La Bulgarie s’inquiète de la propagande pro-russe

Rosen Plevneliev. Londres, Mars 2014. [Chatham House/Flickr] [Chatham House/Flickr]

La propagande russe, relayée par une partie de la classe politique et économique bulgare et certains médias nationaux, met la sécurité énergétique et économique du pays à rude épreuve, selon un rapport du ministère de la Défense bulgare.

Le ministère de la Défense de Bulgarie vient de mettre en ligne un rapport de 14 pages, intitulé « Vision 2020 ». Il aborde les questions de la défense nationale sur le plan économique ou énergétique dans les années à venir. Le président bulgare, Rossen Plevneliev, et le ministre par intérim de la Défense, Velizar Shalamanov, présenteront ce rapport lors du sommet de l’OTAN du 4 et 5 septembre qui se tiendra à Cardiff, au pays de Galles, à en croire le quotidien bulgare Dnevnik, partenaire d’EURACTIV.

Selon  le rapport, l’un des principaux risques que court la Bulgarie est celui « d’une nouvelle guerre hybride, qui combinerait des méthodes conventionnelles avec celles de guérilla, de guerre d’information et de la cybernétique ».

« Les relations particulièrement tendues entre d’une part Moscou et d’autre part Kiev, l’Union européenne, les États-Unis et l’OTAN, mettent à rude épreuve la sécurité économique et énergétique de notre pays et nos capacités défensives s’en trouvent dégradées », précisent les auteurs du document.

En effet, Moscou fait pression sur Sofia pour que la Bulgarie mette en branle des projets de grande envergure dans le domaine énergétique, tels que le gazoduc South Stream, la centrale nucléaire de Béléné, ou encore l’oléoduc entre Bourgas et Alexandroúpolis. Au contraire, les États-Unis et les autres pays partenaires occidentaux tentent de dissuader la Bulgarie d’accroitre sa dépendance énergétique et économique vis-à-vis de la Russie. Résultat : tous ces projets sont au point mort.

>> Voir la vidéo : La Commission estime la construction de South Stream suspendue en Bulgarie

Dans le contexte de la crise ukrainienne, plusieurs médias bulgares ont ouvertement pris parti en faveur de la Russie. Lors d’une réunion du Parti populaire européen en amont du sommet de Vilnius de novembre 2013, Rossen Plevneliev avait déclaré que « 90 % des médias en Bulgarie était à la botte des Russes ».

En avril dernier, le président bulgare affirmait que des avions de reconnaissance et de transport survolaient fréquemment la frontière orientale de la zone aérienne du pays. La Bulgarie a été contrainte d’envoyer des avions de combat MIG « deux à trois fois par semaine » pour intercepter ces vols, selon le président bulgare. Avant la crise de Crimée, de telles interceptions étaient tout à fait exceptionnelles.

Les avions de combat bulgares sont de fabrication soviétique, et leur maintenance ne peut être assurée que par la Russie. Rossen Plevneliev avait ainsi affirmé qu’il suspectait la Russie de vouloir provoquer l’usure rapide des MIG en accélérant leur maintenance.

Selon le document Vision 2020, le pays doit acheter de nouveaux avions de combat. En outre, si les performances économiques nationales s’améliorent, un nouveau système de défense aérienne devrait être envisagé.

Les auteurs du rapport indiquent également que la société civile est devenue plus puissante ces derniers mois, mais qu’elle n’était pas encore apte à résister à une propagande russe ou pro-russe.

Au moins une organisation politique, le parti xénophobe et nationaliste bulgare, Ataka, soutient ouvertement une politique pro-Poutine. À l’instar du Parti socialiste bulgare (BSP), la seconde force politique du pays (voir « Contexte »), qui prend souvent position en faveur de Moscou, sans tenir compte de la ligne politique européenne.

Selon un récent sondage, si les Bulgares avaient à choisir entre l’adhésion à l’UE et l’adhésion à l’Union eurasienne de la Russie, quelque 22 % voteraient pour le projet de Vladimir Poutine. À l’inverse, quelque 40 % des Bulgares seraient en faveur de l’adhésion à l’UE.

Le rapport Vision 2020 a été retiré par le Ministère de la Défense le 27 août après avoir provoqué un tollé dans la sphère politico-médiatique. 

Contexte

Minoritaire, le gouvernement socialiste bulgare a démissionné le 23 juillet dernier. Un gouvernement intérimaire a été nommé par le président Rossen Plevneliev le 6 août. Des élections anticipées seront tenues le 5 octobre prochain.

Selon de récents sondages, le parti GERB (le parti des Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie) de l'ancien ministre Boïko Borissov arriverait en tête avec 24,6 % d'intention de vote, suivi du Parti socialiste bulgare (BSP) (17,8 %), et enfin le Mouvement turc des droits et libertés (DPS) (7,9 %). Quatre autres forces devraient dépasser le seuil de 4 % et accéder au Parlement bulgare. Il s'agit du Bloc réformateur, affilié au PPE, Renaissance nationale bulgare (ABV), le Parti de centre gauche Bulgarie sans censure, enfin le mouvement nationaliste « Front patriotique ». Il est à noter que l'eurodéputé Nikolay Barekov de Bulgarie sans censure est passé à la CRE.

Le parti nationaliste Ataka a peu de chances, quant à lui, d'être représenté dans le prochain Parlement selon les derniers sondages. 

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