La Russie entre dans une guerre du chocolat avec l’Ukraine

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Moscou a interdit l’importation de produits chocolatiers du groupe ukrainien Roshen. Cette décision ressemble à une sanction envers son influent propriétaire pro-européen qui a déjà fait partie du gouvernement, Petro Poroshenko.

L'organisme russe de contrôle des droits des consommateurs, Rospotrebnadzor, a interdit le 29 juillet l'importation des produits du géant ukrainien de la confiserie Roshen. Deux jours après la visite de Vladimir Poutine auprès de son homologue Viktor Ianoukovitch.

 

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Le président russe s'était rendu en Ukraine à l'occasion du 1 025e anniversaire du baptême de la Russie kiévienne, l'État médiéval qui a ensuite donné lieu à l'Empire russe. Selon l'AFP, Vladimir Poutine ne s’est entretenu que 15 minutes avec Viktor Ianoukovitch. Il a organisé une rencontre-surprise avec l'homme politique prorusse, Viktor Medvedchuk.

 

Ce dernier était chef de l'administration sous l'ancien président Leonid Kuchma. Les analystes estiment qu'il est le candidat préféré de Moscou pour les élections présidentielles de 2015.

 

D'après le chef des autorités sanitaires russes, Gennady Onishchenko, la Russie a interdit les produits, car ils ne respectent pas les normes de qualité et de sécurité.

 

L'Ukraine détient une industrie de la confiserie forte et concurrentielle.  Ses quatre principaux producteurs ont importé des machines de pointe des pays occidentaux et importent les produits avec succès en Russie. Selon des articles parus dans la presse spécialisée, les ventes de Roshen ont dépassé la barre de 1 milliard d'euros (754 millions d'euros) en 2010. Ces chiffres ne cessent d'augmenter depuis lors.

 

Selon le Moscow Times, le service fédéral russe de protection du consommateur a analysé des produits de Roshen en vente dans des magasins de Moscou. Il y a découvert des « impuretés toxiques ». Le chocolat au lait contenait des traces de benzopyrène, une substance chimique cancérigène, peut-on lire dans un communiqué sur le site du service.

 

Petro Poroshenko, un homme d'affaires et ancien ministre des affaires étrangères et du commerce, est propriétaire de Roshen. Forbes estime que sa fortune atteint 1 milliard d'euros (754 millions d'euros). De nombreux observateurs disent souvent qu'il est l'une des personnalités les plus influentes dans la politique ukrainienne.

 

Il a récemment rencontré à Bruxelles le commissaire en charge de l'élargissement et de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, des représentants du Service européen pour l'action extérieure et plusieurs eurodéputés.  Il s'est également adressé à la presse pour déclarer que son pays devait se conformer aux normes de l'UE.

 

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Selon la presse russe, la « guerre du chocolat » avec la Russie pourrait coûter environ 200 millions de dollars (151 millions d'euros) à Roshen.

 

Dans le même temps, la Russie a demandé à ses membres de l'union douanière, la Biélorussie et au Kazakhstan, de suivre son exemple. La Biélorussie a annoncé qu'elle n'autoriserait pas l'importation des confiseries de Roshen. Le Kazakhstan mène des tests et prendra une décision prochainement.

 

Le Moscow Times indique que Roshen n'a pas le premier producteur ukrainien à être interdit en Russie.  Gennadiy Onishchenko a bloqué l'importation de fromages ukrainiens en février 2012, mais les a à nouveau autorisés plus tard.  Les experts supputent que des motifs politiques soient à l'origine de la décision, à l'instar des précédentes interdictions.

 

Le député du Parlement ukrainien Pavel Rozenko affirme que Moscou veut ainsi répondre au refus de l'Ukraine de rejoindre l'union douanière. Selon lui, il faut s'attendre à ce que la Russie prenne des mesures similaires étant donné que l'Ukraine s'apprête à signer un « accord de libre-échange approfondi et complet » (ALE approfondi et complet) avec l'Union européenne.

 

Kiev espère signer ce document et l'accord d'association UE-Ukraine lors du sommet consacré au Partenariat oriental les 28 et 29 novembre qui sera organisé à Vilnius sous la présidence lituanienne du Conseil de l'UE. Plusieurs dirigeants des États membres de l'UE, notamment ceux des pays de l'ex-Union soviétique, plaident en faveur d'une signature lors de ce sommet pour des motifs géopolitiques.

 

D'autres pays, tels que l'Allemagne, réclament des réformes judiciaires et la libération de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko (voir « Contexte »).

Contexte

Au cours d'un sommet entre l'UE et l'Ukraine le 25 février, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a répété les trois domaines dans lesquels l'UE souhaite voir des progrès avant de signer un accord d'association avec Kiev :

 

le problème de la « justice sélective », une référence à l'emprisonnement de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko, la lutte contre les problèmes en matière de démocratie qui découlent des élections nationales d'octobre 2012 ainsi que la promotion de réformes judiciaires.

 

David O'Sullivan, le directeur général administratif du Service européen pour l'action extérieure, a détaillé les conditions il y a peu :

 

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