La commission des affaires étrangères du Parlement européen a
massivement rejeté l’option d’une « troisième voie » (c’est à
dire d’un partenariat) pour la Turquie. Le rapport adopté par la
commission précise cependant que les négociations avec Ankara ne
doivent pas « automatiquement » aboutir à une entrée du pays dans
l’UE.
Dans un rapport adopté ce mardi 30 novembre, la commission des
affaires étrangères du Parlement européen a rendu un avis
relativement mesuré sur la candidature turque à l’entrée dans l’UE,
même si les députés ont rejeté la solution d’une « troisième voie »
et invité « le Conseil européen à ouvrir les négociations sans délai
inutile ».
Le rapport estime que l’avancée des négociations avec Ankara est
soumise à la mise en oeuvre, par les autorités turques, de réformes
juridiques et politiques. Le texte souligne notamment que la phase
de négociations entre l’UE et la Turquie est un « processus de
longue haleine qui […] ne conduit pas a priori et
automatiquement à l’adhésion ». « Néanmoins », insiste encore le
rapport, « l’objectif des négociations est que la Turquie devienne
membre de l’UE ».
Le rapport souligne également qu’en entamant le processus de
négociations, la Turquie se trouvera contrainte de reconnaître
officiellement le gouvernement chypriote grec. Le premier ministre
Recep Tayyip Erdogan a réagi en déclarant que « l’Union européenne
ne peut nous imposer une nouvelle condition portant sur le dossier
de Chypre. Nous aborderons ce sujet lors des négociations
d’adhésion, une fois que nos attentes auront été satisfaites le 17
décembre ». « Laissez-moi dire clairement que personne ne doit
chercher à mettre la Turquie au pied du mur, parce que c’est une
chose que nous n’accepterons pas », a encore déclaré M. Erdogan.
Le rapport, rédigé par le député européen Camiel Eurlings
(PPE-DE, P-B), a recueilli 50 voix, 18 membres de la commission
s’étant prononcés contre le texte tandis que 6 députés
préféraient s’abstenir. Un total de 480 amendements ont été
déposés sur le texte. Le rapport, qui n’a pas de valeur
contraignante, sera soumis au vote en séance plénière du Parlement
avant le Conseil européen du 17 décembre. (voir EURACTIV 30 nov. 2004).
Par ailleurs, la présidence néerlandaise vient de soumettre au
gouvernement turc les projets de résolutions du Conseil européen.
Le ministre turc des affaires étrangères, Abdullah Gul, a déclaré
que ces textes présentaient plusieurs problèmes majeurs, et émis le
souhait qu’ils puissent être modifiés avant la rédaction de leur
version finale.
La candidature de la Turquie a récemment enregistré plusieurs
soutiens officiels, notamment ceux de la Belgique (exprimé par
le ministre des affaires étrangères Karel De Gucht) et de la
Hongrie (annoncé par le chef de la diplomatie hongroise Ferenc
Somogyi), ainsi que celui du parlement slovaque. L’Autriche insiste
de son côté pour que la résolution finale du Conseil européen du 17
décembre laisse la porte ouverte à d’autres options qu’une entrée
pure et simple de la Turquie dans l’Union.
