L’UE peaufine des sanctions contre la Russie après le référendum en Crimée

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Les Criméens se sont prononcés dimanche (16 mars) à une écrasante majorité en faveur d'un rattachement à la Russie. Les premières sanctions contre la Russie, qui portent sur le gel d'avoirs de proches du pouvoir russes, doivent être prononcées lundi 17 mars.

L'UE avait prévenu la Russie : si le referendum en Ukraine se déroulait, les sanctions seraient immédiates. Les ministres des Affaires étrangères réunis à Bruxelles doivent annoncer des sanctions dès aujourd'hui, lundi 17 mars.

Après dépouillement de plus de la moitié des bulletins de vote, 95,5 % des votants ont dit « oui » à un retour de la Crimée dans le giron russe, 60 ans après la cession de cette région à l'Ukraine par le dirigeant soviétique de l’époque Nikita Khrouchtchev. Ce chiffre a été fourni par le chef de la commission référendaire, Mikhaïl Malichev, deux heures après la fermeture des bureaux de vote.

Le taux de participation a été de 83 %, a-t-il ajouté, soit un chiffre élevé compte tenu des nombreux appels au boycott du scrutin.

Les pays occidentaux et les autorités ukrainiennes à Kiev ont dénoncé ce scrutin organisé à la hâte par le parlement prorusse de la région après la prise de contrôle de cette péninsule de la mer Noire par les forces russes.

La Maison-Blanche a qualifié pour sa part le référendum de « contraire » à la constitution ukrainienne. « La communauté internationale ne reconnaîtra pas les résultats d'un scrutin organisé sous la menace […] d'une intervention militaire russe qui viole le droit international ».

La solution du moins pire

Dans la soirée du 16 mars, des milliers de personnes se sont réunies dans une ambiance festive sur la place Lénine de Simféropol, la capitale régionale, en brandissant des drapeaux russes et aux couleurs de la Crimée.

« Nous ne pouvons pas être dans une situation pire qu'aujourd'hui », a déclaré une manifestante de 64 ans, Ludmila Sergueïevna, qui a voté en faveur de la solution russe.

« J'ai toujours été ukrainienne, mais j'ai voté pour la Russie. J'ai un fils, une fille et deux petits-enfants et nous vivons tous dans un petit appartement. J'espère simplement que les choses vont s'améliorer maintenant », a-t-elle expliqué.

Comme elle, une grande partie des 1,5 million d'électeurs criméens ont choisi de se tourner vers Moscou en raison des perspectives économiques jugées meilleures et pour vivre dans un pays qui a une place dans le concert des nations.

Le choix soumis aux électeurs était réduit puisque les deux questions posées ne prévoyaient pas le maintien du statut existant, à savoir une république autonome intégrée à l'Ukraine.

Les Tatars de Crimée, qui représentent 12 % de la population, avaient annoncé leur intention de boycotter ce scrutin en dépit des promesses des autorités de Simféropol de leur accorder une aide financière et de nouveaux droits fonciers.

Le résultat entérine la prise de contrôle par la Russie de la péninsule ukrainienne début mars, une semaine après la destitution du président Viktor Ianoukovitch et la mise en place d'un nouveau pouvoir que le Kremlin refuse de reconnaître.

« Éviter une escalade »

Dès l'annonce des premières estimations, les pays occidentaux ont fait part de leur désapprobation et agité à nouveau la menace de sanctions, dont certaines pourraient être annoncées dès lundi.

« Dans ce siècle-ci, le temps où la communauté internationale restait tranquillement sans rien faire pendant qu'un pays prenait par la force le territoire d'un autre est révolu », a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, dans un communiqué.

Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a quant à lui répété que Paris jugeait le référendum « illégal et contraire à la Constitution ukrainienne ».

La Russie « doit reconnaître et respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine », a écrit le chef de la diplomatie française dans un communiqué. « La France appelle la Fédération de Russie à prendre immédiatement des mesures qui permettent d'éviter une escalade inutile et dangereuse en Ukraine. »

De son côté, Moscou a réaffirmé que le référendum était parfaitement légal à ses yeux. Lors d'un entretien téléphonique entre les présidents russe et américain, Vladimir Poutine a estimé que le référendum était conforme au droit international.

Dans la journée, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait tenu le même discours à son homologue américain, John Kerry.

Le scrutin sur l'avenir de la Crimée n'est pas le seul motif de crispation entre Moscou et les nouvelles autorités ukrainiennes, arrivées au pouvoir après la chute de Viktor Ianoukovitch.

Kiev a accusé la Russie de stationner des forces en Crimée en violation des accords bilatéraux entre les deux pays, mais s'en est également pris à ce qu'elle qualifie de meneurs séparatistes dans la région.

« Nous les trouverons tous, que cela prenne un an, deux ans, et nous les traduirons en justice devant des tribunaux ukrainiens et internationaux », a déclaré le nouveau premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk.

Constitution d’une garde nationale

Sur le terrain, la Russie continue à renforcer son dispositif militaire. Selon le ministre ukrainien de la Défense par intérim, il y a désormais 22 000 militaires russes en Crimée. Selon le ministre, un tel déploiement est contraire aux accords bilatéraux entre les deux pays qui fixent à 12 500 le nombre maximum de soldats russes qui peuvent stationner dans la péninsule.

De son côté, Kiev a lancé un appel en faveur de la constitution d'une Garde nationale composée de 20 000 hommes entraînés et armés, qui s'ajouteraient aux dispositifs de sécurité déjà existants.

Des manifestants prorusses ont investi un centre culturel ukrainien à Kharkiv et ont brûlé des ouvrages en ukrainien devant le bâtiment où deux manifestants ont été abattus vendredi. À Donetsk, environ 5 000 personnes se sont rassemblées et ont brisé des portes et des fenêtres de bâtiments publics.

Selon les autorités de Kiev, ces désordres sont provoqués par des agents de Moscou infiltrés dans la population.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a plaidé auprès de Vladimir Poutine lors d'un entretien téléphonique pour une augmentation rapide du nombre d'observateurs de l'OSCE présents en Ukraine.

Marielle de Sarnez, députée UDI au Parlement européen a déclaré :

« Je souscris au message de l'Union européenne qui a officiellement condamné le référendum en Crimée, le jugeant "illégal et illégitime". Comment reconnaître la validité de ce scrutin dont le résultat ne faisait aucun doute alors que celui-ci s’est opéré dans le mépris de la Constitution ukrainienne et du droit international et alors que les conditions qui l’entouraient, comme le contrôle des organes publics par des groupes armés illégaux, la suppression de la diffusion de chaînes de télévision autres que russes et intimidations des opposants, empêchaient un vote libre et sincère des habitants de la région ?

Sans pour autant mettre fin au fil diplomatique, l’Europe peut et doit prendre toutes les mesures coercitives dont elle dispose telles que des sanctions renforcées sous forme de gels d'avoirs et restrictions de visas. Cela a fonctionné le 20 février dernier à l’encontre du régime de Ianoukovich et a permis de mettre fin aux répressions violentes de la place Maïdan. J’attends donc des 28 ministres des affaires étrangères qui se réuniront demain à Bruxelles la même détermination.

Lors d'un sommet extraodinaire le 6 mars dernier, les leaders de l'UE ont dénoncé l'agression russe en Ukraine. Ils ont menacé la Russie de sanctions en l'absence de désescalade de la crise politique.

>> Lire: Le sommet exceptionnel de l'UE légitime le gouvernement ukrainien

  • 17 Mars : les ministres des Affaires étrangères se réunissent à Bruxelles pour se mettre d'accord sur des sanctions contre la Russie et aborder
  • 20-21 March: sommet européen à Bruxelles
  • 20 March: le parlement russe doit ratifier l'annexion de la Crimée

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