L’UE soutient le programme « garantie pour la jeunesse »

La Commission européenne a sommé les pays de l’UE de s’assurer que tous les jeunes de moins de 25 ans se voient proposer une offre de qualité portant sur un emploi, une formation ou un stage dans les quatre mois suivant leur sortie de l’enseignement formelle ou la perte de leur emploi. 

 

Quelque 7,5 millions de jeunes européens entre 15 et 24 ans sont soit au chômage, soit ont abandonné l'école ou des formations, selon la Commission. Plus d'un jeune Européen sur cinq sur le marché du travail ne trouve pas d'emploi. En Espagne et en Grèce, le taux de chômage s'élève à 50 %.

Le paquet « Emploi des jeunes » de la Commission, dévoilé mercredi (5 décembre), met en avant un programme de garantie pour la jeunesse qui a porté ses fruits en Autriche, en Finlande et en Suède.

« Il est évident que la crise de la zone euro accroît le [taux de] chômage et que les jeunes sont les plus fortement touchés. La situation est bien sûr inacceptable et nous devons prendre des mesures », a indiqué László Andor, le commissaire en charge de l'emploi, des affaires sociales et de l'inclusion, lors d'une conférence de presse mercredi.

Le paquet de la Commission inclut une recommandation aux États membres concernant l'introduction d’une garantie pour la jeunesse. Celle-ci vise à ce que les jeunes adultes se voient proposer une offre de qualité portant sur un emploi, un complément de formation, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois suivant leur sortie de l’enseignement formelle ou la perte de leur emploi.

L'objectif principal de ce programme est de faciliter le passage de l'école au monde du travail. Pour ce faire, les États doivent établir des partenariats solides avec le système d'enseignement, les organismes de formation, les services publics d'emploi et les associations de jeunes afin d'assurer l'intervention à un stade précoce.

En Finlande, 83,5 % des jeunes chercheurs d'emploi ont bénéficié d’une intervention efficace dans les trois mois suivant leur inscription au chômage en 2011. Le programme finlandais de garantie pour la jeunesse a permis de réduire le taux de chômage.

« Une garantie pour la jeunesse représente évidemment un coût budgétaire pour plusieurs États membres. Les coûts de l'inaction sont toutefois beaucoup plus élevés », a déclaré M. Andor.

Les jeunes Espagnols fortement touchés

Paula Espinosa Giménez, une étudiante universitaire de Valence, a qualifié la situation des jeunes en Espagne de « difficile ». Elle a indiqué que la plupart des jeunes Espagnols étaient au chômage et que ceux qui travaillaient craignaient de perdre leur emploi.

Plusieurs entreprises ferment leurs portes et réduisent le personnel. Le secteur public n'engage plus autant qu'avant. Les banques ne prêtent plus, donc il est très difficile de créer une entreprise et de devenir indépendant, a-t-elle expliqué à EURACTIV.

« La plupart des jeunes Espagnols que je connais travaillent à l'étranger parce qu'il est très difficile de trouver un emploi qui corresponde à leur qualification », a-t-elle ajouté.

Paula Espinosa Giménez est déjà diplômée en sciences politiques et d'administration, mais elle a décidé de poursuivre ses études tout en cherchant un emploi.

David del Pino Migallon, qui a un diplôme universitaire en techniques architecturales, n'a pas trouvé d'emploi depuis qu'il s'est inscrit au chômage plus tôt cette année. Il a indiqué qu'il envisageait maintenant d'accepter un emploi même s’il était surqualifié ou s'il ne l'appréciait pas.

« Je ne pense pas que la situation du chômage va s'améliorer, donc je n'espère pas être engagé par une entreprise. En fait, j'essaie de trouver de nouvelles compétences, de nouvelles idées pour lancer ma propre entreprise », a-t-il déclaré.

Le coût élevé du chômage des jeunes

László Andor a souligné que le chômage des jeunes coûtait cher. Il coûte 153 milliards d'euros par an aux États membres en termes de prestations versées et de perte de recettes fiscales et de gains, soit 1,2 % du PIB de l'EU, selon Eurofound.

Certains pays comme la Bulgarie, Chypre, la Grèce, la Hongrie, l'Irlande, l'Italie, la Lettonie et la Pologne, paient des indemnités qui représentent 2 % ou plus de leur PIB. En évitant ces coûts économiques maintenant et à l'avenir, le programme de garantie pour l'emploi permettra de réduire les coûts budgétaires, soutient la Commission.

Outre le coût à long terme du chômage sur l'économie et sur la société, les personnes concernées présentent un risque accru de chômage ou de pauvreté à l'avenir.

« Le coût de l'inaction est donc très élevé et soyons clair, les programmes de garantie pour la jeunesse représentent des investissements », a affirmé M. Andor.

Il a ajouté que la Commission était prête et voulait apporter des contributions financières substantielles au Fonds social européen et à d'autres mécanismes de fonds de l'UE. La somme dépendra de l'issue des négociations sur le budget à long terme de l'UE (2014-2020).

Le président du Parti socialiste européen (PSE), Sergueï Stanichev, a déclaré : « Je salue la recommandation de la Commission aux États membres concernant l'introduction d'une garantie pour la jeunesse, mais nous devons [la] mettre en application, surtout pour les financements. Si cette proposition est sur la table, c'est grâce à la pression continue [exercée par] László Andor, le commissaire européen en charge des affaires sociales. La référence à l'emploi de " qualité " est une victoire importante pour László. Elle s'assure que la garantie donne aux jeunes une occasion réelle et non artificielle. Nous devons nous assurer maintenant qu’il reçoive le soutien des dirigeants de l'Europe. »

Milan Cabrnoch, un eurodéputé tchèque et porte-parole des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen, a déclaré :

« Il s'agit d'une réponse typique de l'UE à un problème : bien intentionnée, mais complètement malavisée. Nous devons bien sûr prendre des mesures pour lutter contre le chômage des jeunes, mais l'UE ne peut pas simplement créer des emplois ou des [programmes] d’apprentissage. Les gouvernements nationaux doivent faire tout ce qu'ils peuvent afin de promouvoir l'emploi des jeunes. Si les gouvernements estiment que la garantie pour la jeunesse sera [utile] pour eux, ils doivent alors la mettre en oeuvre au niveau national, mais il ne doit pas s'agir d'une autre initiative européenne universelle. Au lieu de passer son temps à inventer des idéaux utopiques, la Commission devrait peut-être penser à réduire la paperasserie [...] et à développer des mesures favorables aux entreprises. Un marché du travail flexible constitue la meilleure façon d'aider les jeunes à trouver un emploi. » M. Cabrnoch explique que l'emploi des jeunes est malheureusement de plus en plus lourd et coûteux pour les entreprises, en raison de toutes les directives de l'UE, ce qui empêche les jeunes d’accéder au marché de l’emploi.

Csaba ?ry, un eurodéputé hongrois du Parti populaire européen (PPE), a indiqué : « Nous accueillons favorablement les objectifs et les propositions de la Commission européenne qui visent à combattre le chômage des jeunes en général. Nous saluons tout particulièrement les propositions à l’échelle européenne, outre les initiatives nationales. Personne ne conteste qu'il est nécessaire de combattre le chômage et d'apporter une attention particulière à l'emploi des jeunes. Le groupe PPE émet toutefois des réserves quant à l'introduction de la garantie pour la jeunesse au niveau des États membres. Ce n'est pas la bonne réponse. Les 27 États membres sont confrontés à des défis différents en ce qui concerne le chômage des jeunes, ce qui nécessite des solutions particulières et personnalisées. Un engagement pris par les États membres qui vise à garantir des emplois qui n'existent pas en réalité ne fait pas partie de la solution et ne provoquerait que des difficultés et des tensions supplémentaires sur le marché du travail. La garantie pour la jeunesse convient à certains États membres, mais il ne s'agit pas de l'arme secrète pour tous. »

Stephanie Schulz, une étudiante universitaire, effectue actuellement un stage au bureau de représentation de Bosch, à Bruxelles. Elle a expliqué qu'elle étudiait et effectuait des stages à l'étranger, comme l'avaient recommandé les hommes politiques de son pays, l'Allemagne. Elle a déclaré :

« Je connais plusieurs personnes qui ont écrit plus de 150 lettres de motivation après l'obtention de leur diplôme, même si elles sortaient de bonnes écoles. Je suis donc consciente qu'il n'est pas évident de trouver un emploi en sortant de l'école. Je fais de mon mieux pour être bien préparée. »

 

Le président du Parti populaire européen (PPE), Wilfried Martens, a déclaré :

« Nous accueillons chaleureusement le paquet " Emploi des jeunes " présenté par la Commission européenne et en particulier la garantie pour la jeunesse. Le chômage des jeunes est aujourd'hui l'une de nos préoccupations principales en Europe. Il est de notre devoir d'offrir une perspective et des emplois de haute qualité aux jeunes Européens. La lutte contre le chômage des jeunes est donc une priorité principale du PPE et de ses gouvernements membres de l’UE », ont déclaré le président Wilfried Martens et la ministre Ursula von der Leyen.

Le chômage chez les jeunes est en moyenne deux fois plus élevé que chez la population en âge de travailler en Europe.

En Italie, il s’est élevé à quelque 35 % et en Espagne et en Grèce, il atteint même 50 %.

La capacité d'une génération entière à rentrer sur le marché du travail, à vivre dans des conditions décentes et à contribuer aux systèmes de sécurité sociale est en jeu.

Le paquet « Emploi des jeunes » s'appuie sur le concept de garantie pour la jeunesse et sur l'utilité d'un cadre de qualité pour les stages, tous deux approuvés par le Conseil européen le 29 juin 2012.

Des entreprises européennes proposent actuellement des stages en entreprise à environ 9,4 millions d'étudiants. Les étudiants en apprentissage professionnel représentent approximativement 40,5 % du nombre total d'étudiants de l'enseignement secondaire dans les 27 États membres.

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