Les Croates rejettent massivement le mariage gay

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Les Croates ont  approuvé par référendum une définition constitutionnelle du mariage excluant l’union entre personnes du même sexe. La Commission européenne s’est abstenue de tout commentaire ; le mariage relève de la compétence nationale.

C’est à une large majorité que les Croates ont voté le 1er décembre en faveur de l’inscription du mariage dans la constitution sous la formulation : « l’union d’un homme et d’une femme ».

Près de 66 % des votants ont donc approuvé par référendum l'exclusion du mariage gay de la constitution du pays, selon les résultats provisoires. Le taux de participation s’élevait à 37 %.

L'idée du référendum, lancée à l’origine par le groupe catholique « Au nom de la famille », a rassemblé plus de 740 000 signatures en sa faveur, ce qui a poussé le parlement à l’organiser .

Le gouvernement social-démocrate était, quant à lui, en désaccord avec le projet de référendum. Mais les résultats ne sont pas surprenants dans un pays conservateur sur les questions de mœurs et où 90 % des 4,4 millions d’habitants se déclarent catholiques.

L’Église a soutenu avec enthousiasme l’initiative. Inscrire le mariage directement dans la constitution, au lieu de promulguer une simple loi, permet en effet de rendre plus difficile toute modification puisqu’il faudra dès lors deux tiers de la majorité au parlement.

« Je suis heureuse parce qu’à partir de maintenant, aucun gouvernement pourra légaliser le mariage gay, » affir Željka Marki?, à la tête de l’initiative « Au nom de la famille ».

La danseuse de ballet Sanka Grgic déclare de son côté : « Je n’ai rien contre les personnes homosexuelles, j’ai d’ailleurs beaucoup d’amis homosexuels. Cependant, j’ai voté pour l’initiative, car je pense que les enfants devraient grandir au sein d’une famille constituée d’une mère et d’un père. »

Les opposants font remarquer que la Croatie partage cette définition constitutionnelle du mariage avec plusieurs pays où l’union entre conjoints de même sexe n’est pas tolérée : la Biélorussie,la Bulgarie, la Moldavie, le Monténégro, la Pologne et la Serbie.

Le débat sur l’éducation sexuelle

« Il s’agit d’une discrimination, d’une atteinte aux droits de l’homme et des libertés. C’est une erreur que l’on aura tous à porter », a regretté Duje Prkut, l’un des principaux activistes dans le camp du « Contre ».

La campagne pour la tenue d’un référendum a commencé l’année dernière. À l’époque, le gouvernement avait introduit l’éducation sexuelle malgré les protestations des groupes catholiques.

Ils ont indiqué par la suite qu’un couple de même sexe pourrait jouir des mêmes droits qu’un couple marié, grâce à un statut et à des droits d’héritage similaires. Cependant, les couples de même sexe ne pourront pas se marier officiellement.

Le premier ministre croate, Zoran Milanovi?, a qualifié le référendum de « triste et inutile ». Néanmoins, il a ajouté que le gouvernement adopterait une loi qui conférerait plus de droits aux couples homosexuels dans les semaines à venir.

Alors que la Gay pride est devenue un phénomène normal en Croatie, les couples homosexuels sont toujours confrontés à de nombreuses difficultés pratiques.

« À l’heure actuelle, je n’ai aucun droit d’héritage sur les biens de mon amie, je ne peux ni adopter d’enfants, ni me marier. Je ne pourrais même pas rendre visite à mon amie si elle devait intégrer une maison de retraite » s’agace Marta Susak, une étudiante de 21 ans qui est venue voter en tenant la main de sa partenaire.

Les chefs du parti d’opposition Union démocratique croate (UDC) ont soutenu l’initiative du référendum. Certains analystes y voient le début d’un retour de flamme des conservateurs contre le gouvernement de plus en plus impopulaire. Car il n’a pas réussi à remettre l’économie en selle.

« Ce vote ne concerne pas le mariage ni sur la définition du mariage, mais ce référendum était un vote contre le gouvernement actuel, » affirme Davor Butkovic, chroniqueur de renommée qui écrit dans quotidien pro-gouvernemental, Jutarnji List.

La Commission a refusé de faire tout commentaire sur cette question du mariage, qui relève de la compétence nationale. En réalité, lors de la période de préadhésion, la Commission fait en général pression sur les pays candidats pour le respect des droits des LGBT (lesbiennes, gays, bi- et transsexuels). Mais une fois le pays candidat devient membre de l’Union, Bruxelles garde le silence sur la question.

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