Les changements de la constitution hongroise alimentent de nouvelles tensions

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Des milliers de Hongrois ont manifesté dans le centre de Budapest samedi (9 mars) contre les changements imminents de la constitution du pays. Les citoyens craignent que ces modifications ne réduisent les droits démocratiques et se sont fait l’écho des inquiétudes de cette semaine de l’Union européenne et des États-Unis.

 

 

 

Le parti Fidesz de centre-droit au pouvoir du premier ministre Viktor Orbán a utilisé sa majorité parlementaire des deux tiers, une première, en vue d'adopter des lois qui, selon certains, limitent les libertés des citoyens.

Le parlement devrait voter les changements constitutionnels aujourd'hui (11 mars).

Les décisions de la Cour constitutionnelle du pays rendues avant la nouvelle constitution entrée en vigueur en 2012 ne seront plus valides, ce qui met de côté un important organe législatif souvent utilisé auparavant comme référence. Une nouvelle réglementation restrictive semblerait maintenant concerner l'enseignement supérieur, le problème des sans-abri, le droit électoral et le droit de la famille.

« Nous en avons eu vraiment assez », a déclaré Luca Cseh, une étudiante de 17 ans, en ajoutant que les changements limitaient ses perspectives d'entrer à l'université étant donné que les subventions de l'État ne seraient disponibles qu'aux étudiants qui s'engagent à travailler en Hongrie après l'obtention de leur diplôme.

« Ils oppressent les étudiants, mais également les sans-abri ou les homosexuels », a?t?elle déclaré.

Lors d'un entretien téléphonique vendredi, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré au premier ministre Viktor Orbán que son gouvernement et le parlement devraient aborder les préoccupations « en conformité avec les principes démocratiques de l'UE ».

Cette déclaration est survenue après que les ministres des affaires étrangères allemand, danois, finlandais et néerlandais ont demandé à M. Barroso dans une lettre du 6 mars que l'Union impose des réductions de financement pour les États membres qui violent les valeurs démocratiques de l'Union des Vingt-sept.

« En ce moment critique dans l'histoire européenne, il est très important que les valeurs fondamentales inscrites dans les traités européens soient vigoureusement protégées », ont-ils indiqué.

À la suite de cette conversation téléphonique, M. Orbán a envoyé une lettre à M. Barroso dans laquelle il promettait que la Hongrie se conformerait aux normes et aux règles de l'Union européenne, sans fournir plus de détails.

Selon un communiqué du ministre hongrois des affaires étrangères, János Martonyi, M. Orbán a confirmé le plein engagement du gouvernement hongrois vis-à-vis des normes et des règles européennes. Il a garanti à M. Barroso que « son engagement se reflète et se reflétera au cours de la procédure d'adoption des modifications de la loi fondamentale ».

La représentation permanente de la Hongrie auprès de l'UE a publié la lettre que M. Martonyi a envoyée aux ministres des affaires étrangères des États membres de l'UE. Dans cette lettre, le ministre hongrois leur a assuré l'engagement de la Hongrie en faveur des normes et des valeurs de l'UE et a invité des experts à fournir davantage d'informations sur toute préoccupation éventuelle.

Plus tôt dans la semaine, l'institution européenne responsable de la défense des droits de l'Homme, le Conseil de l'Europe, a exhorté Budapest à reporter le vote par crainte pour le contre-pouvoir démocratique en Hongrie.

Le gouvernement a rejeté cette demande et le ministre de la justice Tibor Navracsics a envoyé une explication détaillée des lois au Conseil. Il a défendu les changements et s'est dit prêt à discuter en profondeur.

Le ministère américain des affaires étrangères et des organisations des droits de l'Homme ont également exprimé leurs inquiétudes.

Antal Rogán, le chef de file du groupe parlementaire du parti Fidesz, a annoncé lors d'une conférence de presse samedi que la pression extérieure sur la Hongrie était inacceptable.

Des orateurs ont déclaré lors de manifestations qu’ils ne toléreraient plus que le gouvernement leur dise ce qu'ils doivent faire.

Le philosophe et militant de l’opposition Miklós Tamás Gáspár a déclaré à la foule : « Lorsqu'ils stipulent dans la constitution si les sans-abris peuvent dormir ou non dans la rue, si un étudiant sans perspective d'emploi peut ou non aller à l'étranger pour y travailler, nous devons alors nous demander si ce sont nous, les manifestants, qui sommes devenus fous ou ceux qui rédigent la constitution. »

Les socialistes hongrois préparent leur stratégie pour les élections

Environ 12 000 manifestants socialistes rassemblés samedi dans la plus grande halle des sports de Budapest pour entendre le président Attila Mesterházy déclarer que le parti avait été rajeuni et avait rédigé un projet de programme global en vue de s'attaquer à M. Orbán.

M. Mesterházy a ajouté que les socialistes collaboreraient avec des organisations et des syndicats populaires afin de réhabiliter l'État de droit en commençant par la constitution que le parti Fidesz a révisée.

Il a déclaré qu'un gouvernement socialiste opterait pour une approche fondée sur la coopération et non sur la confrontation dans les relations extérieures, ce qui rétablirait les relations endommagées avec l'Union européenne et d'autres partenaires internationaux.

« Nous ne devons pas engager une lutte pour la liberté contre l'Europe, mais plutôt coopérer avec elle, dans la mesure où nous pouvons mieux représenter nos intérêts nationaux », a déclaré M. Mesterházy.

S'exprimant à Budapest, Sergueï Stanichev, le chef de file de Parti socialiste européen (PSE), a déclaré : « M. Orbán ne comprend pas la démocratie ». Il a condamné le « méga-amendement » que M. Orbán tente d'adopter et l'a qualifié d'« agression contre la démocratie ».

Le parti Fidesz irrite de nombreux Hongrois en nationalisant les fonds de pension, en introduisant de nouvelles taxes sur les transactions financières et les télécommunications ainsi qu'en influençant davantage l'éducation, les institutions culturelles, les médias et le système judiciaire.

Étant donné la victoire écrasante du Fidesz en 2010, l'opposition de gauche s'est fragmentée et n'est plus en mesure de tirer profit de la perte d'un million de partisans de M. Orbán et de l'indécision d'environ la moitié des huit millions d'électeurs. 

Martin Schulz, le président du Parlement européen, a prononcé la déclaration suivante sur l'amendement prévu de la constitution en Hongrie, à la suite d'un entretien téléphonique avec Viktor Orbán, le premier ministre hongrois :

« Certains au Parlement européen s'inquiètent des propositions récentes visant à amender la constitution hongroise. J'ai transmis ce message au premier ministre hongrois, Viktor Orbán, au cours d'un entretien téléphonique le 8 mars.

« Je recommande au premier ministre de demander de toute urgence l'avis de la Commission de Venise du Conseil de l'Europe avant que le Parlement hongrois ne vote ces amendements.

« Au cours de notre conversation, le premier ministre Orbán a promis d'envoyer une lettre clarifiant la situation au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avec qui il s'était entretenu une heure auparavant, et à moi?même.

« Les autorités hongroises ont promis l'année dernière de n'apporter aucun changement juridique qui serait incompatible avec les lois et les normes européennes. Je m'attends à ce qu'elles respectent leurs promesses. »

À la suite des élections générales d'avril 2010, Viktor Orbán, le premier ministre hongrois, a affirmé que les électeurs avaient opéré une « révolution » en donnant à son parti, le Fidesz, deux tiers des sièges au parlement pour reconstruire la Hongrie qui était au bord d’un effondrement financier. Fidesz est affilié au Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, le plus grand groupe politique du Parlement européen.

Une nouvelle constitution a été adoptée en avril 2011, sans grands débats. Des organisations de défense de la liberté civile et les familles politiques européennes socialistes et libérales ont sévèrement critiqué cette constitution, car elle est contraire aux normes et aux valeurs de l'UE et renforce la dominance du seul parti au pouvoir, Fidesz.

Le commissaire en charge des relations interinstitutionnelles et affilié au Parti socialiste européen (PES) de centre-gauche, Maroš Šef?ovi?, a déclaré en juillet 2011 que la nouvelle constitution hongroise ne remettait pas en cause la compatibilité avec le droit de l'Union européenne.

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