La signature de l’accord d’association ne lève pas le flou des relations UE-Ukraine

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Les Parlements européen et ukrainien ont ratifié simultanément le fameux accord d’association, dont l’existence même avait déclenché la crise ukrainienne. Les concessions à la Russie ombragent les relations entre les deux parties.

Le 16 septembre 2014 sera une date à marquer d’une pierre blanche. Le Parlement ukrainien a signé l’accord d’association en plus d’un accord de libre-échange approfondi et complet (DCFTA) avec l’Union européenne. L’ex-président Viktor Ianoukovitch avait l’année dernière refusé au dernier moment de ratifier ces deux documents, un choix qui avait précipité sa chute peu après.

L’accord d’association, dont la ratification a été faite en même temps à Kiev et à Strasbourg, au Parlement européen, a remporté un soutien unanime parmi les 355 députés  qui ont pris part au vote à la Rada, le Parlement ukrainien.

Dans un discours en hommage aux manifestants morts dans la lutte contre le gouvernement de M. Ianoukovitch, mais aussi en hommage aux soldats tombés au front dans la lutte contre les séparatistes, Petro Porochenko a déclaré :« Aucune autre nation n’a payé un prix aussi élevé pour rentrer dans l’UE ».

À Strasbourg, les eurodéputés ont voté l’accord avec 535 votes pour, 127 contre et 35 abstentions.

De nombreuses concessions

Cependant, le Parlement ukrainien a également passé une loi qui aménage un statut spécial aux zones contrôlées par les rebelles dans l’Est ukrainien et a amnistié les combattants séparatistes, qui étaient il y a peu encore qualifiés de « terroristes » par les autorités nationales. Deux décisions qui semblent être autant de concessions importantes faites à la Russie.

L’amnistie concerne les rebelles des régions de Donetsk et de Louhansk. En revanche, elle ne prend pas en compte ceux qui ont abattu le vol MH17.

Aussi, le DCFTA n’entrera pas en vigueur avant la fin de 2015, selon les termes stipulés dans l’accord du 12 septembre, qui avait été signé par la Commission européenne, la Russie et l’Ukraine.

Le Commissaire au commerce Karel de Gucht,  qui a contribué à la réussite de l’accord, a déclaré devant les eurodéputés que si la Russie persévérait à ne pas respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine, alors l’Union pourrait revenir sur sa décision et geler les applications provisoires prévues dans ledit accord.

Ce dernier a reconnu que l’Ukraine est actuellement déstabilisée par « un nouveau conflit gelé » dans sa région orientale. Ce genre de conflits est devenu en quelque sorte la marque de fabrique de la Russie, empêchant des pays comme la Moldavie et la Géorgie de poursuivre leur marche vers l’adhésion à l’UE, notamment à cause de conflits territoriaux insolubles orchestrés de loin par Moscou.

L’eurodéputé conservateur polonais, Jacek Saryusz-Wolski, rapporteur sur le projet de ratification de l’accord, s’est dit regretté l’ajout de la « proposition » qui stipule le report de la mise en œuvre de l’accord. En fait, les pays européens doivent encore ratifier l’accord signé le 12 septembre dernier.

Il a par ailleurs ajouté que, selon des sources siennes, Moscou avait déjà demandé d’apporter des changements à l’accord d’association. L’accord est un document imposant de près 1000 pages, le rouvrir mettrait à terre des années d’effort déployées du côté européen comme du côté ukrainien.

À la question de savoir si les concessions faites à la Russie ces derniers jours et heures faisaient partie intégrante d’un plan de paix qui viserait à mettre un terme à la guerre fratricide « asymétrique », la Commission a opposé un « non » clair et net.

Par ailleurs, la porte-parole Maja Kocijancic de la Commission a également répondu à certaines interrogations portant sur le « statut spécial » de l’Est ukrainien qui pourrait représenter une porte ouverte à un nouveau conflit gelé. Selon elle, le plan de paix conclu à Minsk représente « une étape qui va dans le bon sens ». Elle a ajouté que la décentralisation des pouvoirs était l’un des points discutés et intégrés dans le plan de paix.

« Nous sommes en attente de nouvelles informations », a-t-elle cependant nuancé.

Tous les pays européens doivent encore ratifier l’accord d’association. Six pays l’ont fait jusqu’à maintenant.

Certains observateurs pensent que la Russie a la main dans le conflit ukrainien et que l’UE oppose de moins en moins de résistance. Jan Techau de Carnegie Europe a écrit que l’UE ne pourra plus se porter garant pour l’Ukraine, et ne pourra plus longtemps tenir tête à la Russie.

« De gros doutes subsistent quant à la volonté de l’UE et à sa puissance diplomatique pour imposer la conditionnalité, pièce maîtresse dans le cadre de sa politique de voisinage [. . . ] Une situation qui se complique d’autant plus, car être garant de l’Ukraine aura pour conséquence de provoquer un conflit permanent avec la Russie », a poursuivi le directeur du groupe de réflexion. 

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Or il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide. 

Actuellement, les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses avaient affirmé avoir remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. Pour l'Occident, il s'agit d'un référendum illégal et illégitime.

  Le conflit a connu une forte escalade après que le président ukrainien Petro Porochenko a lancé l'assaut contre les séparatistes. L'UE s'est résolue alors de renforcer les sanctions contre la Russie après qu'un avion de Malaysia Airlines a été abattu au-dessus de l'Ukraine, tuant 298 passagers. 194 passagers étaient Néerlandais.

  Les dirigeants occidentaux ont affirmé avec une quasi-certitude que les rebelles pro-russes étaient à l'origine de l'accident aérien, après avoir frappé l'appareil par erreur à l'aide d'un missile sol-air fourni par la Russie. Moscou a accusé Kiev d'être à l'origine du drame.

Le 27 août, l'OTAN et les États-Unis ont déclaré que des incursions russes ont eu lieu « de façon ouverte et non dissimulée». Le 28 août, le président Petro Porochenko affirmait que son pays faisait l'objet d'une invasion russe. 

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