La Lettonie compte sur l’OTAN pour se protéger de la Russie

Laimdota Straujuma, Premier ministre de Lettonie. [Daniela Vincenti]

Laimdota Straujuma, première ministre de Lettonie, qui occupe la présidence tournante de l’UE, rappelle que l’article 5 du traité de l’OTAN peut s’exercer face à la Russie. « Nous ne reviendrons pas à un régime totalitaire comme celui de l’Union soviétique», déclare-t-elle dans une interview à EURACTIV.

Laimdota Straujuma est la Première ministre de Lettonie.

L’Europe renoue doucement, mais surement avec la croissance économique. Elle cherche à accélérer une reprise durable grâce à des réformes structurelles et à l’investissement. Sur ce plan, la Lettonie est un pays exemplaire. Comment convaincre les États membres réticents, tels que la Grèce, la France ou l’Italie, à faire de même ?

Comme vous venez de le dire, réformes structurelles, consolidation du budget, promotion de l’exportation et investissements sont les outils que la Lettonie a utilisés pour atteindre le rythme de croissance le plus rapide de l’UE. Je me suis rendue à divers forums dans différents pays. Quand j’observe la situation de ces pays, je ne vois aucune autre option que les investissements, les exportations, la compétitivité, y compris dans l’éducation, et les réformes structurelles. Ce sont les prérequis pour obtenir l’argent que nous dépensons. À long terme, nous ne pouvons pas continuer à dépendre du crédit. Les lignes de crédit finissent par s’épuiser et les crises et autres turbulences s’installent. Nous avons besoin d’une politique forte que nous mettrons en place étape par étape. Nous devons renouer avec la croissance petit à petit et cette croissance doit être accompagnée d’améliorations sociales.

Un des plus grands problèmes en Europe est l’investissement. Le Plan Juncker vise à relancer l’investissement et la confiance dans l’UE. La présidence lettonne est en cours de négociation avec le Parlement. Pensez-vous qu’il sera mis en place avant la fin de votre présidence ? Sera-t-il votre héritage ?

Je suis très heureuse, car le 10 mars dernier, les ministres européens des Finances ont approuvé le plan d’investissement au Conseil ECOFIN. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, était également présent et a promis que le Parlement ferait de son mieux pour que le plan Juncker soit approuvé durant la présidence lettonne.

J’ai parlé à Martin Schulz, ainsi qu’à tous les grands groupes politiques du Parlement. Ils m’ont tous promis de soutenir ce plan. Il est aussi très important de s’assurer que les fonds structurels soient lancés au plus vite.

Lors de votre discours d’ouverture en janvier, vous avez déclaré que vous vouliez voir une Union européenne plus engagée et responsable à échelle internationale. Que constituerait selon vous une preuve de succès ?

Pour une Europe engagée au niveau mondial, il existe deux dimensions : la coopération économique et la coopération politique.

En ce qui concerne la dimension économique, le Conseil s’est exprimé en faveur d’une accélération des négociations sur le TTIP. Cet accord commercial ne sera surement pas finalisé sous notre présidence, mais nous ferons en sorte qu’il le soit sous la présidence luxembourgeoise.

En mai, le sommet du Partenariat oriental se tiendra à Riga. Cette plateforme commune de politique de partenariat est très importante pour l’Europe, mais elle rassemble six pays très différents, dont les approches doivent donc être ajustées. Je crois sincèrement que ce sommet sera une réussite et une source d’inspiration pour les six pays du Partenariat oriental, pour leur société civile, mais aussi pour leur coopération économique.

Notre présidence a débuté avec les attaques terroristes à Paris, ce qui nous a évidemment poussés à placer la sécurité au quatrième rang de nos priorités.

Nous ferons de notre mieux pour que les grandes lignes de la stratégie de sécurité européenne soient approuvées lors du Conseil de juin. Il y a encore beaucoup de choses à faire, pas seulement au sein du Partenariat oriental, mais aussi dans le voisinage du Sud. La haute représentante travaille activement sur le cas de la Libye par exemple.

Aujourd’hui, la dynamique politique de l’UE est clairement orientée vers une stratégie de sécurité européenne. Que souhaitez-vous accomplir ?

Nous allons bientôt commencer à débattre d’une politique de sécurité et je ne crois pas que nous arriverons à passer par tous les cycles de négociations rapidement, mais nous procéderons étape par étape. Notre présidence a réussi à promouvoir la directive sur les dossiers passagers (PNR), qui est en cours de négociation au Parlement européen et qui, j’espère, sera adoptée durant notre présidence. Pour garantir la sécurité, une bonne coordination et un bon échange d’informations sont nécessaires.

Vous avez mentionné le TTIP. L’accord ne sera probablement pas conclu avant la fin de l’année, pas seulement par notre faute, mais aussi parce que le président Obama doit renouveler le mandat de l’Autorité pour la promotion du Commerce (TPA). Sentez-vous un nouvel élan de volonté politique pour le TTIP, malgré le blocage de la société civile ?

Lors du Conseil européen ce mois-ci nous avons eu une discussion sur le TTIP et les 28 États membres ont soutenu le cadre politique du TTIP, car, bien sûr, il apporte des avantages économiques considérables.

Nous avons eu un débat sur la protection des investissements par exemple, et d’autres sujets sont source de désaccord, mais dans l’ensemble, tous les pays savent que cet accord de libre-échange est dans notre intérêt du point de vue de l’économie et des exportations.

Je voudrais établir un parallèle avec l’économie lettonne. Nous sommes une petite économie qui n’aurait pas pu se relever de la crise sans l’investissement des fonds structurels et nos exportations.

Nous dépendons des exportations et c’est ce qui nous a sortis du marasme économique. C’est la même chose pour la relation commerciale entre l’UE et les USA. Selon la Commission, la signature du TTIP amènerait 100 milliards d’euros supplémentaires d’investissement en Europe.

Prenons-nous les bonnes décisions vis-à-vis de la Russie ? Les pays Baltes sont sur la ligne de front, que voudriez-vous accomplir de plus dans ce contexte ?

Tout d’abord, ce qui se passe en Ukraine est absolument inacceptable. L’annexion d’une partie du pays dans l’Europe du 21ème siècle est scandaleuse. Le soutien qu’apporte la Russie aux forces séparatistes en Ukraine ne nous encourage pas à leur faire confiance

Étant donné notre passé dans les États Baltes et notre histoire avec la Russie, notre appartenance à l’UE et à l’OTAN nous est cruciale. Les entrainements de l’OTAN en Lettonie, dans les pays baltes et en Pologne garantissent notre sécurité et nous protègent. Si besoin, nous aurons recours à l’article 5 du traité de l’OTAN*. Nous n’oublierons pas notre histoire, nous ne reviendrons pas à un régime totalitaire comme celui de l’Union soviétique.

La présidence lettonne a mis l’accent sur une Europe numérique, compétitive et forte sur le plan international. Quel héritage sera laissé par la présidence lettonne ?

J’espère que nous finaliserons le plan d’investissement européen et que le sommet du Partenariat oriental apportera des avantages aux pays partenaires. Grâce à notre stratégie pour l’Europe numérique, nous avons déjà amélioré les règles de réduction des coûts de l’itinérance et de protection des données et nous continuons dans cette direction.

J’espère que la Commission approuvera la stratégie commune pour le marché unique numérique. En mars, nous avons commencé à construire notre Union de l’Énergie. Toutes ces choses formeront l’héritage de la présidence lettonne.

Nous voulons construire une Europe compétitive et inspirante et concilier croissance économique et intégration sociale.

* L’article 5 du traité de l’OTAN stipule : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles, survenant en Europe ou en Amérique du Nord, sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence, elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique-Nord. »

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