Roumanie : Victor Ponta poursuit ses opposants politiques en justice

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La coalition d'extrême gauche du premier ministre roumain, Victor Ponta, a pris de nouvelles mesures pour renforcer son emprise sur le pouvoir, et ce malgré les avertissements de la Commission qui a déclaré que les chamailleries politiques ne pouvaient justifier des atteintes aux principes démocratiques.

La coalition au pouvoir en Roumanie a porté plainte hier (19 juillet) auprès du bureau du procureur. Elle accuse 15 leaders de l'opposition de « porter atteinte à l'économie nationale » et de « diffuser de fausses informations », selon un article publié sur l'agrégateur d'actualité Ziare.com.

Parmi ces 15 dirigeants se trouve le président, Traian B?sescu qui a été suspendu de ses fonctions en attendant un référendum national sur sa possible destitution le 29 juillet prochain. L'ancien premier ministre Mihai R?zvan Ungureanu fait également partie de cette liste, ainsi que son prédécesseur, Emil Boc, et l'eurodéputée Monica Macovei.

L'impression que la coalition tente de renforcer son pouvoir et de maintenir ses adversaires politiques sous pression a été confirmée par une réglementation adoptée mercredi (18 juillet) visant à limiter les pouvoirs de la Cour constitutionnelle.

En vertu de cette nouvelle loi, les décisions du parlement ne pourront pas être remises en cause par la Cour constitutionnelle. Le parlement a récemment remplacé les dirigeants de ses deux chambres ainsi que le médiateur du pays. Malgré des rumeurs selon lesquelles M. Ponta aurait promis à l'UE de revenir sur certaines de ses politiques, cette nouvelle réglementation semble aller à l'encontre de cette promesse.

La Commission européenne a exprimé ses inquiétudes quant aux efforts du gouvernement pour limiter l'indépendance de la Cour constitutionnelle.

Un référendum ajusté

Les tentatives de M. Ponta d'asseoir son pouvoir depuis qu'il est entré en fonction en mai ne s'arrêtent pas là et s'appliquent aussi à l'organisation du référendum du 29 juillet, qu'il a planifié pour tenter de destituer son ennemi juré, M. B?sescu.

Dans le but de s'assurer le seuil de 50 % plus un lors du vote, le gouvernement a décidé de faire passer de 150 à 301 le nombre de bureaux de vote à l'étranger.

L'agence de presse Reuters a rapporté que selon le dernier recensement, près d'un million des 21,4 millions de citoyens roumains vivaient à l'étranger, bien que d'autres estimations suggèrent que ce chiffre pourrait s'élever à 3 millions.

Sous la pression de l'UE, M. Ponta a consenti la semaine dernière à respecter le seuil de participation en annulant une décision qui aurait permis  de lever cette exigence.

Les sondages d'opinion révèlent que la majorité des Roumains devraient voter pour la destitution de M. B?sescu. Le président a été l'homme politique le plus populaire de son pays pendant dix ans, mais il a récemment perdu ce soutien suite à la réforme du système de santé et aux mesures d'austérités introduites sous sa supervision.

Il est toutefois loin d'être certain que le seuil de 50 % + 1 soit atteint, dans la mesure où le taux de participations aux élections en Roumanie tourne normalement autour de 50 %. En 2007, M. B?sescu était sorti vainqueur d'un référendum de destitution malgré une participation de moins de 40 %. À ce moment, il n'existait pas d'exigence concernant le taux de participation.

Dans le même temps, M. Ponta a été lavé de tout soupçon face à des accusations de plagiat par une commission mise sur pied sous l'autorité de son gouvernement. Le jury a déclaré que la thèse doctorale rédigée par M. Ponta en 2003 respectait les exigences académiques d'alors.

Dans son rapport d'étape sur la réforme judiciaire et la lutte contre la corruption en Roumanie, la Commission européenne a exprimé de vives inquiétudes face aux conflits politiques internes qui règnent dans le pays.  

Ce rapport du 18 juillet remet en cause la capacité du pays à se conformer aux principes fondamentaux de l'UE. Elle doute également de la durabilité et du caractère irréversibles des réformes entreprises.

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a déclaré que les événements récents en Roumanie avaient ébranlé la confiance de l'UE ».

M. Barroso avait rencontré M. Ponta la semaine précédente pour lui présenter une liste de 11 points à mettre en oeuvre pour restaurer le statu quo suite à ce que ses détracteurs ont considéré comme un coup d'État et une attaque aux valeurs démocratiques.

M. Ponta se serait engagé à suivre les recommandations de Bruxelles.

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