Lors de sa première conférence de presse avec des journalistes internationaux, Donald Tusk, le Premier ministre polonais désigné, a exposé les grandes lignes de son agenda en matière de politique étrangère : des liens plus étroits avec l’UE ainsi qu’avec la Russie, mais des doutes subsistent sur le projet de gazoduc balte et sur le projet américain de bouclier antimissile en Europe de l’Est.
Donald Tusk, vainqueur du scrutin du 21 octobre, devrait être désigné Premier ministre vendredi. En s’adressant aux journalistes à Varsovie le 6 novembre 2007, deux jours avant une rencontre avec le président de la Commission José Manuel Barroso dans la capitale polonaise, M. Tusk a abordé les questions suivantes :
Relations avec l’UE : Il a souligné que son parti était le parti le plus pro-européen en Pologne. Néanmoins, il a seulement légèrement critiqué la façon quelque peu douteuse dont ses prédécesseurs au gouvernement, les jumeaux Lech (président) et Jaroslaw (Premier ministre) Kaczynski, géraient les relations avec leurs partenaires européens : « Les priorités de la Pologne dans ses relations avec ses voisins et avec l’UE sont restées stables depuis 1989 », a déclaré M. Tusk. « Les deux dernières années n’ont pas vraiment changé les priorités mais la manière d’agir n’a pas été très efficace pour atteindre les objectifs de la Pologne ».
M.Tusk souligne notamment la nécessité d’améliorer les relations avec l’Allemagne : « Les relations entre la Pologne et l’Allemagne n’ont pas besoin d’une percée radicale, mais d’un accroissement de la confiance mutuelle », a-t-il dit, ajoutant : « Je voudrais que nos relations atteignent le niveau de confiance qu’elles avaient au début des années 1990 », lorsque les traités ont été signés et que les rencontres symboliques ont eu lieu.
Relations avec la Russie et gazoduc balte : M. Tusk a déclaré que, au cours des deux années du règne Kaczynski, les relations entre la Pologne et son grand voisin à l’Est avaient suscité « plus de tensions que nécessaire », promettant des efforts pour regagner la confiance des deux côtés. Il a tout de même exprimé son opposition au projet de gazoduc sous-marin balte reliant la Russie à l’Allemagne, affirmant que cette initiative n’avait pas été bien préparée. Il espère des signes dans un futur proche indiquant que les sponsors du projet seront prêts à en corriger sérieusement les défauts. M. Tusk a refusé de fournir tout autre détail sur le sujet.
Relations avec les Etats-Unis, la guerre en Irak et le bouclier stratégique de défense antimissile américain : M. Tusk doit actuellement faire face aux frères Kaczynksi concernant la nomination de Radoslaw Sikorski, une figure ayant ouvertement critiqué la politique américaine, en tant que ministre des Affaires étrangères. Il a néanmoins souligné la continuité de l’approche proaméricaine que ses prédécesseurs au gouvernement avaient adoptée en affirmant que la Plate-forme civique et le futur gouvernement allait poursuivre de façon très cohérente la stratégie polonaise consistant à resserrer les liens avec les Etats-Unis. Il a précisé qu’il n’y aurait aucune surprise.
M. Tusk a cependant ajouté, en faisant référence aux 900 soldats polonais déployés en Irak, que son futur gouvernement souhaitait changer la nature de la présence polonaise en Irak. Il a laissé entendre qu’il y a un prix à payer pour que la Pologne soit prête à discuter d’une part de son engagement en Irak et d’autre part du bouclier antimissile : « Si nous devons accroître la sécurité des Etats-Unis, nous pouvons attendre une contribution financière pour accroître la sécurité en Pologne », a-t-il déclaré.
M. Tusk a modéré le soutien vigoureux des frères Kaczynski au projet américain d’un bouclier stratégique de défense antimissile en Europe de l’est. Il a déclaré qu’il était peut être plus sceptique et que le président (Lech Kaczynski) était plus ouvertement en faveur de la défense antimissile. D’après lui, si la Pologne décide conjointement lors de négociations avec ses partenaires de l’Union européenne et de l’OTAN, que ce projet n’est pas ambigu, alors elle considèrera vraiment la question et sera ensuite ouverte à des négociations.
La Plate-forme civique, parti de centre droit de M. Tusk, a remporté les élections du 21 octobre par une large victoire sur le parti Droit et justice (PiS) des frères Kaczynski, et devrait mettre fin à deux années de règne d’euroscepticisme dans le pays, qui n’a rejoint l’Union qu’en 2005 (EURACTIV 22/10/07).
Il est actuellement à un stade avancé des négociations de coalition avec le plus petit et le plus pro-européen parti populaire polonais (EURACTIV 31/10/07).
M.Tusk devra chercher des compromis non seulement avec le nouveau partenaire du gouvernement, mais aussi avec Lech Kaczynski, toujours président.

