Hollande et Merkel portent leur plan de paix à Moscou et Kiev

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La France et l’Allemagne ont lancé jeudi  5 février une nouvelle initiative diplomatique pour tenter de ramener la paix dans l’est de l’Ukraine, où les combats entre séparatistes et forces gouvernementales se sont intensifiés ces derniers jours.

Le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel ont rencontré le président Petro Porochenko à Kiev pour lui présenter une proposition de sortie de crise « acceptable par tous ». Les trois dirigeants n’ont pas fait de déclaration commune. Petro Porochenko a déclaré que les discussions lui donnaient « l’espoir qu’on aboutira à un cessez-le-feu ».

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François Hollande et Angela Merkel se rendront vendredi à Moscou pour transmettre leurs idées. Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, a assuré que le président russe était prêt à des « discussions constructives ».

Protocole de Minsk

Conclu en septembre sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le protocole de Minsk, qui prévoyait un cessez-le-feu immédiat et le départ des « groupes armés illégaux », n’a pratiquement jamais été respecté. Une nouvelle tentative pour obtenir une trêve s’est soldée par un échec samedi dernier dans la capitale biélorusse.

Kiev réclame le retrait de toutes les forces derrière les lignes de front définies dans les accords de Minsk en septembre, mais le problème, dit-on de sources gouvernementales allemandes, est que ces lignes ont bougé depuis, au bénéfice des rebelles.

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Une idée pour conclure un nouveau cessez-le-feu serait donc de persuader Kiev d’accepter que les séparatistes contrôlent plusieurs centaines de km2 de plus que lors de la signature du protocole de Minsk, sans pour autant renoncer à ces territoires qui font partie intégrante de l’État ukrainien.

Au final, l’objectif du processus de paix resterait de rétablir l’intégrité territoriale de l’Ukraine, disent ces sources.

Le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a rappelé dans la journée que Kiev rejetterait tout plan remettant en cause l’intégrité territoriale, la souveraineté ou l’indépendance de l’Ukraine.

 Envoi de forces américaines ?

 Le secrétaire d’État américain John Kerry est arrivé dans la matinée dans la capitale ukrainienne, alors que Washington s’interroge sur l’envoi d’armes aux forces gouvernementales afin de répondre à l’aide apportée, selon les Occidentaux, par Moscou aux séparatistes.

John Kerry, qui a rencontré Petro Porochenko et Arseni Iatseniouk, a souligné que les États-Unis « préféraient une solution diplomatique pour l’Ukraine » mais « ne fermeraient pas les yeux » sur la présence de chars et soldats russes aux côtés des rebelles et ne voulaient pas d’une « paix à sens unique ». Il a déclaré que Barack Obama prendrait « bientôt » une décision sur la fourniture d’armes à Kiev.

Ashton Carter, que Barack Obama souhaite porter à la tête du ministère américain de la Défense, s’est dit favorable à l’envoi d’armes en Ukraine. « Nous devons aider les Ukrainiens à se défendre eux-mêmes. Je penche pour des livraisons d’armes en leur faveur, y compris des armes létales », a-t-il déclaré mercredi lors de son audition au Sénat, qui doit se prononcer sur sa nomination.

Toujours à Washington, le sénateur John McCain a déclaré que la chambre haute du Congrès, à majorité républicaine, se chargerait de rédiger un projet de loi pour livrer des armes à Kiev si le président américain décidait de ne pas en envoyer.

 La question des armes divise

Petro Porochenko, lui, a appelé les pays de l’OTAN à armer son pays pour faire face à l’insurrection.

Mais plusieurs membres de l’Alliance sont hostiles à cette idée. « Ce n’est pas une solution », a dit le chef de la diplomatie italienne, Paolo Gentiloni. « L’UE doit maintenir la pression par les sanctions, pas par les armes. »

>>Lire : Armer Kiev ou non : les Etats-Unis s’interrogent

« La France ne rentre pas dans le débat de la fourniture des armes », a dit François Hollande lors de sa conférence de presse.

Les ministres de la Défense de l’OTAN, réunis à Bruxelles, ont décidé de plus que doubler les effectifs de la force de réaction rapide existante, qui passent de 13.000 à 30.000 hommes, et de créer une autre force d’intervention encore plus réactive, opérationnelle en quelques jours, forte de 5.000 hommes et dotée d’un appui aérien et naval.

Sur le terrain, les rebelles cherchent toujours à encercler la ville de Debaltseve, important noeud ferroviaire et routier tenu par les gouvernementaux entre les deux bastions séparatistes de Donetsk et de Louhansk.

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Mercredi, ils ont apparemment pris la petite ville de Vouhlehirsk, l’une des étapes de leur manoeuvre d’encerclement.

Alors que l’Ukraine est confrontée à la chute de son activité économique, la banque centrale de Kiev a annoncé qu’elle cessait ses interventions sur le marché des changes pour défendre la hryvnia, optant à la place pour un relèvement massif de son taux d’intérêt directeur, porté de 14 à 19,5%. Cette décision a fait chute la hryvnia de près d’un tiers de sa valeur.

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé le projet d'accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation qui ont parfois violemment dégénéré et sa destitution en tant que chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir dans la péninsule sur la mer Noire. Il s'agit de la crise la plus importante entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans plus de dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses avaient affirmé avoir remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. Pour l'Occident, il s'agit d'un référendum illégal et illégitime.

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