Les États membres restent défaillants sur l’intégration des Roms

Swden shopping street

Un Rom en train de mendier en Suède, 2013 [sigfrid lundford/flickr]

La plus grande minorité de l’Europe continue d’être marginalisée et à faire l’objet de discrimination, malgré les nombreuses initiatives européennes pour améliorer leur intégration. 

Près de la moitié des 10 millions de Roms en Europe vivent à la limite du seuil de pauvreté et la majorité d’entre eux sont confrontés quotidiennement à l’exclusion sociale.

Les gouvernements nationaux font soit preuve d’un manque de volonté politique dans la mise en œuvre des recommandations de l’UE soit preuve d’un manque d’entrain pour utiliser les fonds européens disponibles pour contribuer à l’intégration des Roms.

>> Lire : L’intégration des Roms se poursuit péniblement en France

Les organisations de la société civile restent les principaux acteurs qui aident les Roms à s’intégrer au sein des populations locales.

« Même si déjà beaucoup a été fait pour les Roms, ce n’est pas assez », s’agace Anne-Marie Sigmund, l’ancienne présidente du Comité économique et social européen (CESE) et militante pour la cause de la population rom. « Il manque un lien entre ce qui est fait au niveau européen et ce qui est fait au niveau local », selon elle.

Un cercle vicieux

Les conditions de vie déplorables des Roms s’expliquent par la discrimination et la ségrégation latente dont ils font l’objet, explique Ákos Topolansky, le rapporteur responsable du dossier sur les Roms auprès du CESE.

Les enfants roms sont confrontés à la ségrégation à l’école, et présentent le plus fort taux de décrochage en Bulgarie, en Hongrie, en République tchèque, en Roumanie et en Slovaquie. Sans une éducation de base, les Roms ne peuvent pas intégrer le marché du travail, une situation qui a été en outre aggravée depuis la crise économique.

L’Autriche, la Bulgarie et la Finlande ont lancé des services au niveau local afin d’aider les populations roms dans leur recherche d’emploi, mais aussi de leur fournir des formations professionnelles. Mais ces projets à petite échelle touchent qu’un petit nombre de personnes.

Sans emploi et sans éducation, les Roms n’ont pas les moyens de se loger et sont tributaires des logements sociaux, mais le plus souvent finissent dans des ghettos.

Pourtant, un logement permanent permettrait en effet aux enfants roms d’aller à l’école et d’aller jusqu’au bout de leur cursus scolaire, ce qui leur permettrait de trouver un emploi adapté. Ákos Topolansky rappelle à cette occasion l’action exemplaire du gouvernement finlandais qui a mis en place un programme social dès le début des années 70 dont l’objectif était de fournir un logement à tous les Roms. Il s’agit là de l’une des meilleures politiques d’intégration des populations roms en Europe, selon lui.

Mais les Roms eux-mêmes sont parfois peu enclins à s’engager dans un système de logement permanent. Or, l’absence d’une vie sédentaire signifie un problème de scolarisation.

Cesser de prêcher des convaincus

Un certain nombre d’initiatives ont été proposées et adoptées au niveau européen, mais aucune d’entre elles n’est contraignante. Ce qui signifie que l’intégration des Roms relève toujours de la seule responsabilité des États membres.

« Des actions top-down ne sont pas la bonne façon pour avancer », aux yeux d’Anne-Marie Sigmund. « Vous ne faites que prêcher des convaincus si vous continuez à mener des actions qu’au seul niveau européen ».

Les gouvernements européens coopèrent avec la Commission en vue d’adapter leurs stratégies annuelles pour les Roms. Les capitales européennes reçoivent des rapports et des recommandations sur les progrès réalisés au niveau national et les aspects qu’il faudrait améliorer. Bruxelles propose également des aides financières pour la mise en œuvre de projets ciblant spécifiquement les communautés roms.

Ce sont les administrations locales et nationales qui doivent faire la demande de ces aides européennes, mais l’intégration des populations roms ne semble pas faire partie des priorités des gouvernements nationaux.

Un prix CESE pour la société civile

Résultat de la défaillance des États et des administrations locales dans la lutte pour l’intégration des Roms : une grande partie du travail sur le terrain est en fait réalisée par des organisations non gouvernementales. Ces dernières jouent un rôle important en vue de resserrer les liens entre la minorité rom et la société dans laquelle elle vit.

La CESE remettra ainsi un prix aux trois organisations qui ont obtenu les meilleurs résultats dans le processus d’intégration des Roms au niveau local.

Le prix est remis à différentes initiatives lancées par la société civile dans divers domaines. Cette année le CESE a décidé de choisir pour thème les « Roms ».

« L’objectif du prix CESE pour la société civile est de mettre en avant les meilleures pratiques parmi les ONG à travers l’UE, afin que d’autres ONG puissent s’en inspirer », explique Jane Morrice, vice-présidente de la CESE.

« Nous choisissons pour cette raison des populations qui font l’objet de graves discriminations au sein de l’Union européenne », poursuit-elle. « Nous voulions mettre en avant des actions intéressantes en vue de mieux travailler avec les populations roms, de mieux les faire accepter, de mieux les intégrer au sein des sociétés des États membres ».

Jane Morrice indique que le CESE a reçu plus de 80 candidatures d’organisations engagées dans le logement, l’éducation et la formation.

« Ces projets étaient une bonne chose, en particulier certains projets où les Roms prenaient part eux-mêmes au travail de ces organisations », selon elle.

Un processus bidirectionnel

L’intégration économique et sociale des Roms signifie un effort au niveau européen, au niveau local et régional, mais aussi de la communauté rom elle-même.

« Il est nécessaire de changer les mentalités, de changer la manière dont les gens voient les Roms et la manière dont les Roms se voient eux-mêmes », explique Ákos Topolansky.

Anne-Marie Sigmund donne l’exemple d’une famille Sinti en Suède. La fille la plus jeune de la famille a organisé des cours en vue d’apprendre à lire et écrire aux femmes plus âgées de la communauté. De telles initiatives sont d’excellentes méthodes  pour intégrer les Roms au sein des populations locales, poursuit-elle.

Mais la coopération représente la voie royale pour rapprocher les deux populations, ajoute-t-elle. Elle donne pour exemple le cas d’un prêtre roumain qui n’a fait aucune distinction entre les Roms et le reste du village lors de la construction d’un puits dans un village. Les deux populations ont été impliquées dans le projet. Une fois le projet terminé, les Roms faisaient partie de la population locale, affirme-t-elle.

« Ils sont maintenant ensemble, car ils ont travaillé ensemble », conclut-elle. 

  • 16 octobre : remise du prix CESE pour la société civile à des organisations engagées dans l'intégration des populations roms

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