La Lettonie dénonce la propagande russe sur son territoire

Une chaîne russe reconstitue un jet ukrainien tirant sur le vol MH17

La Lettonie a profité de la présentation de sa présidence de l’UE à partir de janvier prochain pour dénoncer la propagande russe. La Russie s’est insurgée contre les déclarations de l’ambassadrice lettone à Bruxelles.

La représentante permanente de la Lettonie à l’UE, Ilze Juhansone, a présenté les priorités de la prochaine présidence de son pays, qui commence le 1er janvier 2015. L’événement était organisé par le Centre politique européen, un groupe de réflexion installé à Bruxelles.

Des échos récurrents font état d’une forte propagande russe en Lettonie, où vit la communauté russe la plus importante de l’UE. Lors de la session de questions-réponses, il a notamment été demandé à Ilze Juhansone son avis sur la question.

« Avec la crise en Ukraine, les chaînes russophones ont produit énormément de propagande », a confirmé la représentante. Elle a ajouté qu’il relevait de la « responsabilité de l’État » de diffuser des points de vue différents sur l’actualité.

En avril dernier, la Lettonie a interdit la diffusion des chaînes russes sur son territoire après avoir épinglé plusieurs programmes tendancieux sur la crise en Ukraine qui n’étaient pas dans les intérêts des États baltes. Une mesure similaire avait déjà été adoptée en Lituanie.

Faux JT et années 80

« Malheureusement, quand je regarde ces chaînes [russes], j’ai l’impression de me retrouver dans les années 1980 », regrette la diplomate, qui a expliqué que les présentateurs utilisent même des expressions datant de la guerre froide et que les représentants de l’Ukraine étaient toujours qualifiés de nazis ou de fascistes. Entre autres. « Nous essayons d’exposer un autre point de vue », insiste-t-elle.

Ilze Juhansone a toutefois souligné que la propagande russe ne convainc pas toute la population russophone, comme c’est le cas dans d’autres pays, puisque, selon elle, « le même problème existe en Europe ».

Les dires de la diplomate ont été confirmés par Alexander Andon, secrétaire général de l’Association laitière européenne, qui revient d’un voyage en Russie. Il a pu y observer ce qu’il a appelé de « faux journaux télévisés » annonçant que la vérité sur le vol MH17 avait été révélée. Une vidéo montrait un avion ukrainien tirant sur le Boeing de la Malaysia Airline.

Dmitry Semenov, diplomate de la mission russe auprès de l’UE, a alors réagi, déclarant qu’il « ne pouvait soutenir l’attitude [d’Ilze Juhansone] à propos de la propagande russe ». Il a ensuite affirmé qu’il ne fallait exclure aucune version de ce qui était arrivé au vol MH17, puisque l’enquête était encore en cours.

>> Lire : Les Lettons ne veulent pas du russe comme seconde langue officielle

Jannis Emmanouilidis, du CPE, qui présidait à la réunion, a alors mis un terme au débat en assurant que les propos de la diplomate constituaient plus un commentaire qu’une question.

La question des apatrides

L’ambassadrice lettone a également dû répondre à une série de questions sur les apatrides » qui sont pour la plupart des russophones établis en Lettonie. L’Estonie et la Lettonie sont les deux seuls pays de l’UE où des habitants sont dans une telle situation. Selon le recensement de population de mars 2011, il y avait 290 660 apatrides en Lettonie, ce qui représente 14,1 % de la population.

Le statut de ces « non-citoyens » a été créé en 1991, quand le parlement letton a accordé la citoyenneté qu’à une partie de la population. Soit les résidents présents dans le pays avant l’occupation soviétique des années 1940, et leurs descendants. Les personnes d’origines lettones ou livones et celles ayant effectué leurs études primaires et secondaires en Letton l’ont également obtenu. Mais pas les autres. Les russophones qui sont arrivés pendant l’ère soviétique sont donc devenus des « non-citoyens ».

Ilze Juhansone estime que le statut des « non-citoyens » a aussi des avantages, celui de voyager sans visa à la fois dans l’espace Schengen et en Russie. Elle a cependant admis que les « non-citoyens » n’avaient pas le droit de voter et a ajouté que leur nombre diminuait, étant donné que les enfants « non-citoyens » recevaient la nationalité lettone, sauf si leurs parents s’y opposaient.

Sommet du Partenariat oriental à Riga en mai

Sous la présidence lettone de l’UE, un sommet du Partenariat oriental se déroulera à Riga, en mai, a par ailleurs annoncé l’ambassadrice, qui souligne que, pour la Lettonie, ce type de relations est le meilleur pour tout rapport avec les pays à l’est de l’Europe. Cette fois, le sommet se concentrera principalement sur la société civile et les contacts interpersonnels, ce qui inclut donc des progrès dans le domaine des visas.

La diplomate lettone a continué en indiquant que les pays d’Asie centrale, une région jusqu’ici « oubliée » selon elle, recevront plus d’attention à cette occasion. Elle n’a toutefois pas donné plus de détail et n’a mentionné aucun pays en particulier.

Dans l’ensemble, les priorités de la présidence lettone sont exprimées dans son slogan : « Europe compétitive, Europe numérique, Europe engagée ». Il semble que, dans tous ces domaines, la Commission devrait mèner la danse, et la présidence lettone rester en second plan.

>> Lire : Lettonie : retrait des brochures européennes en langue russe

  • 1er janvier – 30 juin 2015 : Présidence lettone du Conseil de l’Union européenne

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