Le travail forcé existe aussi dans l’UE

Prostitution

Quartier rouge à Amsterdam [Trey Ratcliff]

Deux tiers des 109,5 milliards d’euros générés par le travail forcé proviennent de l’exploitation sexuelle, selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT).

L’Union européenne n’obtient pas de bons résultats en matière de lutte contre le travail forcé. Plus d’un quart des 72 milliards d’euros de profits annuels venant de l’exploitation sexuelle dans le monde sont réalisés dans les économies développées et dans l’UE. Le travail sexuel forcé est « cinq fois plus rentable que l’exploitation forcée, le travail domestique non compris » et « six fois plus rentable que toute autre forme de travail forcé », révèle le rapport de l’OIT Profits et pauvreté : la dimension économique du travail forcé.

« Près de 8 milliards de dollars (5,8 milliards d’euros) proviennent du secteur du travail domestique où des employeurs ont recours à des menaces voire à la coercition [à l’encontre de leurs employés] pour les payer à bas salaire ou simplement ne pas les payer », révèle l’étude.

Le rapport ne prend pas en compte le travail forcé imposé par l’État.

« Si des progrès ont été enregistrés dans le recul du travail forcé imposé par l’État, nous devons maintenant nous pencher sur les facteurs socio-économiques qui rendent les personnes vulnérables au travail forcé dans le secteur privé », explique Beate Andrees, directrice du Programme d’action spécial de l’OIT pour combattre le travail forcé.

« Ce rapport nous fait franchir une nouvelle étape dans la compréhension de la traite [des êtres humains], du travail forcé et de l’esclavage moderne », indique Guy Ryder, directeur général de l’OIT. « Le travail forcé est nocif pour les entreprises et pour le développement économique, mais surtout pour les victimes. Ce nouveau rapport ajoute encore plus au caractère d’urgence de notre action en faveur de l’éradication dès que possible de cette pratique extrêmement profitable, mais fondamentalement néfaste », poursuit-il.

Les profits annuels provenant du travail forcé sont les plus élevés dans la région Asie-Pacifique, suivie de près par les pays développés et l’UE. Le Moyen-Orient arrive en dernière position avec 8,5 milliards de dollars par (6,2 milliards d’euros), contre 46,9 milliards de dollars (34,2 milliards d’euros) au sein des régions développées.

Les femmes et les filles sont les plus touchées

Quelque 55 % des victimes du travail forcé sont des femmes et des filles, selon ce rapport. La majorité d’entre elles est d’ailleurs exploitée dans l’industrie du sexe et dans le secteur du travail domestique.

Les garçons et les hommes sont plus souvent les victimes de l’exploitation économique, notamment dans l’agriculture, la construction et l’industrie extractive.

Le travail forcé « se développe dans les zones pauvres et vulnérables, caractérisées par un faible niveau d’instruction et d’alphabétisation, ainsi que par l’immigration et d’autres facteurs ».

Une fois pris dans l’engrenage du travail forcé, les victimes se retrouvent dans un « cercle vicieux qui les condamne à la pauvreté éternelle ».

Les problèmes économiques plongeant davantage les ménages dans la pauvreté, qui se retrouvent souvent sous le seuil de pauvreté alimentaire, augmentent la probabilité du développement du travail forcé, selon les auteurs du rapport.

Les « simples » citoyens perçoivent également les effets induits par le travail forcé, étant donné qu’il crée un environnement de concurrence déloyale, qui désavantage les entreprises et les employeurs respectant la législation en la matière.

Proposition de solutions

L’OIT compte mettre sur pied un groupe de travail constitué de statisticiens, d’économistes et d’autres experts en vue d’améliorer les conditions de collecte des données. Cela permettra de normaliser la collecte des données, qui donneront accès à une information plus exhaustive et à meilleure compréhension des facteurs de risque. Les auteurs du rapport appellent également les gouvernements à passer à l’action. « Il faut mettre en place des mesures en vue de renforcer les lois et les politiques ainsi que l’inspection dans les secteurs où les risques de travail forcé sont élevés », peut-on lire dans le rapport. « Il faudrait également l’associer à un système d’identification précoce des victimes et augmenter leur protection. Les violations des droits du travail devraient faire l’objet de sanctions rapides et il faudrait mettre en place des sanctions pénales contre ceux qui s’attaquent en particulier aux travailleurs vulnérables », peut-on lire.

Gouvernements, travailleurs, employeurs et parties prenantes doivent collaborer afin de renforcer les mesures préventives et 

Contexte

La convention de l'Organisation internationale du travail de 1930 définit le travail forcé de la manière suivante :

« Tout travail ou service exigé d'un individu sous la menace d'une peine quelconque et pour lequel ledit individu ne s'est pas offert de plein gré ». Le travail forcé inclut l'esclavage et des pratiques similaires, telles que la servitude pour dettes et le servage.

Ces activités sont entre autres définies dans la Convention relative à l'esclavage de 1926 et la Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratique analogue à l'esclavage.

Plus d'information

Organisation internationale du travail

Profits et pauvreté : la dimension économique du travail forcé (résumé)

Le rapport (en)

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