La Lituanie dénonce l’embargo russe sur ses produits laitiers

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EXCLUSIF / La présidente lituanienne demande à la Russie de lever l’interdiction sur les produits laitiers, sans quoi des poursuites seront intentées devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC). 

La Russie a suspendu les importations de produits lituaniens le 7 octobre sans donner de raisons, a expliqué Daila Grybauskait? à la presse à Vilnius. 

Elle a ajouté que le premier ministre russe, Dimitri Medvedev, n'avait pas répondu aux appels de son homologue lituanien pendant trois semaines.

L'organisme russe de contrôle des droits des consommateurs, Rospotrebnadzor, a invoqué des préoccupations en matière de qualité des produits. Cette interdiction survient quelques semaines avant un sommet à Vilnius. Objectif de cette rencontre : promouvoir un renforcement des relations commerciales entre l'UE et l'Ukraine ainsi que six autres anciennes républiques soviétiques non membres de l'UE (voir « Contexte »).

3 millions d'euros de pertes quotidiennes pour la Lituanie

La décision de la Russie  vise à intensifier la pression sur la Lituanie en amont du sommet de Vilnius. Moscou considère cet évènement comme une menace pour son influence dans la région.

Selon la présidente lituanienne, si l'interdiction n'est pas levée, l'État balte demandera à Bruxelles d'engager des poursuites devant l'OMC à Genève.

La commission des Affaires européennes du Parlement lituanien (le Seimas) estime que cette interdiction représenterait près de 3 millions d'euros de pertes par jour pour le pays.

Les exportations du célèbre fromage lituanien Džiugas sont suspendues. La présidente Grybauskait? en a d'ailleurs offert à la chancelière allemande, Angela Merkel, le 24 octobre. Un acte de défi évident à l'encontre de Moscou.

Attaques personnelles contre Daila Grybauskait?

Daila Grybauskait? a également évoqué les récentes attaques personnelles à son égard dans la presse russe.

« Les médias russophones ont publié des articles qui laissent penser que ma longue présence à Saint-Pétersbourg dans le cadre de mes études était motivée par d’autres raisons », a-t-elle expliqué.

Les informations reprises par les médias lituaniens suggèrent que la présidente travaillait pour le KBG lorsqu'elle étudiait à l'université de Leningrad. Diplômée en 1983, elle y est ensuite restée pour enseigner.

Une source gouvernementale a expliqué à EURACTIV que les services de sécurité avaient prévenu la semaine dernière tous les ministres du gouvernement lituanien de s'attendre à des campagnes de diffamation du Kremlin.

Campagne de propagande en Ukraine

Selon les informations d’EURACTIV, Moscou a lancé une campagne de propagande de plusieurs millions de dollars contre l'initiative de Partenariat oriental de l'UE. Des sources du gouvernement lituanien craignent également une interruption éventuelle de l'approvisionnement en gaz russe.

Une source haut placée a expliqué à EURACTIV que Moscou avait autorisé une campagne de propagande de 300 millions d'euros en Ukraine contre le Partenariat oriental. Des publicités télévisées et des affiches vantent les mérites de l'union douanière sous l’égide la Russie.

Stockage de gaz suspect à Kaliningrad

Une autre source du gouvernement bien placée a fait état de rumeurs à Vilnius. La Russie stockerait du gaz à Kaliningrad, une enclave russe qui dépend de la Lituanie pour son approvisionnement en pétrole et en marchandises.

« Une centrale énergétique à Kaliningrad est à l'arrêt depuis deux semaines, ce qui laisse craindre que les importations de gaz soient stockées et non utilisées », a indiqué cette source.

« Nous savons que les Russes construisent des installations supplémentaires de stockage de gaz en sous-sol à Kaliningrad. La question est de savoir si c’est à des fins d'approvisionnement », a indiqué Petras Auštrevi?ius, le vice-président du Seimas, à EURACTIVLa Lituanie dépend fortement du gaz russe qui transite par la Biélorussie.

Plusieurs perturbations commerciales

Les autorités douanières russes ont récemment bloqué des camions de transport à la frontière lituanienne pendant 20 jours, provoquant de lourdes pertes pour l'industrie du fret.

Entre août et la mi-septembre, la douane a ralenti le trafic lituanien entrant et sortant de l'enclave baltique de Kaliningrad. Les autorités ne laissent pas passer plus de deux voitures immatriculées en Lituanie par heure, a précisé une source diplomatique à EURACTIV à Vilnius.

À l’approche du sommet, la Russie a interdit les importations de vin moldave et de chocolat ukrainien. Moscou invoque des préoccupations en matière de qualité, mais il s'agirait d'une stratégie visant à intensifier la pression sur les pays qui souhaitent se rapprocher de l'Union européenne.

La Russie a indiqué à la Moldavie qu'elle devait choisir entre du gaz bon marché et une intégration européenne.

Le Parlement européen a récemment adopté une résolution demandant à la Commission européenne de tenir compte de la pression russe sur les pays voisins. L'assemblée estime qu'il s'agit « tout simplement d'une couverture pour une pression politique flagrante ».

La Lituanie assume actuellement la présidence tournante du Conseil de l'UE. Elle organisera le sommet du Partenariat oriental à Vilnius les 28 et 29 novembre. Cette initiative vise à rapprocher l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine de l'UE.

En fonction de ses progrès dans un certain nombre de domaines en suspens, l'Ukraine devrait signer avec l'UE un accord d'association accompagné d'un accord de libre-échange approfondi et complet (ALE approfondi et complet). Dans le même temps, la Géorgie et la Moldavie devraient parapher des documents similaires lors de ce sommet.

La Russie semble nerveuse à l'approche du sommet. Elle intensifie la pression sur les pays qui tentent de renforcer leurs relations avec l'Union européenne.

Moscou souhaite que les pays du Partenariat oriental rejoignent l'union douanière russe qui comprend déjà la Biélorussie et le Kazakhstan.

L'Arménie aurait déjà cédé à la pression russe et décidé de rejoindre cette union douanière.

  • 28-29 nov. : sommet consacré au Partenariat oriental à Vilnius sous la présidence lituanienne du Conseil de l'UE L'Ukraine espère y signer un accord tandis que la Moldavie et la Géorgie souhaitent parapher des accords semblables

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