-major de placer l'armée en état d'alerte maximale, et le ministère de la Défense a été enjoint de mobiliser les réservistes, ce qui concerne en théorie tous les hommes adultes de moins de 40 ans. Le nouveau gouvernement a aussi annoncé la fermeture de l'espace aérien du pays aux appareils non civils.

Comportement du XIX° siècle

Sur la place de l'Indépendance, haut-lieu des manifestations qui ont conduit à la destitution de Ianoukovitch, des milliers d'Ukrainiens ont manifesté contre un risque d'intervention militaire russe.

Invité de l'émission "Face The Nation" sur la chaîne CBS, le chef de la diplomatie américaine a déclaré que les pays du G8 et d'autres Etats se préparaient "à isoler au maximum la Russie", évoquant des restrictions sur les visas, des gels d'avoirs et un isolement commercial.

John Kerry a estimé que Moscou avait un "comportement datant du XIXe siècle en envahissant un autre pays sous un prétexte totalement fallacieux".

Washington et Londres ont reçu une demande de Kiev pour protéger le pays, dans le cadre d'un accord signé avec Moscou en 1994 sur la souveraineté ukrainienne, et Andriy Dechtchitsia, le ministre des Affaires étrangères, a aussi sollicité l'aide de l'Otan dont les ambassadeurs se sont réunis dimanche.

À l'occasion de cette réunion à Bruxelles, Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'Otan, a redemandé à la Russie une "désescalade des tensions" et l'a accusée de menacer la paix et la sécurité en Europe.

Mais les diplomates préviennent qu'il ne faut guère s'attendre à une réponse forte de l'Alliance atlantique.

Pour Moscou, les russophones d'Ukraine courent un grand danger depuis l'éviction de Viktor Ianoukovitch, et le corps des gardes-frontières russes, qui a déclaré qu'environ 675.000 Ukrainiens avaient passé la frontière en janvier et en février, a évoqué un risque de "catastrophe humanitaire".

L'absence de signature d'un accord d'association entre l'Ukraine et l'UE le 21 novembre 2013 a déclenché une crise politique dans l'ex-satellite de l'URSS.

À la suite de l'annonce du rejet de l'accord d'association par le président ukrainien, des centaines de milliers d'Ukrainiens ont battu le pavé et réclamé la démission du président.

Dans le même temps, Viktor Ianoukovitch a préféré un renflouement de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros) accordé par la Russie.

Le 18 février, au moins 26 personnes ont perdu la vie lors des pires violences depuis le début des manifestations. Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a accusé les dirigeants de l'opposition proeuropéenne d'essayer de s'emparer du pouvoir. Le 20 février, au moins 47 personnes ont été tuées dans le centre de Kiev, bon nombre d'entre elles par des tireurs d’élite ou des mitrailleurs. Le même jour, les ministres de l'UE se sont réunis à Bruxelles et ont imposé des sanctions aux représentants ukrainiens responsables du massacre.

Le 21 février, les dirigeants de l'opposition ukrainienne ont signé un accord de paix avec le président Viktor Ianoukovitch sous la houlette de l'UE. Les manifestants ont toutefois annoncé qu'ils ne bougeraient pas avant la démission du président ukrainien. Le 22 février, Viktor Ianoukovitch s'enfuyait de Kiev. Le président du Parlement ukrainien, Olexandre Tourtchinov est alors devenu le président par intérim.

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