Le Parlement adopte définitivement la loi sur les travailleurs détachés

(Waitscm/Creative Commons)

Le Parlement a adopté définitivement une proposition de loi contre le dumping social, afin de renforcer les contrôles et les sanctions contre les entreprises ayant recours de manière abusive à des travailleurs détachés.

Le texte de « lutte contre la concurrence sociale déloyale » a été voté le jeudi 26 juin par les députés socialistes, écologistes, radicaux de gauche et centristes, tandis que les élus du Front de gauche et de l’UMP se sont abstenus.

La proposition de loi vise à traduire par anticipation en droit français le compromis survenu en décembre dernier au niveau européen à propos du renforcement de la directive travailleurs détachés.

Cette directive de 1996 prévoit que le « noyau dur » des règles du pays d’accueil s’applique (salaires, conditions de travail…) lors du détachement d’un travailleur dans un pays de l’UE même si les cotisations sociales restent dues dans le pays d’origine. Mais elle fait l’objet de fraudes croissantes de toutes sortes qui créent des cas de concurrence déloyale.

Une loi multi-secteur

La proposition de loi instaure, comme dans l’accord européen, le principe de « responsabilité solidaire » qui permettra de poursuivre un donneur d’ordres pour des fraudes relevant d’un de ses sous-traitants ayant recours à des travailleurs détachés. Mais elle va au-delà, puisque la responsabilité solidaire couvrira non seulement le BTP mais aussi tous les autres secteurs fortement concernés par le détachement (agroalimentaire, transport, etc.), ce qui n’est que facultatif dans le compromis européen.

>>Lire : La France avance en solo sur les travailleurs « low cost »

Le texte met aussi en place une liste noire sur internet, où pourront figurer pendant deux ans, sur décision du juge, les entreprises ayant été condamnées pour « travail illégal » à une amende.

Le juge pourra interdire le versement d’aides publiques pendant cinq ans à une entreprise condamnée pour travail illégal.

Un dispositif unique de solidarité financière est aussi créé, applicable au donneur d’ordre et au maître d’ouvrage, en cas de non-paiement du salaire minimum à un salarié d’un sous-traitant, qu’il soit détaché ou non.

Dumping social inacceptable

Le rapporteur (PS) de la proposition de loi, Gilles Savary, a salué les dispositions « équilibrées » de ce texte « inspiré » par les organisations patronales, avec l’approbation des organisations syndicales.

Au nom du gouvernement, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, a jugé que « la France pousse son avantage en Europe » avec cette loi, face à un « dumping social inacceptable ».

Les députés UMP, bien que n’étant pas « opposés au cœur du texte », se sont abstenus, estimant que les sanctions encourues par les entreprises étaient trop lourdes, a justifié au nom du groupe Patrick Hetzel.

Abstention également du Front de gauche qui a jugé par la voix de Jacqueline Fraysse que, si « responsabiliser le donneur d’ordres est une bonne disposition », « ce qui est proposé relève du cosmétique ». Elle a plaidé pour « une directive contraignante » au niveau européen.

En vertu de la directive européenne de 1996, les travailleurs détachés doivent se conformer au droit du travail du pays d'accueil. Cette mesure vise à garantir une égalité de rémunération.

Les employeurs paient toutefois des cotisations sociales dans le pays d'origine du travailleur. Cette pratique peut créer un écart entre les coûts salariaux des travailleurs nationaux et étrangers et permet ainsi de dégager des bénéfices pour les entreprises.

La France s'est plainte du recours accru aux travailleurs détachés, car elle estime qu'il s'agit d'un dumping social.

Le nombre de travailleurs détachés en France est monté en flèche depuis l'élargissement aux pays orientaux en 2004.Entre 2006 et 2011, leur nombre a quadruplé : ils sont passés de 38 000 à 145 000.D'après les estimations du ministère français de l'Emploi, ils devraient avoisiner 210 000 à l’heure actuelle.

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