La suspension de la livraison des navires Mistral suscite des inquiétudes en France

La France a annoncé le 3 septembre la suspension de la livraison des Mistral (Credit: [K B]/Flickr)

La France a décidé de suspendre la livraison de ses Mistral à la Russie. Une décision qui inquiète les ouvriers des chantiers navals mais qui ravit les opposants à la commande russe.

Les ouvriers des chantiers navals de Saint-Nazaire craignent de faire les frais du changement de position de Paris sur la livraison des Mistral. Pourtant, l’annulation de la livraison d’un navire à un stade avancé ne serait pas une première pour STX, la société en charge de la construction des navires Mistral. Elle avait déjà revendu en 2012 au croisiériste italo-suisse MSC un paquebot commandé par une compagnie d’État libyenne, mais dont le paiement avait été bloqué par le gel international des avoirs du régime Kadhafi.

Un rassemblement aura lieu dimanche devant le Vladivostok, le premier des deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) commandés par la Russie, par l’association « Mistral Gagnons ». Celle-ci est portée par les élus locaux du Front national, qui milite pour la livraison, tout comme une bonne partie de la droite française.

De son côté, une lettre d’intention de commande de quatre ferries passée par l’ancienne direction de la Société nationale Corse Méditerranée (SNCM) est elle aussi devenue caduque en raison des grandes difficultés dans lesquelles se trouve la compagnie.

Une bonne nouvelle pour les opposants à la commande russe

De leur côté, les opposants se réjouissent en revanche de la décision prise par François Hollande.

La présidence française a en effet estimé le 3 septembre que les actions menées par la Russie en Ukraine ne permettaient pas de livrer pour le moment le premier bâtiment de projection et de commandement. La livraison était initialement prévue pour octobre.

Le président Hollande a répété lors du sommet de l’OTAN jeudi 4 septembre en Écosse «ce contrat n’est pas suspendu ni rompu mais la livraison du bateau sera fonction de ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Il est important d’envoyer ce message clair parce que nous voulons qu’il y ait une issue» a-t-il assuré.

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 « C’est forcément une bonne nouvelle, mais pourquoi avoir attendu autant de morts et de destructions en Ukraine ? », demande Bernard Grua, un chef d’entreprise nantais qui dirige la campagne du collectif « No Mistrals for Putin ».

« Cette décision aurait pu être prise dès le mois de mars, il va désormais falloir des années pour restaurer la crédibilité de la France », se désole-t-il. « On va continuer à se battre pour que cette commande soit annulée, et pas simplement suspendue ».

Des actions prévues

Un rassemblement d’opposants est prévu dimanche devant l’un des deux navires, le Vladivostok, à trois jours d’une nouvelle séance d’essais en mer du navire, et Bernard Grua évoque un « risque d’évasion » du navire vers la Russie.

L’activiste cite en exemple le précédent des « vedettes de Cherbourg ». Dans la nuit de Noël 1969, des navires lance-missiles commandés par Israël furent détournés vers ce pays en dépit de l’embargo sur les ventes d’armes qui le visait, après le déclenchement de la guerre des Six Jours.

Les opposants politiques de François Hollande et surtout les extrêmes ont vivement critiqué ces décisions, arguant de conséquences potentiellement négatives pour la France et l’emploi.

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La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Or il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise opposant l’Occident à la Russie depuis la guerre froide.

Depuis lors, la tension n'a fait que grimper dans l'est et le sud de l'Ukraine. L'Union européenne a envisagé de prendre des sanctions contre la Russie immédiatement après l'invasion de la Crimée fin février. L'UE a pris à la mi-mars les premières mesures à l'encontre des personnes impliquées dans la crise de Crimée. Entre temps des menaces de sanctions économiques ont été évoquées à plusieurs reprises.

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