La situation humanitaire en Ukraine devient «intenable pour des millions de personnes»

Le commissaire Christos Stylianides lors de sa visite en Ukraine la semaine passée. [Georgi Gotev]

Un haut fonctionnaire des Nations Unies a déclaré le 3 février que la situation humanitaire dans l’est de l’Ukraine devenait intenable pour des millions de personnes et a appelé « toutes les parties » à cesser cette escalade dangereuse de la violence dans l’est du pays.

Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies a exhorté « les États et tous ceux qui ont une influence sur la région » à prendre des mesures pour garantir le respect total des accords de Minsk, qui, selon lui, ont une portée directe sur la situation des droits de l’homme dans l’est du pays.

« Arrêts de bus, transport public, places de marché, écoles, garderies, hôpitaux et zones résidentielles sont tous devenus des champs de bataille dans les régions ukrainiennes de Donestsk et Lougansk. C’est une violation évidente de la loi humanitaire internationale qui régit le déroulement des conflits armés », a rappelé Zeid Ra’ad Al Hussein.

Le bilan s’alourdit, avec désormais plus de 5 358 morts et 12 235 blessés depuis mi-avril de l’année dernière. En janvier, 224 civils ont été tués et 545 blessés en seulement trois semaines. Toute future escalade sera catastrophique pour les 5,2 millions de personnes vivant au milieu du conflit qui sévit dans l’est de l’Ukraine », a ajouté le fonctionnaire de l’ONU.

Des rapports indiquent que le bombardement aveugle de zones résidentielles dans les territoires contrôlés par le gouvernement et dans les villes de Donetsk et Horlivka, contrôlées par les rebelles, ont causé la mort de très nombreux civils. L’attaque la plus mortelle est celle de Mariupol, qui a coûté la vie à 31 personnes et en a blessé 112 autres. Elle faisait suite à deux attaques aux systèmes de lance-roquette multiples.

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« La protection des civils par toutes les parties impliquées dans le conflit doit être la priorité absolue », a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein, ajoutant au passage : « Toutes les violations des lois humanitaires internationales et des lois internationales relatives aux droits de l’Homme doivent être examinées minutieusement et les responsables doivent être rapidement traduits en justice. »

Le haut-commissaire s’inquiète de la rigueur de l’hiver qui frappe les civils dans les zones en conflit et entraîne des pénuries de denrées alimentaires et d’eau ainsi que des coupures de courant. La détresse des civils a été aggravée par les décisions du gouvernement ukrainien qui ont engendrées plus de restrictions sur la liberté de circulation et plus d’isolement socio-économique. La prolongation du conflit rend la situation humanitaire insoutenable pour des millions de personnes, a insisté Zeid Ra’ad Al Hussein.

« Les déclarations publiques des représentants des groupes armées rejetant l’accord de cessez-le-feu et promettant d’intensifier l’offensive sont extrêmement dangereuses et profondément inquiétantes », s’est alarmé le haut-fonctionnaire. « Elles ne font qu’aggraver la situation malheureuse des civils qui se retrouvent piégés dans ces régions et la rupture totale de la loi et de l’ordre. Je demande à tous les États influents de coopérer pour que les parties engagées dans le conflit cessent immédiatement les hostilités et respectent les décisions de cessez-le-feu. »

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Lors d’une mission en Ukraine à l’occasion de la visite officielle de Christos Stylianides, commissaire européen en charge de l’aide humanitaire et de la gestion des crises, EURACTIV a visité un centre de réfugiés géré par une ONG dans le centre de Dnepropetrovsk, à quelque 200 km de Donetsk.

La situation dans le centre est très mauvaise.  Lors de notre visite, de nombreuses femmes attendaient dans une tente militaire bondée d’être « traitées » pour recevoir une aide.

Comme le directeur du centre nous l’a expliqué, ces réfugiées sont d’abord « traitées », puis on leur attribue un logement dans d’autres régions de l’Ukraine comme Dniepropetrovs, une région surchargée de réfugiés.

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La visite du commissaire a coïncidé avec l’arrivée à l’aéroport de Dnepropetrovsk du premier avion-cargo transportant les aides humanitaires de l’UE. De nombreux journalistes et caméramans ont été amenés sur le tarmac pour assister à cette première livraison, mais le personnel militaire présent en grand nombre leur a interdit de filmer les hélicoptères militaires et autres infrastructures sensibles situées à proximité.

L’ONU a également observé l’évolution inquiétante de la situation en Crimée, occupée par la Russie, en particulier en ce qui concerne les multiples violations des droits des Tatars de Crimée.

La semaine dernière, les locaux d’ATR, la seule chaîne de télévision diffusée en langue tatare, auraient été braqués par des hommes armés et masqués portant des vêtements militaires neutres et le vice-président du Mejlis, ou conseil, des Tatars de Crimée, Mr Ahtem Ciygoz, a été emprisonné. Il risque jusqu’à 10 ans de prison pour avoir « perturbé l’ordre public ».

Plus de 20 000 personnes ont été déplacées de Crimée au reste de l’Ukraine depuis le « référendum » de mars, qui a suivi la prise de la péninsule par les« forces d’auto-défense » il y a presque un an. Suite à cela, la loi et la citoyenneté russes ont été introduit en Crimée.

La Mission des droits de l’homme en Ukraine publiera début mars sont nouveau rapport sur la situation du pays, et de la Crimée.

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Jan Eliasson, secrétaire général adjoint à l'ONU, a déclaré à des journalistes à Bruxelles le 3 février que l'ONU observait la situation ukrainienne « heure par heure ».

« C'est une situation très grave compte tenu du nombre de combats qui ont lieu en ce moment. Nous avons essayé de jouer un rôle d’apaisement. Lors des six derniers mois, le secrétaire général Ban Ki-moon a constamment gardé contact avec le président Poutine et le président Porochenko », a continué Jan Eliasson.

L'ONU « espère vraiment » que la situation restera contrôlable, a-t-il ajouté.

« Nous nous trouvons à un moment très dangereux de cette crise » explique Jan Eliasson, soulignant que l'intensification des combats est « très troublante et très inquiétante ».

« Nous devons faire pression maintenant. Nous faisons face à une situation de conflit qui pourrait empirer. Mais nous espérons que des efforts seront faits pour ouvrir des canaux de communication politique au plus haut niveau et éviter l'escalade du conflit », a ajouté Jan Eliasson.

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