Les Ukrainiens manifestent contre l’arrêt des négociations avec l’UE

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Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé le 24 novembre à Kiev pour protester contre la décision du président Viktor Ianoukovitch de cesser les négociations avec Bruxelles en vue d'un accord d'association.

Ces rassemblements sont les plus importants organisés en Ukraine depuis ceux de la « révolution orange », il y a neuf ans.

L'opposition a appelé Viktor Ianoukovitch à poursuivre le processus de rapprochement avec l'UE et à signer comme prévu le 29 novembre à Vilnius un accord qui a exigé des années de négociations.

Le premier ministre ukrainien, Mikola Azarov, a surpris tous les dirigeants européens le 21 novembre en annonçant qu'il suspendait les travaux préparatoires à la signature de l'accord et qu'il relançait les négociations commerciales et économiques avec la Russie.

La perspective d'une entrée de l'Ukraine dans le marché européen avait provoqué la colère du Kremlin qui avait évoqué des représailles commerciales et brandi la menace d'une suspension des approvisionnements stratégiques en gaz naturel.

M. Azarov a précisé que son pays avait été contraint pour des raisons économiques d'observer une « pause » dans son intégration européenne et de relancer les négociations avec la Russie en vue d'une intégration au sein de l'union douanière de la Communauté des États indépendants (CEI).

Pour l'opposition, le président Ianoukovitch n'a jamais eu l'intention de signer un accord d'association avec l'UE et s'est servi du processus de négociations pour obtenir un accord lucratif avec la Russie et se placer dans une position favorable avant la présidentielle de 2015.

« Ils n'ont fait que mentir tout du long », a commenté l'ancien champion du monde de boxe reconverti dans la politique, Vitali Klitschko, lors d'une émission de télévision le 22 novembre.

Appel de Ioulia Timochenko

Quelque 100 000 manifestants, selon l'agence Interfax, ont défilé sur un parcours de deux kilomètres entre le parc Taras Chevtchenko, dans le centre de Kiev, et la place de l'Europe où des dirigeants de l'opposition ont prononcé des discours.

Ils se sont ensuite rendus devant les bâtiments du gouvernement et de la présidence. Il s'agit de la plus imposante manifestation depuis celles de la « révolution orange » en 2004-2005 contre la corruption et la fraude électorale.

Plusieurs milliers de personnes se sont également rassemblées à Lvov et à Kharkov.

L'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko a appelé les manifestants à contraindre Viktor Ianoukovitch à signer l'accord.

« Nous devons les forcer à signer cet accord le 29 novembre à Vilnius sinon ils ne le signeront jamais », a-t-elle estimé dans un message lu à la foule par sa fille.

L'accord avec l'UE était pour l'Ukraine « une feuille de route vers une vie normale », a jugé Ioulia Timochenko dans son message. « Un bond en avant pour passer de la jungle de la dictature à un avenir civilisé », a-t-elle ajouté.

Les Européens ont tenté d'obtenir la libération de l'opposante emprisonnée depuis 2011 pour abus de pouvoir après un procès qu'ils soupçonnent d'avoir obéi à des motifs politiques.

Le leader nationaliste Oleh Tiahniboh dont le parti Svoboda (Liberté) revendique une émancipation du grand frère russe a appelé à la destitution du président Ianoukovitch et à la démission du gouvernement Azarov.

Alexandre Okhrimenko, économiste, blogueur d’EURACTIV

Compte tenu de la situation économique difficile entraînée par le conflit commercial avec la Russie, l’Ukraine n’entend pas chercher des excuses à son volte-face par rapport à l'Europe. Toutes les branches de l'économie ukrainienne ont été menacées. Ce problème a été mis en lumière depuis longtemps. Pourtant, il a été longtemps été ignoré par la partie européenne. Le gouvernement s’est décidé à une telle démarche difficile, mais cela ne signifie pas que son cap sur l’intégration européenne a changé.

Malgré les déclarations particulièrement brusques des fonctionnaires européens, les dirigeants de l’Ukraine comptent sur la continuation du dialogue et des consultations avec l’UE.

Mais les représentants de l’UE doivent reconnaître que la suspension des négociations n'est pas indépendante de leur manque d’empressement à discuter de la question financière. En outre, la surestimation par l’UE de son influence politique face aux pressions russes exercées sur l’Ukraine a joué. Tout comme les approches différentes relatives aux conditions pour la signature de l’Accord d’Association avec l’UE, qui ont abouti à la nécessité de prendre en considération l’opinion de la Russie.

À l'approche du sommet de Vilnius, la Commission européenne fait le point sur les progrès réalisés par l'Ukraine en matière de réforme. Elle met également en avant la nécessité d'avancer sur des questions non résolues, comme :

  • une décision définitive dans l'affaire Ioulia Timochenko. La Commission soutient toujours pleinement les efforts des présidents Cox et Kwasniewski, dont les missions ont été prolongées jusqu'à la mi-novembre.
  • Ces efforts visent à obtenir une grâce partielle de la décision présidentielle, qui permettrait à l'ancienne première ministre de se rendre en Allemagne pour recevoir des soins.
  • L'Ukraine doit dorénavant adopter le texte de loi modifié sur les élections législativesMême s'il n'est pas réaliste de demander l'adoption d'un code électoral à ce stade, l'objectif doit rester que l'Ukraine codifie et harmonise toute la législation électorale. Cette procédure dépassera évidemment Vilnius, mais la Commission doit être certaine que des réformes similaires soient introduites dans les législations relatives aux élections locales et présidentielles.
  • Le projet de loi ambitieux sur la réforme du bureau du procureur général devra encore être adopté. Ce thème important en matière de réforme du système judiciaire a longuement été discuté et a fait l'objet d'une première lecture le 8 novembre.

À la suite du sommet de Vilnius, la Commission suivra de près un certain nombre d'éléments, comme la réforme de la Constitution (dont la loi sur les référendums), du code pénal et la réforme sur la législation des élections locales et présidentielles

  • 28-29 novembre :  sommet du Partenariat oriental à Vilnius

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