La diplomatie française aux manettes dans la crise ukrainienne

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Dans la crise ukrainienne, la position de la France consiste à afficher un front européen uni sans faire de fausses promesses à l'Ukraine. Et sans hésiter à menacer la Russie de sanctions, comme l'a fait Laurent Fabius mardi 11 mars.

Le sujet est symbolique. La France ne veut pas entendre parler d’un éventuel rattachement de l’Ukraine à l’Union européenne, même dans le futur et sous condition. Alors que la Pologne tentait de mettre le sujet à l’ordre du jour lors du Conseil extraordinaire jeudi 6 mars, François Hollande a imposé ses vues sur le sujet.

Selon les informations d’EURACTIV.fr, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, ainsi que d’autres participants aux négociations, auraient souhaité inscrire cette hypothèse dans les conclusions du conseil. Les autres chefs d’État, derrière la France, lui ont demandé de renoncer parce qu’il n’existait aucun consensus et « qu’il est important d’afficher un front uni sur le sujet ukrainien » affirme-t-on du côté français.

Argument conjoncturel solide

La France disposait également d’un argument conjoncturel solide : alors qu’Américains et Européens unissent leurs forces pour obtenir une désescalade entre la Russie et l’Ukraine, l’idée aurait remis de l’huile sur le feu.

L’épisode montre aussi que la France s’est beaucoup impliquée sur le fond des négociations, quitte à parvenir à imposer des idées différentes de celles défendues par l’Allemagne.

Sur la question du futur européen de l’Ukraine, la position de l’Allemagne penche plutôt du côté polonais. Le ministère des affaires étrangères allemand ne cache pas son souhait d'ouvrir la porte à l’Ukraine, et si la chancellerie n’a pas pris de position officielle sur le sujet, la réflexion est en cours.

Faute d’être inscrit dans les conclusions du Conseil de l’UE, le futur européen de l’Ukraine a été évoqué lors du congrès du Parti populaire européen le 7 mars.

Le parti qui regroupe les formations de droite européenne a adopté le 7 mars à Dublin une résolution qui ouvre clairement la porte à la négociation avec l’Ukraine (cf paragraphe 22)en estimant que le pays a « une perspective européenne, et pourrait se porter candidat pour être membre de l’Union européenne ».

Le Triangle de Weimar testé par la crise ukrainienne

La France qui a renoué tambour battant des relations diplomatiques étroites avec la Pologne depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir en mai 2012  commence à en cueillir les fruits. Moteur dans la relance du Triangle de Weimar, le trio politique formé entre l’Allemagne, la France et la Pologne en 1991, l’Hexagone entend bien le rester à l’occasion de la crise ukrainienne en soutenant une position européenne unifiée et solide.

 « La position commune adoptée jeudi dernier est une position forte. Mais elle va être rapidement testée, dès cette semaine » prévient un diplomate français.

Les 28 se sont accordés sur une aide de 11 milliards d’euros pour l’Ukraine, ainsi que sur une signature rapide du volant politique de l’Accord d’association, et sur la mise en place de facilités commerciales pour aider l’Ukraine à exporter.

 Le Premier ministre ukrainien Arseni Yatseniouk, avait surtout insisté sur le volet politique de l’Accord, qui porte sur des mesures de coopération en matière de politique étrangère et de sécurité.

De fait, cette coopération est  un gage de reconnaissance de l’Union européenne envers le gouvernement de transition.

La France fait monter la pression sur la Russie

Le Premier ministre ukrainien qui n’hésite pas à considérer que la Russie lui a déjà « déclaré la guerre », aurait souhaité des sanctions plus radicales à l’égard du régime russe. Mais selon la France, il ne fallait pas imposer de sanctions trop tôt pour ne pas bloquer le jeu diplomatique. Qui s’avère de fait intense.

 Après les négociations parisiennes organisées mercredi 5 mars entre le secrétaire général américain John Kerry et le ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov, les Européens tentent d’organiser la médiation Russie-Ukraine par le biais de John Kerry, qui devrait revenir en Europe cette semaine.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a brandi mardi la menace de nouvelles sanctions, peut-être « dès cette semaine », contre la Russie si elle ne répond pas aux propositions occidentales de « désescalade » en Ukraine.

« Nous avons envoyé par l'intermédiaire (du secrétaire d'État américain) John Kerry une proposition aux Russes » en vue d'une « désescalade », a expliqué le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius sur France Inter mardi 11 mars..

« Ils n'ont pas encore répondu. S'ils répondent positivement, John Kerry ira à Moscou, et à ce moment les sanctions ne seront pas immédiates. S'ils ne répondent pas ou s'ils répondent négativement, il y aura un train de sanctions qui peuvent être prises dès cette semaine », a-t-il souligné.

Le maintien ou non du référendum du dimanche 16 mars sur le sort de la Crimée est dans la balance.

Gels d'avoirs et restrictions de voyage

Les sanctions envisagées seront de même nature que celles qui ont été imposées aux anciens dirigeants ukrainiens dont le président Ianoukovitch. Elles concerneraient donc le gel d’avoirs de proches du pouvoir russe, et/ou d’oligarques proches du pouvoir, ainsi que des restrictions de voyage pour ces mêmes personnalités.

L’étape suivante porterait sur des mesures à fortes conséquences  pour l’économie russe. Le projet serait de tenter d’affaiblir les zones sensibles du pays. Notamment en s'affranchissant des relations commerciales très lucratives pour la Russie, autour du gaz avec Gazprom par exemple.

Les Etats-Unis ont déjà déclaré qu'ils mettaient leur gaz naturel liquéfié à la disposition des européens s'il devenait nécessaire de faire monter la pression d'un cran supplémentaire.

Contexte

Le gouvernement ukrainien a annoncé le 21 novembre 2013 qu'il avait décidé de ne pas ratifier l'accord d'association avec l'UE.

À la suite de l'annonce du rejet de l'accord d'association par le président ukrainien, des centaines de milliers d'Ukrainiens ont battu le pavé et réclamé la démission du président, évènement connu sous le nom de «

manifestations d’Euromaidan ». Dans le même temps, Viktor Ianoukovitch a préféré un renflouement de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros) accordé par la Russie.

Le 18 février, au moins 26 personnes ont perdu la vie lors des pires violences depuis le début des manifestations. Le président ukrainien, a accusé les dirigeants de l'opposition proeuropéenne d'essayer de s'emparer du pouvoir. Le 20 février, au moins 47 personnes ont été tuées dans le centre de Kiev, bon nombre d'entre elles par des tireurs d’élite ou des mitrailleurs. Le même jour, les ministres de l'UE se sont réunis à Bruxelles et ont imposédes sanctions aux représentants ukrainiens responsables du massacre.

Le 21 février, les dirigeants de l'opposition ukrainienne ont signé un accord de paix avec le président Viktor Ianoukovitch sous la houlette de l'UE. Les manifestants ont toutefois annoncé qu'ils ne bougeraient pas avant la démission du président ukrainien. Le 22 février, Viktor Ianoukovitch s'enfuyait de Kiev. Le président du Parlement ukrainien, Olexandre Tourtchinov est alors devenu le président par intérim.Un gouvernement a été constitué le 26 février.

Prochaines étapes

16 mars : référendum en Crimée sur le futur du pays

25 mai : élections générales en Ukraine

Plus d'information

Conseil européen

Remarques du président de Herman van Rompuy à l'issue du Conseil extraordinaire

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