Les communistes ukrainiens dénoncent le mythe de l’UE

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Les députés communistes estiment que l’Ukraine ne tirera pas profit d’une intégration plus étroite avec l'Union européenne. Ils plaident plutôt en faveur d’une adhésion à l'union douanière avec la Biélorussie et le Kazakhstan sous l'égide de la Russie. Un article d'EURACTIV Allemagne.

A un mois du rendez-vous de Vilnius, qui devrait ou non sceller le rapprochement économique entre l'Ukraine et l'Europe, tous les partis du Parlement ukrainien soutiennent la signature de l'accord d'association avec l'Europe. Tous, sauf les communistes (voir « Contexte »).

Aleksandr Golyb, député ukrainien du parti communiste (KPU), déplore que le Parti des régions, actuellement au pouvoir, ait choisi de se rapprocher de l'Europe.

« À l'inverse de nos collègues, nous avons peu de raison de croire que la signature d'un accord d'association rapprocherait l'Ukraine d'une adhésion à part entière à l'UE », selon le député. Au cours des 20 à 30 prochaines années, l'Ukraine ne parviendra pas à faire partie des structures européennes, ajoute-t-il.

Un montant impressionnant

Selon Aleksandr Golyb, le premier ministre Mykola Azarov a indiqué en octobre 2012 que l'Ukraine devrait débloquer 165 milliards d'euros au cours des dix prochaines années pour que son économie réponde aux normes européennes.

« Un montant impressionnant » souligne-t-il. Il précise que l'Ukraine ne serait même pas en mesure de récupérer un tiers de cette somme sous forme d'aide au développement.

Si l'Ukraine signe l'accord d'association, c'est l'UE qui en tirera profit, estime M. Golyb.

« L'UE obtiendra des marchés supplémentaires, qui ne peuvent pas faire concurrence à ceux de l'UE en termes de qualité et de prix. L'UE aurait accès aux matières premières et aux travailleurs du pays, qui sont relativement bien instruits et bon marché », affirme-t-il.

Les avantages d'un accord d'association sont évidents pour l'UE, ce qui ne l'est pas autant pour l'Ukraine, ajoute-t-il.

« Seulement quelques familles en Ukraine, qui contrôlent le commerce des matières premières, en tireront grandement profit ». Le parti communiste doute que l'UE ait un quelconque intérêt dans la coopération avec l'Ukraine dans le secteur aérospatial, la construction d'avions et de bateaux, des domaines très avancés. M. Golyb craint même que l'Ukraine puisse perdre complètement son avantage concurrentiel sur ces secteurs.

Les producteurs ukrainiens ne seront pas en mesure de mettre en place des normes européennes au cours des 5 à 7 prochaines années, selon Aleksandr Golyb. L'ouverture du marché à la concurrence européenne les menacerait sur leur propre territoire, explique le député communiste.

Plusieurs secteurs de l'économie ukrainienne pourraient purement et simplement disparaître. L'Ukraine risque donc devenir un pays sous-développé, estime le député.

Un pays divisé ?

Environ 40 % de la population soutient l'intégration européenne, et la même proportion plaide pour une union douanière avec la Russie, souligne M. Golyb. Il cite également des sondages d'opinion montrant le soutien grandissant en faveur de ses propres positions.

Si l'Ukraine signe l'accord, la majorité de la population sera confrontée à une « dure réalité ». L'accès à des produits européens de haute qualité sur le marché ukrainien pourrait présenter des avantages. Mais le nombre d'habitants qui pourra se permettre d'acheter ces produits diminuera au fur et à mesure.

Moscou menace actuellement d'imposer des mesures protectionnistes si l'Ukraine choisit de signer l'accord d'association. Le voisin russe a invité à plusieurs reprises Kiev à rejoindre l'union douanière avec la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan.

Selon Aleksandr Golyb, la poursuite des avancées dans l'industrie de haute technologie est un argument de poids en faveur de l'union douanière. Les domaines de l'espace, de l'énergie et de la défense créeront probablement des emplois. L'évolution dans ces secteurs pourrait transformer fortement le pays. L'UE pourrait même à un certain point accepter l'Ukraine comme État membre, explique le député.

« Je ne peux pas imaginer que des contribuables de pays comme la Grande-Bretagne, la France ou l'Allemagne seraient ravis d’envisager le soutien financier d’un autre grand pays, en plus de ce qu'ils paient déjà pour la Grèce, l'Espagne ou le Portugal », ajoute-t-il.

Un projet romantique et optimiste

Aleksandr Golyb indique que l'intégration UE-Ukraine est un projet trop romantique et optimiste pour être réaliste. Il met en avant les échecs constatés en Bulgarie et en Roumanie, où les niveaux de corruption sont comparables à  la situation ukrainienne, malgré leur adhésion à l'UE.

Le député communiste veut vraiment que son pays rejoigne l'union douanière de la Russie. Contrairement à l'UE, Moscou a proposé dès le début une adhésion à part entière à l’Ukraine.

Le Kazakhstan a toutefois critiqué la Russie lors d'un sommet de l'union douanière à Minsk le 25 octobre. Le pays a invoqué la « politisation » de l'organisation et la Biélorussie a déploré le nombre croissant de restrictions bureaucratiques au commerce.

Cinq partis sont représentés au Parlement ukrainien (Verkhovna Rada) : le Parti des régions au pouvoir (210 sièges), l’Union panukrainienne « Patrie » (99), l'Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme Oudar (42), le parti communiste ukrainien (KPU) (32) ainsi que l'Union panukrainienne « Libertés » (32).

Lors des dernières élections législatives en octobre 2012, le soutien en faveur des communistes a plus que doublé. Dans le même temps, le Parlement ukrainien a adopté une série de textes législatifs pro-européens, dont la plupart ont été rejetés par le KPU.

  • 18 nov. : les ministres européens des affaires étrangères prendront une décision sur le sommet de Vilnius
  • 28-29 nov. : sommet consacré au Partenariat oriental à Vilnius sous la présidence lituanienne du Conseil de l'UE L'Ukraine espère y signer un accord tandis que la Moldavie et la Géorgie souhaitent parapher des accords semblables

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