La candidature de l’Ukraine à l’UE fait débat

EU ambassador to Ukraine Jan Tombi?ski

But EU ambassador to Ukraine Jan Tombi?ski

La perspective d’une adhésion de l’Ukraine à l’UE divise les diplomates des deux pays. Jugée indispensenble du côté ukrainien, l’ambassadeur européen à Kiev reste plus prudent, alors que l’accord d’association doit être signé fin juin.

Le futur européen de l’Ukraine ne fait pas concenssus entre l’Union et Kiev. Des diplomates européens et ukrainiens ont échangé leurs points de vue sur l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine lors d’une conférence organisée par le Centre politique européen le 2 juin. En principe, la signature de l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine devrait comprendre dans son préambule la mention d’une possible adhésion du pays au sein de l’UE.

Sa ratification est prévue normalement lors du prochain sommet européen, le 26 et 27 juin prochains. Kiev a signé les chapitres politiques de l’accord en mars dernier, mais le texte principal, qui contient les modalités d’un accord de libre-échange approfondi et complet (DFTCA), a été repoussé après les élections présidentielles ukrainiennes, qui ont eu lieu le 25 mai dernier. La Géorgie et la Moldavie devraient aussi signer un tel accord lors de la prochaine réunion du Conseil.

Ouverture des négociations 

Konstantin Yelisieiev, missionné auprès de l’UE par l’Ukraine, a déclaré pour sa part que la crise de l’UE correspondait en fait à « la confrontation de deux civilisations  ». D’après lui, cette crise constitue une mise à l’épreuve qui permettra de déterminer si l’Union a une politique de sécurité commune ou non.

L’UE doit présenter une « combinaison intelligente d’actions [diplomatiques] », qui contiendrait « des sanctions du même type que celles infligées à l’Iran » qui couperaient la Russie du système financier mondial, selon l’ambassadeur ukrainien. Il a expliqué ainsi que les sanctions adoptées jusqu’à maintenant étaient « certes bonnes, mais pas suffisantes », puisqu’elles ont été anticipées par le Kremlin.

Le plus important, à ses yeux, est que l’UE soutienne l’Ukraine « avec générosité et d’une manière coordonnée ». Surtout, il a appelé à « revitaliser les discussions » sur l’ouverture d’une demande d’adhésion du pays auprès de l’UE.

Pour Kiev, la perspective d’une adhésion à l’UE représenterait « la lumière au bout du tunnel ». Le fait qu’aucune possibilité d’adhésion ne soit donnée à l’Ukraine n’est pas seulement une source de frustration, mais peut être considéré comme « une trahison », a-t-il continué.

L’Ukraine a « payé de son sang » la conclusion de cet accord, a indiqué Konstantin Yelisieiev, faisant allusion aux tragiques évènements qui ont suivi la volte-face de l’ancien président Viktor Ianoukovitch en novembre dernier, qui avait refusé au dernier moment de ratifier l’accord d’association avec l’UE. Pour l’ambassadeur ukrainien, les Ukrainiens méritent qu’on leur donne la possibilité d’une adhésion à l’UE.

Du côté de l’ambassadeur de l’UE auprès de l’Ukraine, Jan Tombi?ski, le ton est plus nuancé. Selon lui, il n’avait déjà pas été facile de convaincre les États membres d’ouvrir les négociations sur l’accord d’association.

L’ambassadeur a également cité l’exemple de son pays, la Pologne, qui avait signé un accord d’association dans les années 90 sans avoir reçu la promesse d’une possible adhésion à l’UE. Celle-ci n’est arrivée qu’en 1997.

De son côté, Marc Franco, chercheur à Egmont, l’Institut royal des relations internationales, un groupe de réflexion bruxellois, et ancien ambassadeur européen auprès de la Russie, partage ce point de vue : sans cette perspective d’adhésion, il y a peu de chances que l’Ukraine entreprenne les réformes économiques nécessaires.

Le modèle européen, un « arrêt de mort » pour les oligarques ukrainiens

Selon le chercheur polonais, l’accord d’association signifie l’exportation d’un modèle sociétal qui serait « un arrêt de mort pour le régime ». L’exportation du modèle européen sonnerait en effet le glas pour les élites économiques du pays, ainsi qu’un changement géopolitique fondamental, un bouleversement des anciennes alliances et des anciens liens économiques, a-t-il continué.

L’ancien diplomate a insisté pour dire que les difficultés auxquelles l’Ukraine est actuellement confrontée ne doivent pas être sous-estimées. La principale question, à ses yeux, est celle de savoir si le nouveau leadership est suffisamment fort en vue de s’attaquer aux intérêts politiques et économiques, si la population ukrainienne est prête à endurer de lourdes réformes, si le pays est suffisamment fort afin de tenir tête à la Russie, et s’il sera capable de gérer la question des régions de l’est de son territoire.

La situation actuelle est plus difficile que celle de l’Europe centrale et orientale, quand celle-ci a amorcé ses réformes au début des années 90. Ces réformes avaient été alors rendues possibles grâce à la perspective d’une adhésion à l’UE, a assuré Marc Franco.

« Car si nous voulons vraiment que ce processus soit couronné de succès, si nous sommes convaincus que le succès sera véritablement au rendez-vous, nous devons donner la possibilité d’une adhésion », a-t-il martelé. « Sans une perspective d’adhésion, je ne crois pas que quoi que ce soit devienne possible », selon lui.

Il a aussi souligné les différences entre l’approche européenne et celle russe. La politique extérieure de l’Union n’est pas structurée autour d’une pensée géopolitique, mais sur l’intégration économique et la coopération. Ce n’est pas le cas de la Russie, a-t-il concédé, qui reste un empire du XIXe siècle, a-t-il conclu. 

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Or il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise opposant la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Actuellement, les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses ont affirmé qu'ils avaient remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. L'Occident estime pour sa part que ce référendum est illégal et illégitime. 

  • 26-27 juin : réunion du Conseil au cours duquel les accords d'associations avec la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine, devraient être signés

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