Le Commissaire sortant Frits Bolkestein estime que de nouveaux
élargissements entraîneraient la mort de l’UE dans sa forme
actuelle.
« Tout cela risque de finir en queue de poisson »,
a déclaré le Commissaire sortant Frits Bolkestein dans un
entretien accordé au Financial Times, en réponse à
une question portant sur les futurs élargissements de
l’UE. Bolkestein estime que, dans sa configuration actuelle à 25
Etats membres, l’Union a d’ores et déjà atteint le point maximum de
ses capacités d’intégration ; les éventuelles adhésions de la
Turquie, de l’Ukraine, du Bélarus, de la Moldavie et des Etats des
Balkans occidentaux paralyseraient le
fonctionnement institutionnel de l’UE et déboucheraient
selon lui « soit sur le chaos, soit sur l’avènement d’un
monstre bureaucratique à Bruxelles ». Bolkestein n’a pas fait
mystère de son opposition à la décision prise par la
Commission de donner son feu vert à l’ouverture de
négociations d’adhésion avec la Turquie.
Bolkestein, qui sera remplacé par l’Irlandais Charlie
McCreevy à la tête de la DG Marché intérieur à partir du 1er
novembre, estime que les difficultés
économiques actuelles de l’UE (et notamment son taux de
chômage élevé) doivent en grande partie être imputées à
la France et à l’Allemagne, cette dernière continuant à développer
une approche « démodée et encore largement axée sur la
politique industrielle ». « Il est temps [pour ces deux pays]
d’entrer dans le XXIème siècle », a déclaré Bolkestein.
Selon le Commissaire sortant, l’objectif consistant
à faire de l’UE l’économie la plus compétitive de la planète à
l’horizon 2010 est « désormais hors d’atteinte ». L’agenda de
Lisbonne est devenu un véritable attrape-tout qu’il devient
urgent d’alléger, estime notamment Bolkestein.
En ce qui concerne l’avenir de l’Europe, Bolkestein
conseille au nouveau président de la Commission José Barroso
d’énoncer un certain nombre de « vérités élémentaires », et
notamment le fait que « l’Europe ne sera jamais une
fédération ».
Dans le même temps, à Berlin, le ministre allemand des affaires
étrangères, Joschka Fischer, exprimait une nouvelle fois
le total soutien de son pays à la candidature turque. Son
homologue turc, Abdullah Gul, se disait lui confiant quant aux
capacités de l’Allemagne à convaincre la
France de surmonter ses réticences sur cette question.

