La Commission tarde à rendre son avis sur le gaz azéri

Natig Aliyev [Georgi Gotev]

L’Azerbaïdjan a racheté le gestionnaire de système de transport de gaz grec, DESFA. Mais la Commission n’a toujours pas décidé si l’accord de vente était conforme aux lois européennes. Natig Aliyev, ministre de l’Énergie azéri, en parle à EURACTIV.

En décembre 2013, SOCAR, la compagnie gazière et pétrolière azérie, a remporté l’appel d’offre concernant le gestionnaire du système de transport de gaz grec DESFA et 66 % de ses parts, pour 400 millions d’euros. Athènes possède les 34 % de parts restantes. Cette vente avait permis au gazoduc transadriatique (TAP) de décrocher le contrat de transport du gaz azéri, l’emportant sur Nabucco, son concurrent. SOCAR détient aujourd’hui 20 % des parts du TAP.

Récemment, l’UE s’est félicitée de la possibilité d’acheminer du gaz azéri vers l’Europe d’ici 2020, grâce au corridor Sud pour le gaz, dont le TAP fait partie. Il s’agirait de la première étape de la diversification des sources de gaz utilisées par l’Union, et surtout des pays du sud-est de l’UE, dans le but de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie.

Toutefois, en novembre 2014, la Commission a ouvert une enquête approfondie afin de déterminer si l’achat de DESFA par SOCAR était conforme au règlement de l’UE sur les concentrations, et n’est pas encore parvenue à des conclusions.

Natig Aliyev, qui a rencontré le vice-président de la Commission Maroš Šef?ovi?, chargé de l’union de l’énergie, à Bruxelles le 10 mars, confie ses inquiétudes à EURACTIV.

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Pas de conflit d’intérêt, assure Baku

Le ministre a expliqué que, selon Baku, il n’y avait pas de conflit d’intérêt, puisque le propriétaire du gaz qui sera acheminé via le corridor Sud pour le gaz n’est pas l’Azerbaïdjan mais le consortium du champ de gaz Shah Deniz II, d’où il provient. Le champ gazier Shah Deniz est exploité par BP, qui possède 28,8 % de ses parts. Les autres parts sont détenues par la TPAO turque (19 %), SOCAR (16,6 %), le Brésilien Petronas (15,5 %), le Russe LukOil (10 %), et l’Iranien NIOC (10 %).

« Comme vous le savez, l’Azerbaïdjan ne participe qu’à hauteur de 16,6 % à la gestion de Shah Deniz. C’est pourquoi nous ne pensons pas qu’il faille considérer que l’Azerbaïdjan est à la fois le propriétaire, le transporteur et le distributeur de gaz. J’espère que l’Union européenne en tiendra compte », a déclaré le ministre azéri.

Coopération avec la Bulgarie : un monde de possibilités

Natig Aliyev a également commenté la récente visite du président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, en Bulgarie. À cette occasion, le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, aurait tenté de ressusciter le projet Nabucco. Il assure que l’Azerbaïdjan n’est pas en compétition avec la Russie, qui entend exporter 63 milliards de mètres cubes (mmc/an) de gaz vers le sud-est de l’Europe tous les ans, en utilisant South Stream ou Turkish Stream.

Le projet actuel de Baku est de fournir 10 mmc/an aux pays européens à partir de 2019-2020, une quantité bien inférieure aux exportations russes, souligne le ministre, qui n’hésite toutefois pas à mentionner les réserves considérables de son pays, qu’il estime à environ 2 650 milliards de mètres cubes.

À l’avenir, les projets visant à acheminer davantage de gaz seront sans doute assez différents du projet de gazoduc Nabucco.

Nitag Aliyev les voit plutôt se rapprocher du modèle de gazoduc du sud et de l’est de l’Europe proposé en 2011 par BP, essentiellement basé sur des infrastructures existantes.

Le ministre estime également que si Baku se voyait offrir une part de l’interconnecteur greco-bulgare (appelé Stara Zagora Komotini), le pays pourrait fournir plus de gaz à la Bulgarie que le milliard de mètres cubes convenu. La Bulgarie consomme entre 3 et 4 mmc/an.

« Mais ce n’est pas le seul sujet dont nous avons discuté en Bulgarie. Nous avons aussi parlé du rôle que l’Azerbaïdjan pourrait jouer dans l’augmentation du potentiel de stockage de Sofia et dans la conversion au gaz et la modernisation des usines chimiques bulgares », a affirmé le ministre.

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On appelle corridor Sud pour le gaz les trois gazoducs qui acheminent le gaz azéri à partir du champ gazier de Shah Deniz II : l'extension du gazoduc du Caucase du Sud, le gazoduc TANAP, via la Turquie, et le TAP, qui commence en Grèce.

Ce champ gazier devrait commencer par produire 16 milliards de mètres cubes (mmc/an) de gaz par an. La Turquie en recevra 6 milliards, et le reste sera acheminé via le TAP vers des pays européens. Quand le projet aboutira, en 2019-2020, la Bulgarie recevra quant à elle un milliard de mètres cubes par an de gaz azéri, par l'intermédiaire d'un interconnecteur passant par la Grèce.

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